Nuelasin n°199 – 14 mars 2025

Bozusë, 

Pendant ma promenade à la vallée du tir samedi dernier (07/03) dans la cour de l’immeuble Marie, avec Dirie nous avons évoqué l’arbre généalogique de certaines familles de notre tribu, Hunöj. Nous nous sommes seulement arrêtés aux années autour de 1842. Année de l’arrivée de l’Évangile (avec la mission protestante de Londres) à travers le tongien Fao. On ne peut que se fier aux archives de la mission protestante d’ici et d’ailleurs (Londres.) Mais chez nous (kanak) nous avons beaucoup perdu ou alors quelques bribes de paroles récoltées à tout vent. Le problème de la génération du dessus était l’écriture. Nos vieux avaient misé sur la transmission orale. On connaît la suite. Dirie me sortit que son papa ne s’était pas intéressé à son passé et qu’il n’était pas au courant des noms de ses grands-parents. Je restai coi parce que je reconnaissais aussi mon histoire. Nos vieux ne parlaient jamais d’eux ni de leur arbre généalogique ou alors cet arbre remontait seulement jusqu’à 1842, la date de l’arrivée de l’évangile à Drehu et 1841 à nodei Nengone. 

S’il y a des lecteurs et lectrices qui veulent connaître un peu plus sur notre histoire, il y a les archives de Nouville (pour la pays) mais aussi la bibliothèque de l’école pastorale de Bethania. C’est à Xepenehe Drehu. Une bibliothèque de mémoires de plusieurs générations de pasteurs depuis sa date de création en 1862 (me trompé-je?)

Je fais le lien avec l’école de Do-Néva à cause d’un article que j’ai trouvé par hasard sur le Net. On a toujours parlé de Maurice Leenhardt, pensé-je, en omettant d’autres personnes comme Paul Émile Pasteur qui a aussi œuvré pour la station de Houaïlou et qui ne s’entendait pas forcément avec le premier missionnaire. Je vous laisse le découvrir et corrigez-moi. Bonne lecture à vous de la vallée. Wws 

Dans la petite voiture de Maselo

–       M. Maselo vendredi de la semaine dernière, après le travail, j’arrivais à la maison pour donner la main à mon époux. Il chargeait la voiture. Direction Pouébo. Il y a une famille par là-bas dont le business est de louer une partie de sa pelouse aux personnes qui voudraient installer une toile de tente, histoire de se reposer. De loisirs, il y a la mer, la cascade et surtout le vent. Sur un hamac, je me suis entièrement abandonnée. Le vent venait de plus loin que la mer pour me siffler aux oreilles. Il m’éleva dans les airs et je partis.

–       Arrêtez de parler comme ça Mme Louise. Ça me donne envie de m’en aller sur le champ vers ces endroits. Magique ! La fin d’année s’approche et justement la vieille me demande de trouver un endroit comme vous le décrivez. La maman à nous veut décrocher de sa réalité. Voyez quand elle arrive le soir, elle s’enroule sur le canapé de la salle de séjour. Et des fois, elle ne mange même pas. Je pense beaucoup à elle.

–       M. Maselo, c’est la solution. Allez y faire un tour. Vous devez bien ça à la maman de vos enfants. 

Biographie de Paul Émile Pasteur (1884-1951)

Paul Émile Pasteur, de nationalité suisse, est né le 7 Octobre 1884 à Montreux (canton de Vaud, Suisse). Plein de ressources, de talent, d’énergie et de réalisme social, Paul Émile Pasteur accomplit durant sa vie un travail missionnaire admirable, tant sur le plan religieux (formation de pasteurs indigènes) que sur le plan culturel (enseignement général et technique) et matériel (construction de bâtiments, cultures et élevage).

Autodidacte, ouvert aux méthodes d’avant-garde, doué d’une personnalité très forte mais sans diplôme, artisan missionnaire sans pouvoir réel de décision, homme de terrain rompu aux tâches les plus diverses, exécutées avec patience et détermination, il eut à souffrir du mépris, de la condescendance ou de la critique de ceux qui avaient fait des études, de ceux qui avaient un titre à l’actif de leur réputation.

Le jeune Paul Émile n’a que dix ans à la mort de son père et il quitte l’école quatre ans plus tard, sa mère ne pouvant subvenir à ses frais d’études. Il s’engage comme apprenti dessinateur au service topographique de Montreux, puis ira travailler comme dessinateur industriel à Genève, Paris et Londres jusqu’en 1912. 

Membre actif de l’Union chrétienne de Jeunes Gens, il décide en 1913 de partir en mission. La Société des Missions évangéliques de Paris l’envoie au Gabon diriger la station de Ngomo sur les rives de l’Ogooué (en aval de Lambaréné où est installé le Dr. Schweitzer). Exploitation forestière, école, évangélisation, il s’attelle à ses nouvelles tâches avec énergie et enthousiasme. Mais il doit rentrer précipitamment en Suisse deux ans plus tard, atteint d’une double pleurésie qui l’obligera à subir trois opérations consécutives et une longue convalescence qu’il mettra à profit pour étudier la médecine et s’initier au métier d’infirmier.

