Nuelasin n°244 – 3 juillet 2026

Bozusë, 

Mercredi soir, mon neveu qui revient de Luengöni pour prendre une douche à la maison, m’informe qu’un vieux de Xodre est décédé dans la journée. Xodre, Mu, Hunöj, Luengöni sont des tribus du sud de Drehu unies comme les doigts de la main. Un peu comme les tribus de la région de Voh&Koné. Elles sont liées par des coutumes ancestrales qui se perdent dans la nuit. Décidément, la mort rôde et ne nous quitte plus. Conjurons le sort. Je n’ai pas pris ma retraite que pour enterrer les morts. Pff !

En allant à un mariage d’une sœur à Tingeting, alors que je marchais dans la foule en chantant des taperas, je fus abordé par une dame pour parler de Nuelasin. Elle voulait extraire des textes à des fins pédagogiques. Madame devait être enseignante. Je l’ai encouragée disant que c’était bien de trouver une utilité à cette petite feuille de chou, autre que de rappeler aux lecteurs que nous sommes vendredi. Hihi !

Mercredi, lors de l’enterrement de Jacky Patel à Luengöni, j’étais assis sur une tombe, une dame éclatante que je lorgnais aussi du coin de l’œil vint me saluer : « Bonjour M. Hnacipan, je suis très heureuse de faire votre rencontre. Je suis d’accord avec vous. Vous dites tout haut ce que tout le monde dit tout bas. » Je sortis de ma léthargie dans la torpeur de la journée malgré le vent de la mer toute proche et la lourdeur de l’événement. J’en fus heureux. L’occasion me fut aussi donnée pour rencontrer Val, Mme Hnepeun. Une relation de Grenoble. Joie, tristesse, littérature… mélange de genre qui fait la vie. Ces éléments constituent le substrat qui nous porte tous. Allons de l’avant. Vive la vie !

Pour accompagner le vieux Maselo, je propose un constat sur le contenu des ai puaka à nous lors des mariages et d’autres rassemblements. Me trompé-je ? Bonne lecture et à vendredi prochain sur l’autre rive. Wws

Dans la petite voiture de Maselo

Maselo : Bonjour, monsieur. Je vous ai vu récemment, et je suis désolé d’apprendre que vous avez été victime d’un vol. Comment vous sentez-vous.

Myriam : Bonjour, M. Maselo. Merci de m’écouter. Honnêtement, je me sens en colère et frustrée. Ce climat d’insécurité dans notre pays est accablant.

Maselo : Je comprends. La Nouvelle-Calédonie traverse des moments difficiles. Les statistiques montrent que beaucoup de Calédoniens partagent ce sentiment d’insécurité. Qu’est-ce qui s’est passé lors du vol.

Myriam : Ils ont forcé ma porte et ont pris mes objets de valeur. Je me sens violée, impuissante. Et ce n’est pas la première fois. Les délinquants semblent agir en toute impunité.

Maselo : C’est inacceptable. La délinquance est l’une des principales préoccupations ici. Mais nous devons rester solidaires. Avez-vous signalé l’incident à la police.

Myriam : Oui, j’ai fait une déclaration. Mais j’ai peu d’espoir que quelque chose change. Les jeunes sont désœuvrés, et l’addiction aggrave la situation.

Maselo : Nous devons agir ensemble. Sensibiliser, renforcer la sécurité dans nos quartiers. Peut-être organiser des patrouilles citoyennes. Et surtout, ne pas perdre espoir.

Myriam : Vous avez raison, M. Maselo. Nous devons nous battre pour un avenir plus sûr. Merci d’avoir pris le temps de m’écouter.

Maselo : Avec plaisir. Ensemble, nous pouvons faire une différence. Restons vigilants et solidaires.

Le tuk

Chaque soir, à l’approche du mariage, Peteru se rend à la maison commune de la tribu pour récupérer le tuk(sorte de seau) qu’il a laissé à la cuisine. Il veut le rapporter à ses cochons.

Une fois chez lui, il remue le contenu et constate, avec étonnement, qu’il reste encore une grande quantité de nourriture : des ignames, des patates douces, des taros, toute cette nourriture du pays.

Son esprit se met alors en branle. Il pense à l’igname qu’il cultive pendant neuf longs mois, comme grandit un bébé dans le ventre de sa mère. Cette igname, c’est presque son bébé.

Puis une image lui traverse l’esprit : toute cette nourriture destinée à nourrir les hommes finit dans les parcs à cochons. Ce ne sont pas seulement des restes qui sont jetés aux bêtes, mais parfois des ignames entières.

Lors des coutumes et des grands rassemblements, les gens assis autour des tables ne mangent guère cette nourriture locale. Ce qu’ils consomment surtout, c’est du riz, des pâtes ou des pommes de terre importées.

Peteru en vient alors à une conclusion amère : les Kanak ne mangent plus vraiment ce qu’ils cultivent dans leurs champs. Les tubercules et les légumes du pays semblent davantage destinés aux animaux qu’aux hommes.

À Drehu, beaucoup se nourrissent essentiellement de riz, accompagné de viande : bœuf, cerf, cochon ou poisson.

Alors la question se pose : qu’est-ce qu’il nous faut pour bien nous nourrir ?

Car les habitants de Lifou sont touchés par toutes sortes de maladies : maladies cardiovasculaires, diabète et bien d’autres maux encore, ces mille soleils noirs qui assombrissent les familles.

La semaine dernière et cette semaine encore, Hunöj a accompagné à leurs dernières demeures deux hommes emportés l’un par une maladie du foie et l’autre, j’ignore le diagnostic.

Misère ! Comment en sommes-nous arrivés là ?

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