Nuelasin n°245 – 10 juillet 2026

Bozusë, 

Notre début de semaine fut vraiment mouvementé et affreux. Le dernier fils de mon grand frère a balancé sa petite réalisation de médisance à notre égard sur les réseaux sociaux. Vous avez dû la visionner. À l’heure de mon écriture, le neveu est déjà à Nouville au CHS. Je veux seulement au travers Nuelasin remercier les personnes qui sont venues apporter leur soutien aux deux vieux de notre grande maison familiale. Je ne vais pas vous gâcher le week-end avec ces déviances notoires. Vous avez aussi dû vivre chers lecteurs, les mêmes histoires sinon pires. 

Je vais plutôt vous proposer les déboires de Tein qui se prend maladroitement pour courtiser la belle Utë. À chacun sa romance… tout ça dans le taxi du vieux Maselo. C’est pas vous ça ? 

Le texte qui accompagne le vieux Maselo est un témoignage rendu par le petit-fils d’un ancien combattant de la guerre de 14-18. KATRAWI Waxuie. Bonne lecture. Wws

Dans la petite voiture de Maselo

Tein : Utë… tu es sûre que ça va ? Tu es très silencieuse.

Utë : Oui, ça va. Je réfléchis, c’est tout.

Tein : (nerveux) Je me demandais… enfin… si tu avais senti quelque chose, l’autre jour, quand on était au terrain.

Utë : (surprise retenue) Quel genre de “quelque chose” ?

Tein : Je sais pas… j’ai cru que… peut-être… tu me voyais autrement.

Utë : (elle détourne les yeux vers la vitre) Tein… je t’apprécie beaucoup. Vraiment. Mais pas comme ça.

Tein : Ah… d’accord. Je… je comprends.

Utë : Je veux pas te blesser. Je préfère être honnête. Tu comptes pour moi, mais pas de la manière que tu espères.

Tein : (la voix basse) C’est juste que… quand je suis avec toi, j’ai l’impression que tout devient plus simple.

Utë : Je suis touchée. Mais mes sentiments ne vont pas dans ce sens-là. Et je veux pas te donner de faux espoirs.

Tein : (hochant la tête) Merci de me le dire. Même si ça fait un peu mal.

Utë : Je veux qu’on reste en bons termes. Sans malaise.

Tein : Oui… on peut. Je vais juste… prendre un peu de temps.

Utë : D’accord. Je respecte ça.

Xodre de 1914-1918

La guerre était terminée. Le signal de la fin des combats devait être donné par le vieux Poulou, chargé de souffler dans le clairon. À ce son, les troupes devaient déposer les armes et regagner leur camp.

Mais au moment où il porta le clairon à ses lèvres pour annoncer la fin de la guerre, une balle le frappa en pleine poitrine. Il s’effondra et mourut sur-le-champ. Il ne put jamais rejoindre les hommes de sa compagnie et de son bataillon qui s’apprêtaient à rentrer en Nouvelle-Calédonie.

Un autre ancien combattant, nommé Waga, avait été blessé pendant la guerre. Après avoir été soigné à l’hôpital, il embarqua avec le premier convoi de retour vers la Nouvelle-Calédonie. Malheureusement, durant la traversée, sa blessure se rouvrit. Malgré les soins prodigués par les médecins de bord, il succomba à ses blessures. Comme il était impossible de conserver son corps jusqu’à l’arrivée, l’équipage lui rendit les honneurs avant de l’immerger en mer.

Ainsi, ces deux hommes ne revirent jamais leur pays. L’un mourut au moment même où la paix était annoncée, l’autre pendant le voyage de retour vers la Nouvelle-Calédonie. Deux destins tragiques qui témoignent du lourd tribut payé par les anciens combattants, même après la fin de la Première Guerre mondiale.

Le troisième homme que je voudrais évoquer dans cette partie consacrée à la Première Guerre mondiale est le grand-père de la famille de Waxuie.

Le jour de l’embarquement, un homme manquait à l’appel pour une raison que j’ignore. Ce grand-père, qui était alors pasteur (aumônier) dans une tribu de Lifou, décida de prendre sa place et monta à bord du bateau qui quittait Drehu pour la métropole, en direction du front contre l’Allemagne.

Il ne répondait pas à un appel personnel. Il répondait à celui des grandes chefferies de l’île de Lifou, qui avaient demandé à leurs sujets de partir défendre la France.

Sur le quai, plusieurs personnes lui faisaient remarquer que ce n’était pas lui qui avait été appelé, mais un autre homme qui ne s’était pas présenté. Pourtant, il monta sur le pont du navire et déclara à ceux qui l’écoutaient que les militaires avaient besoin de lui, afin d’être soutenus dans la prière. En tant que pasteur, il estimait que sa place était auprès d’eux, pour les accompagner spirituellement dans cette terrible épreuve.

Contrairement à beaucoup d’hommes de sa tribu, qui ne revinrent jamais du champ d’honneur, il eut la grâce de rentrer vivant au pays.

Ce témoignage m’a été relaté par son petit-fils. En entendant l’histoire de son grand-père, j’ai été profondément touché par son sens du devoir, son courage et sa fidélité à la parole de la chefferie. C’était le genre d’homme dont toute notre île pouvait être fière. Wws  

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