En 1919, il épouse Hélène Félix, institutrice formée aux méthodes Montessori à l’école de St. Prex, et tous deux s’embarquent un mois plus tard pour la Nouvelle Calédonie, où la Société des Missions évangéliques de Paris leur a demandé d’assurer l’intérim de Maurice Leenhardt à la station de Do Neva pendant son absence. Tandis que son épouse et une autre institutrice, Hélène Capt, s’occupent de la scolarisation des enfants et de l’instruction des femmes, Paul Émile Pasteur assure l’enseignement des catéchumènes et des futurs natas (pasteurs indigènes), supervise le développement matériel de la station, relance les cultures et l’élevage permettant de subvenir aux besoins de Do Neva, répare ou construit salles de classe et internats, forme des artisans. La « vieille école » de Do Neva, commencée par Paul Laffay, mort à la guerre en 1917, est achevée par ses soins et l’aide active de quelques étudiants formés à cet effet. Ce fut une œuvre de longue haleine mais Paul Émile Pasteur sut « faire école de la construction d’une école ». Cette construction exclusivement indigène que la population protestante d’aujourd’hui identifie comme sa première école, victime du temps et de plusieurs cyclones, a été restaurée en 2003 à l’occasion des fêtes du centenaire de Do Neva et fait désormais partie du patrimoine territorial. 

Dans son travail, il est appuyé par Édouard Benignus, pasteur à Nouméa, avec qui il fera plusieurs visites et missions d’évangélisation, à cheval, dans les tribus de la côte Est et du Nord de la Grande Terre.

À son retour à Do Neva en décembre 1923, Maurice Leenhardt confie à Paul Émile Pasteur le soin de réorganiser la vieille station missionnaire de Rô, à Maré. Fondée en 1841 par les pasteurs anglais de la London Missionary Society, elle est sans missionnaire attitré depuis le départ du pasteur Delord en 1911. Accompagnés de leurs deux filles, nées à Canala et Houaïlou, Hélène et Paul Émile Pasteur arrivent à Rô en avril 1924. La tâche est rude : remise en marche de la vieille imprimerie permettant la publication de textes, dont le Nouveau Testament, en Nengone, la langue de Maré ; formation pastorale, scolaire et professionnelle ; soins aux lépreux, nombreux à l’époque, avec l’aide d’infirmières missionnaires dévouées. En juillet 1924 naît leur troisième enfant, un garçon.

En juin 1925, à la demande de la Société des Missions de Paris et contre son gré, Paul Émile Pasteur quitte Maré et regagne la Suisse avec sa famille, après six années de travail ininterrompu comme artisan missionnaire et ouvrier de la foi en terre de mission.

De retour au pays, Paul Émile Pasteur n’a qu’une idée au cœur, retourner à Maré pour achever le travail entrepris et prématurément interrompu. Il projette d’y soigner les lépreux et, plus largement, « organiser et faire vivre, par le travail des jeunes et l’aide des anciens, un service d’hygiène et de prophylaxie, dans les réserves affectées aux lépreux ». Il dessine les plans d’un village idéal pour lépreux répondant le mieux aux circonstances locales et au but poursuivi, une station de soins comprenant école, atelier d’apprentissage, internat, dispensaire et un service de réinsertion dans la vie active. Son projet se veut aussi social et pédagogique, une « tentative d’éducation civique destinée à rehausser la dignité de l’indigène en le libérant de la tutelle européenne ». 

Pour mener à bien son entreprise, il lance une souscription, crée un comité de soutien, « l’Œuvre de Maré », multiplie les contacts. Il collecte des dons, anime des conférences illustrées par des « projections lumineuses » de ses aquarelles, organise la vente de cartes postales représentant des fleurs de Nouvelle-Calédonie peintes par lui-même, édite un bulletin… Sur le point de partir, ayant réuni les fonds et les ressources nécessaires grâce au formidable réseau de solidarité qu’il a réussi à constituer, Paul Émile Pasteur doit pourtant renoncer à réaliser son vœu le plus cher, faute d’avoir obtenu les autorisations nécessaires auprès du ministère des Colonies de France. « J’ai cherché des hommes, j’ai trouvé des fonctions » écrit-il dans son journal en mars 1927. Cet échec douloureux ne l’écartera pourtant pas de son constant désir de retourner là où il donna et laissa un si grand moment de sa vie. Soucieux de donner à ses quatre enfants – une dernière fille est née à Lausanne en 1926 – la possibilité de faire les études qu’il n’avait pu lui-même poursuivre et sa santé ne lui permettant plus d’affronter longtemps les hivers helvétiques, il repartira en 1937 avec toute sa famille en Nouvelle-Calédonie et passera plusieurs années à Maré avant de s’installer à Nouméa où la mort le surprend en 1951, à l’âge de 67 ans.

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