Nuelasin 183 – 2 août 2024

Bozusë, 

Il pleut et il fait froid. Je n’ai pas eu le réflexe de regarder le thermomètre. La température doit avoisiner 15 ou 16°c. Cela me garde à la maison et sous la couverture. Demain, c’est le début des vacances de deux semaines. Nous, au collège de Tiéta, nous avons de la chance d’avoir repris les cours depuis le 13 mai. Je connais d’autres établissements qui sont restés aplatis. Ils n’ont pas repris le chemin des écoles. C’est triste pour nos enfants quand on connaît le poids du programme scolaire raté. 

Mercredi 31 juillet, c’était la remise des bulletins du premier trimestre dans notre établissement. Il y avait eu du monde. Les parents étaient venus en masse. Certains étaient accompagnés de leurs enfants, d’autres étaient venus seuls. Au fond, il y avait cette volonté de se voir (parents-profs) tout simplement pour échanger. Affaire à suivre. Pour ma part, j’ai pu échanger avec certains parents qui ont leurs enfants scolarisés chez nous (et qui ont repris les cours) et leurs autres enfants dans d’autres établissements (qui n’ont pas encore rouvert) ceux-là restent à la maison. Ils bénéficient de la continuité pédagogique. Une pratique courante mais qui ne permet pas à tous les élèves d’être sur le même pied d’égalité. A la rentrée, le prof étant obligé de tout reprendre parce que tous les élèves n’auront pas nécessairement fait le travail demandé. Y en a qui n’auront pas compris la consigne, certes, on peut comprendre mais d’autres n’auront tout simplement pas fait parce qu’ils n’auront pas eu accès à Internet. Les moyens modernes ont toujours des limites. Rien ne remplace la pédagogie humaine dans le rapport au savoir prodigué. 

En mémoire de nos familles disparues : Le 31 juillet 1953, le caboteur La Monique prenait la mer à Maré, mais il n’est jamais arrivé à Nouméa. À bord se trouvaient 126 personnes, dont 108 passagers des Îles Loyauté et de la Grande Terre, ainsi que 18 membres d’équipage. Malheureusement, le bateau n’a jamais été retrouvé, et sa disparition reste un mystère irrésolu qui a profondément marqué les Calédoniens. Soixante et onze ans plus tard, cet événement tragique continue de hanter les cœurs et les mémoires de nombreuses familles. Des commémorations ont lieu pour honorer la mémoire de La Monique, rappelant ainsi l’importance de cette histoire dans l’archipel. Source : Net

Je propose un petit récit de vie, rencontre avec un grand frère de Baa Houaïlou et une pensée orientée vers la Monique qui ne disparaîtra jamais de la mémoire collective des enfants de notre pays… une fiche technique du bateau (on va dire) et l’incontournable chant composé par le vieux Manane à nous ; La Monique

Bonne lecture et bonnes vacances à vous. On se voit à la rentrée. Wws  

Georges

Le dernier samedi des vacances, je me rendis à Houaïlou pour assister à l’enterrement du vieux Doumer. En arrivant à Baa, je me retrouvai au cimetière, où le hasard me plaça côte à côte avec Hannah. Son écharpe lui couvrait le visage, ne laissant apparaître que ses yeux. Je penchai légèrement la tête sur ses épaules pour mieux la voir. La foule était dense et le soleil brûlait au zénith. Quand Hannah se retourna, elle me reconnut tout de suite et me sourit. Nous nous saluâmes chaleureusement. Je lui demandai en chuchotant où se trouvait son mari. Elle répondit que Georges était toujours à l’hôpital. Le mot « toujours » résonna durement en moi. Je savais que Georges souffrait d’une maladie rare au pied depuis des années, mais apprendre qu’il était toujours hospitalisé me surprit. Je demandai son numéro de téléphone et sortis machinalement mon bloc-notes pour le noter. Elle me le donna volontiers.

Après l’enterrement, le fils de Doumer invita tout le monde à venir manger à la maison. J’acceptai avec gratitude, après avoir fait un détour chez Mme Rosette, une collègue enseignante, qui avait perdu son mari le mois précédent. Après le repas, je pris la route vers Poindimié, avec l’intention de m’arrêter à l’hôpital pour voir Georges. Mais la fatigue et la chaleur intense de midi eurent raison de moi et je rentrai directement à la maison.

Le soir venu, je décidai d’appeler Georges. Sa voix faible et chuintante me fit comprendre qu’il n’allait pas bien. Je lui promis de venir le voir un autre jour. Le samedi suivant, j’avais deux réunions, l’une à Nouméa et l’autre à Houaïlou. Je choisis d’aller à Houaïlou pour pouvoir rendre visite à Georges. Une fois ma réunion terminée, je partis pour l’hôpital. Du parking, j’appelai Georges, qui, avec difficulté, m’orienta à travers les couloirs labyrinthiques. Comme d’habitude, je me perdis et me retrouvai dans une salle remplie de patients amputés. Je demandai à une infirmière de m’indiquer la chambre de Georges. Elle accepta aimablement de m’y conduire.

