Nuelasin n°249 – 7 août 2026

Bozusë,

Je viens de rentrer de Mou, où la responsable du secteur 5 des écoles primaires publiques m’avait invité à participer à un Carrefour des métiers organisé pour les élèves de son secteur.

Je suis arrivé dès le matin, bien que mon intervention ne soit prévue que pour l’après-midi. Six ateliers avaient été installés, chacun représentant un métier ou un domaine d’activité : la couture, la pâtisserie, la pêche, l’apiculture, l’écriture, ainsi que l’armée.

Les élèves passaient successivement d’un atelier à l’autre. À chaque groupe, j’ai présenté mon activité d’écrivain. J’avais apporté quelques-uns des livres que j’ai écrits, ce qui a éveillé leur curiosité. Les enfants se sont montrés très attentifs et ont posé de nombreuses questions sur la littérature, le métier d’écrivain et la manière dont naît un livre.

À la fin de la journée, la responsable nous a chaleureusement remerciés, ainsi que les élèves, pour leur participation. L’ambiance était conviviale et les échanges particulièrement enrichissants.

Cette journée m’a rappelé les années où j’étais encore en activité et où j’accompagnais moi-même mes élèves aux Carrefours des métiers. Cette fois-ci, la différence était que je m’adressais à des enfants beaucoup plus jeunes, des élèves du primaire. Leur enthousiasme et leur curiosité m’ont profondément touché.

Je pense que cette expérience mérite d’être renouvelée. Elle permet aux enfants de découvrir des métiers, de nourrir leurs rêves et, peut-être, de faire naître des vocations. 

Bonne lecture et à dans quinze jours. Vacances obligent. Allez, la prochaine publication, je la fais de Nouméa. La vieille, elle est partie dans la capitale mercredi. Et surtout qu’on ne doit pas séparer le lapin de la carotte. Ehaé… 

Pour accompagner le vieux Maselo, vous lirez la mésaventure d’un homme qui vit à la tribu mais qui ne veut pas se mêler à la vie de la populace. Bonnes vacances à tous. Wws 

Dans la petite voiture de Maselo

Tosh & Wetris, anciens étudiants

Tosh : Tu te rends compte, Wetris… chaque fois que j’entends un vieux morceau de rock, je revois les foyers étudiants de Grenoble.

Wetris : Ah ça… les soirées folles dans les sous‑sols mal ventilés. On dansait comme si on avait vingt vies.

Tosh : Tu te souviens quand quelqu’un lançait Fleetwood Mac ? Toute la salle se calmait d’un coup.

Wetris : Oui, et juste après, quelqu’un remettait ZZ Top à fond pour réveiller tout le monde.

Tosh : Et les slows… mon Dieu. On attendait tous le moment où New Kids on the Block passait.

Wetris : Je revois encore les couples hésitants, les mains tremblantes, les regards fuyants.

Tosh : Et puis le reggae… dès que Bob arrivait, tout le monde se relâchait.

Wetris : On chantait faux, mais on chantait ensemble. C’était ça qui comptait.

Tosh : Tu te rappelles la soirée où les enceintes ont grillé en plein solo de guitare ?

Wetris : Oui ! Et on a fini par taper sur des casseroles dans la cuisine du foyer.

Tosh : On avait une énergie… affolante quand j’y repense.

Wetris : C’était notre jeunesse, simple et bruyante.

Tosh : On ne dormait jamais avant quatre heures du matin.

Wetris : Et on se levait quand même pour les cours, les yeux rouges mais le cœur léger.

Tosh : Tu crois qu’on retrouvera un jour cette insouciance ?

Wetris : Pas vraiment. Mais on peut la raconter, la transmettre.

Tosh : C’est vrai. Les souvenirs, ça ne vieillit pas.

Wetris : Et puis, quand une vieille chanson repasse, tout revient d’un coup.

Tosh : Comme si on y était encore, dans ce foyer de Condillac, à danser sans réfléchir.

Wetris : Oui… Grenoble, la musique, et nous deux. Une époque qui continue de vibrer.

Là-bas à Yeoush

Xelemanu était un homme très réservé. Comptable de profession, il vivait replié sur lui-même. En dehors de son travail, il rentrait directement chez lui et restait enfermé à la maison. Avec son épouse, il ne participait presque jamais aux mariages, aux fêtes ou aux coutumes de la tribu. Il ne rendait pas visite à ses voisins, pas même pour partager un simple café.

Dans la tribu, tout le monde le connaissait pour son avarice. Il ne voulait jamais dépenser un sou ni partager ce qu’il possédait.

Un jour pourtant, à l’occasion d’une fête organisée chez une famille de la tribu, Xelemanu décida exceptionnellement de rejoindre les autres hommes. Il but plusieurs bouteilles d’alcool. Au bout d’un moment, complètement ivre, il s’écroula et s’endormit profondément sous un cocotier.

Les autres buveurs le laissèrent dormir et l’un d’eux, Nyineueni, prit les clés de sa voiture. Avec quelques compagnons, ils se rendirent au magasin de la tribu.

Nyineueni s’adressa à la commerçante :

— Nous sommes venus avec la voiture de Xelemanu. Il est complètement ivre et dort là-bas. Avant de s’endormir, il nous a dit de prendre tout ce qu’il nous fallait et de le mettre sur son compte afin que nous puissions continuer la fête.

En voyant la voiture de Xelemanu devant le magasin, la commerçante ne se méfia pas. Elle leur répondit :

— Servez-vous, je noterai tout sur son compte.

Les hommes ne se firent pas prier. Ils prirent des bouteilles d’alcool, des cartouches de cigarettes et tout ce qui leur faisait envie.

En plaisantant, certains disaient :

— C’est le moment de récupérer un peu de tout ce qu’il n’a jamais voulu partager avec la tribu !

Ils continuèrent à se servir jusqu’à atteindre une facture de plus de 100 000 francs CFP.

Ils retournèrent ensuite auprès de Xelemanu, qui dormait toujours profondément. Ils continuèrent à boire, à fumer et à faire la fête avant que chacun ne rentre chez lui. Le lendemain matin, Xelemanu se réveilla sans se douter de ce qui s’était passé. C’est alors qu’il allait découvrir, à ses dépens, le prix de cette soirée. Exceptionnelle ! La vie d’ici. 

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