Bozusë,
La semaine dernière, nous avions eu les visites des écrivains de Nouvelle-Calédonie à l’occasion du SILO. Paul Wamo et Luc Camoui, c’était la semaine dernière. Waehla Hotere et Pascale Gery c’était lundi, au début de cette semaine. Les deux femmes étaient accompagnées par Mme Morgane de la bibliothèque Bernheim de Koné. Elles portaient chacune une fleur à l’oreille gauche. Elles leur seyaient très bien. Des hibiscus rouges à l’ombre des flamboyants. Magnifique ! Sauf que Mme Morgane portait sa fleur à l’oreille droite. Cela signifiait dans la culture kanak que son cœur … (J’ai oublié le sens) Ehaéè ! Cette semaine pendant mon cours de français, on était sur un exercice où l’élève devait aller au tableau pour s’exercer à l’oral. Un jeune était alors revenu sur l’intervention de M. Luc mais pendant que le poète intervenait je filais le jeunot, sujet à l’ennui, il somnolait. Je dus pensais qu’il ne suivait pas. « Erreur ! » Comme disaient les joueuses de bingo. Il a déroulé tout son soûl.
Pour accompagner le vieux Maselo, je vous livre Golgotha, Feu, une production du poète Luc Camoui et d’une classe de 3ème et à la claire fontaine, un classique. Cela me ramène à quelques années en arrière quand ma fille, comme un rossignol me le chantait à l’oreille.
Bon chant à vous de la vallée enchantée. Wws
Golgotha
« Tu vois, à notre époque, quand on voyait une chouette, on lui tirait dessus. La chouette était l’oiseau de mauvais augure. Elle portait en elle tous les maux de notre société. Je ne sais pas pourquoi on avait cette haine pour ce si bel oiseau. Nous l’avons hérité de nos parents et de la génération précédente. Il n’y a pas que la chouette. Le martin-pêcheur portait aussi notre misère. Quand il chantait, on disait que quelque chose de mal allait nous arriver. » C’était la discussion que j’avais eue entre le pasteur de Tiéta et un vieux de Boyen pendant la coutume de deuil à la tribu en début de semaine. L’image de mon oncle me revint en force.
Nous étions allés à Matramap pour déterrer des ignames quand un oiseau nous suivit, son sifflet ressemblant à celui d’un arbitre de football. C’était un mauvais signe chez nous, indiquant que nous étions suivis par un esprit maléfique. À un moment, notre oncle qui marchait en tête de file sortit précipitamment du chemin. Nous fîmes de même, chacun se retirant derrière l’arbre le plus proche. L’oncle avait déjà disparu. Seule une détonation se fit entendre. Il venait de tirer sur l’oiseau, qui tomba. Il nous appela. Comme un troupeau de bêtes, nous courûmes à travers les fougères pour arriver les premiers devant l’oncle. Debout, il tenait le trengepihli entre ses mains. Il le saisit par les ailes et l’écarta pour bien nous le montrer, l’exposant. Il le posa ensuite sur les racines des fougères et nous demanda de lui apporter des feuilles que nous connaissions tous.
Nous lui remîmes les feuilles de hmacatresi et de hmelexöci. Il enveloppa l’oiseau avec ces feuilles, puis entoura le tout avec une liane, tout en psalmodiant des versets que lui seul connaissait. Le hmacatresi signifiait que nous ne serions plus suivis par les mauvais esprits, tandis que le hmelexöci avait pour sens que la vie de l’oiseau n’était plus de ce monde et que le malin qui l’animait ne nous suivrait plus où que nous allions. L’objet dans les mains de mon oncle était maintenant comme une monnaie kanak. Il le suspendit à une branche, le tenant par la liane, comme un objet vulgaire et infect. Un cousin débroussailla le pied d’un arbre à côté de la sente avant que l’oncle n’attache le cadavre emballé à la branche.
Nous partîmes ensuite pour effectuer les tâches de la journée au champ : certains cueillaient le maïs, d’autres déterraient les ignames. Vers le soir, de retour à la maison, nous avons fait un grand détour pour éviter l’endroit où nous avions crucifié l’oiseau. Cet endroit était devenu par la suite une charge très lourde à porter. Mental. Nous avions érigé notre croix. Golgotha.
Dans la petite voiture de Maselo
– Bonjour, ma sœur. Comment allez-vous aujourd’hui ? Vous savez, la délinquance juvénile en Nouvelle-Calédonie est un sujet préoccupant.
– Bonjour, M. Maselo. Je vais bien, merci. Mais je suis attristée par la situation des jeunes ici. Ils sont de plus en plus vulnérables à la délinquance.
– Oui, c’est vrai. L’étude récente a identifié quatre facteurs de vulnérabilité. Tout d’abord, l’exposition à un climat de violence, à la fois familial et environnemental.
– C’est triste. Et le décrochage scolaire est un autre problème majeur. Certains jeunes se retrouvent sans repères, sans soutien parental adéquat.
– Exactement. Et les inégalités sociales et économiques ne font qu’aggraver la situation. Sans emploi, certains se tournent vers la délinquance.
– Et les addictions, comme l’alcool et la drogue, sont des précurseurs de la délinquance chez les jeunes. Comment pouvons-nous les aider ?
– Nous devons coordonner nos efforts. Trop de dispositifs existent, mais ils manquent de cohérence. Ensemble, nous pouvons offrir un meilleur avenir à ces jeunes.
– Prions pour eux et travaillons main dans la main. La Nouvelle-Calédonie a besoin d’espoir et de solutions concrètes.
– Amen, sœur. Espérons que nos actions puissent changer leur destinée.
Luc Camoui
Luc Camoui a demandé aux élèves de fournir un maximum de mots du champ lexical de feu. Les élèves ont joué le jeu avec enthousiasme, en proposant des termes et expressions. À la fin de l’exercice, le poète a encouragé les élèves à trouver un fil conducteur pour produire un poème.
À la sortie, un élève, souvent en dessous de la moyenne en français, a susurré à l’oreille de monsieur Yvon, alors que nous prenions la photo souvenir devant la classe, qu’il avait beaucoup aimé la rencontre avec le poète Luc Camoui et qu’il avait été très impliqué dans l’élaboration de la poésie. Cette interaction a été particulièrement touchante et a démontré l’impact positif de cette rencontre sur les élèves. À suivre !
Feu
Le feu c’est chaud
Ça brûle
Ça crame
Ça consume
Ça détruit
La Nature, la Forêt, le bois
Ça fait de la fumée
Comme la voiture…
Le pyromane craque l’allumette
Qui devient une flamme
Et la chaleur a fait fondre le briquet…
Il commence Étincelle
Devient braise
Et finit cendre dévastatrice…
Le feu tue… (D’après les élèves de 3ème du collège de Cata) Holé kop.
À la claire fontaine
À la claire fontaine
M’en allant promener,
J’ai trouvé l’eau si belle,
Que je m’y suis baignée.
Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai.
Sous les feuilles d’un chêne
Je me suis fait sécher,
Sur la plus haute branche,
Un rossignol chantait.
Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai.
Chante, rossignol, chante,
Toi qui as le cœur gai,
Tu as le cœur à rire,
Moi, je l’ai à pleurer.
Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai.
J’ai perdu mon ami
Sans l’avoir mérité,
Pour un bouquet de roses,
Que je lui refusai.
Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai.
Je voudrais que la rose
Fût encore au rosier,
Et que mon doux ami
Fût encore à m’aimer
Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai.








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