En entrant dans la chambre, je vis Georges allongé dans son lit médicalisé. Il avait grossi, surtout au niveau du ventre. Son moignon de jambe gauche attira immédiatement mon attention. Nous retrouvâmes aussitôt nos plaisanteries d’autrefois, comme si le temps n’avait pas affecté notre amitié. Georges me posa la question habituelle : « T’as pas vu Popo ? », évoquant un petit frère commun. Nous rîmes ensemble, comme au bon vieux temps. Finalement, Georges remercia ma visite, exprimant sa joie de voir un ami, un frère.

Nous passâmes encore quelques moments à évoquer nos souvenirs avant que je ne prenne congé, expliquant que je voulais éviter de conduire de nuit. En partant, je lui dis que la joie était partagée, heureux d’avoir retrouvé un ami perdu de vue depuis des années.

Dans la petite voiture de Maselo

–       Bonjour madame Ginette. N’est-ce pas vous que j’ai aperçue vers la rivière ?

–       Laquelle de rivière M. Maselo ?

–       Mais en bas au passage vers chez Maïda. 

–       Si, si… c’était bien moi… 

–       Je vous posais la question parce que je revenais aussi de la rivière ; l’autre rivière, celle de là-haut à la tribu de Tiéta. 

–       Ah je ne vous ai pas vu là-haut et pourtant je reviens de la tribu. Oui, oui, je reviens de la tribu parce que j’ai ramené la petite Joséphine qui ne voulait pas aller au collège.

–       Celle-là; elle est vraiment une écharde pour sa grand-mère. C’est elle qui s’occupe de la petite.

–       Vous avez raison je sais qu’une fois je l’ai amenée directement au collège. Le directeur est même descendu de son bureau pour discuter avec moi à la guérite au rond point.

–       Voyez-vous monsieur Maselo cette petite, elle ne veut plus aller à l’école. Sa grand-mère voulait l’inscrire au collège de Tiéta pour qu’elle s’occupe d’elle mais la petite n’entend pas de ses oreilles. Elle veut poursuivre sa scolarité au collège de Baganda pour s’approcher de ses parents qui ne s’occupent pas d’elle. 

–       C’est très difficile les enfants d’aujourd’hui, je sais que la grand-mère l’inscrit à Tiéta parce qu’elle a un lopin de terre pour cultiver ses légumes et vendre dans son petit marché en bordure de route. La vieille Gina a une clientèle conséquente. Des fois, des agents de l’usine me dérangent pour aller acheter ses produits. 

–       Vous avez raison. Je me rendais justement ce matin chez elle pour vendre mes anguilles. Je me suis levée tôt pour la pêche vers la bambouseraie là-bas, vous savez ? C’est poissonneux. Des carpes et des mulets aussi surtout quand il fait froid. Sous les racines des bambous et des bois noirs il y en a vraiment plein. Ça grouille de partout M. Maselo. 

–       Madame Ginette ce n’est pas la peine d’aller au marché c’est moi qui vous achète vos produits et vous ne payez pas la course. Laissez tomber le marché de la vieille. Je vous ramène et vous achète tout. Êtes-vous d’accord ? 

La Monique

La Monique est construite en 1946 en Nouvelle-Zélande pour l’US Navy. Ce caboteur mesure 32,70 m de long pour 7,10 m de large. Il appareille du village de Tadine, dans l’île de Maré le 31 juillet à 14h00 à destination de Nouméa, avec à son bord 108 passagers, en majorité des Kanak, 18 hommes d’équipage et 200 tonnes de fret. Il disparaît au cours de la nuit, alors que la visibilité est excellente, avec un vent faible. Les recherches navales et aériennes ne permettent de retrouver qu’une bouée de sauvetage et un fût d’essence provenant du navire ; le bateau ou son épave reste introuvable.

Le bateau avait pour habitude de naviguer en surcharge. L’enquête menée à l’époque conclut que « cette erreur était devenue routine ». Les autorités ont supposé que la houle a fait chavirer le navire en surcharge mais aucune preuve corroborant cette théorie.

Dans la mémoire calédonienne, ce drame inexpliqué reste un objet de deuil qui hante encore de nombreuses familles. (Source : Wikipédia) 

La Monique

I. Nata ci ie tako ni la Monique 

Inu ke ma taedrengi 

120 ngome hna rulu ri cele

Ibetu ineko ci deic

Refrain: We cicango we kolo tenegu 

Tei bua ceceni bua ha ci mane 

Hmaiene tenene kane ci leleroone

Kolo inu ke ma taedrengi

II.  Maré ne Lifou ne Ou…véa 

Ci dokou kei wathera 

Mare bo ielo kebooo ri ranome 

A mes chers enfants disparus 

Refrain: We cicango we kolo tenegu 

Tei bua ceceni bua ha ci mane 

Hmaiene tenene kane ci leleroone

Kolo inu ke ma taedrengi

III. Sheusheu ne ci manelo ri ran’ome

Ha te ri pon o Loyauté 

Gada dridri mohma nodei moami 

Na ta puane ri cele 

Refrain: We cicango we kolo tenegu 

Tei bua ceceni bua ha ci mane 

Hmaiene tenene kane ci leleroone

Kolo inu ke ma taedrengi

Manane Abraham

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