Bozusë, nous sommes jeudi 18 juillet. Je reviens à l’instant du collège et la vieille revient du champ de l’autre côté de la rivière. Je lui ai demandé s’il y avait des bananes mûres. Il n’y en a pas. Ce n’est pas la saison ou alors il faut attendre encore pour qu’il fasse un peu plus chaud. Pour le moment, celles qui sont sur les régimes sont très petites. Elisa n’a rien coupé même pas pour offrir à sa cousine qui lui en a demandé. L’élan du cœur sera pour une prochaine fois.
Aujourd’hui, il n’y a pas de cours au collège de Tiéta comme je l’écrivais précédemment dans Nuelasin 181. Les élèves n’ont une nouvelle fois pas de cours. Les barrages sont bloqués jusqu’à demain 06h00. No comment…
L’école du dimanche. L’école du dimanche de la vallée a organisé un buffet dimanche 21 juillet. Au sortir du culte, les parents qui ont acheté des tickets se rendaient à la maison commune de la tribu pour un buffet proposé par les enfants et leurs monos. Des fruits de mer et des produits de terroir étaient mis à l’honneur. Recette : 100000frs (cent mille francs.) Les clients étaient ravis parce que quand ils prenaient leur repas, les jeunes de l’école du dimanche s’offraient en spectacle. Des chants et des danses qu’ils avaient répétés avec l’équipe d’encadrants. Exercice à remettre puisqu’on ne s’en lassait pas de suivre. Les invités (clients) avaient aussi été sollicités pour un chant mais le tarif du repas ne leur avait pas été revu à la baisse. Mais ça, c’est encore une autre histoire.
J’apprends à l’instant (lundi 22 juillet) la profanation du mausolée d’Ataï. Cela me laisse sans voix. J’ignore le sous-homme qui a commis cet acte odieux de tous les qualificatifs abjects. C’est quand même le symbole de la revendication kanak. Je suis scié. Le peuple calédonien peut imaginer ce que le terme profanation signifie chez les autres peuples quand les tombes et les cimetières des leurs sont saccagés. Voila la barbarie à l’échelle de la connerie. La misère humaine. C’est l’opprobre que l’oisiveté engendre. Quand on ne sait pas quoi faire, on se livre à des exactions dont on ne mesure pas la portée. On brûle des écoles, on saccage des édifices religieux, et la voie est libre pour la folie. Et après, on s’enorgueillit de parler révolution ? Quelle monstruosité ! « Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. » C’était la parole prononcée par le Christ lors de sa crucifixion. Seigneur !
Je pense à mes deux tontons en vous livrant le texte sur la décision de l’un face à la mort de l’autre. Le deuxième est de Lalash, un grand frère de Nyëjek avec la technique de l’autre oncle pour mettre l’équipe de Roularilos en condition. Très physique et efficace, je vous jure. C’est pour accompagner le vieux Maselo dans sa petite voiture.
Bonne lecture à vous de la vallée. Wws
Mes deux tontons
J’aime toujours raconter l’histoire de mes deux oncles, Tonton Pierre et Tonton Hoho. L’un, alité dans son lit d’hôpital, était sur le point de mourir. L’autre lui rendait visite et était découragé par son état de santé. Soudain, un médecin entra dans la chambre. Tonton Pierre s’adressa à lui en ces termes :
« Monsieur le Docteur, j’en ai assez de voir mon frère dans cet état. Je veux que vous débranchiez tous ces fils de toutes ces machines qui le maintiennent encore en vie. À ce stade, je vois bien qu’il n’y a plus rien à faire pour lui. N’est-ce pas ? »
Le médecin, un peu surpris, répondit : « Mais qui êtes-vous, Monsieur, pour parler ainsi ? »
« Je suis son frère. Sa mère et la mienne sont sœurs. La mienne est la plus petite. Quand son fils arrivera tout à l’heure, dites-lui ce que je vous ai dit. Moi, demain matin, je pars à Drehu pour attendre son corps chez lui à Meseweny. Je serai avec ses petits diables là-bas dans sa grotte de Soen. Voulez-vous que je signe un document quelconque ? »
« Non, je veux juste que vous me décliniez votre identité. »
« Pierre. Mole Pierre. Dites à son fils que c’est l’autre papa à lui qui a parlé. Au revoir docteur… »
Le vieux descendit les escaliers et partit. Quand Kokone arriva pour les visites de l’après-midi, le médecin l’informa des paroles du monsieur qui lui était totalement inconnu. Et Kokone fixa le toubib dans les yeux :
« Docteur, s’il n’y a vraiment plus rien à faire pour papa, suivez ce que l’autre papa vous a dit de faire. »
Cette histoire montre la douleur et les décisions difficiles auxquelles sont confrontées les familles lorsqu’un être cher est en fin de vie. Elle met aussi en lumière l’importance des liens familiaux et du respect des dernières volontés.
Dans la petite voiture de Maselo
– Bonjour M. Maselo. Je voulais que vous m’ameniez à Oundjo. Voilà quelques courses que j’ai pu faire ce matin.
– M. Wabealo, je vois que vous avez pu avoir du pain.
– Et même du riz et du Sao. Les gosses vont être très contents. Je vous assure!
– C’est vrai que cela fait plusieurs semaines que la pénurie alimentaire se faisait sentir
– Au fait pour le pain, je suis arrivé au même moment que le livreur. J’étais parmi les premiers clients. Pour le reste, j’étais obligé de faire plusieurs magasins.
– Et la bouteille de gaz ?
– Bonne remarque et vous avez bon œil M. Maselo.
– C’était cet article qui a attiré mon attention. La semaine dernière, j’ai déposé une maman qui amenait sa bouteille vide au magasin de la Poste. Chez Éric.
– Oui, M. Wabealo, ce que je trouvais bien chez lui, c’est qu’il appelle la clientèle quand il se fait livrer. La bouteille de gaz, c’est comme les petits pains. Ça part en un rien de temps.
– C’est qu’il faut s’inscrire pour ça. Moi, c’est la maman des enfants qui nous a inscrits et payé d’avance aussi. Après, il n’y a plus qu’à récupérer la bouteille quand la cargaison est livrée.
– C’est plutôt bien. Mais je connais une famille qui n’a plus de gaz depuis un bon moment mais elle fait du feu dans la cuisine. Et je sens qu’elle ne va plus revenir au gaz. C’est la maman qui me racontait ça la dernière fois.
– Vous m’étonnez !
– Non, M. Wabealo, ce n’est même pas extraordinaire ça. Le papa qui travaille dans les ateliers municipaux a bricolé une rocket. Voyez-vous cet engin pour faire du feu ? Ça va très vite et ça fait des économies.
– Je n’y ai même pas pensé. En plus, il est à la mode. Je vais faire d’abord la pêche, une bonne pêche et j’en achète une pour la vieille.
– Et je vous laisse où déjà M. Wabealo ?
Un deux trois ; allez Trio!
À l’aube, la voiture de Hnamano attendait tous les jeunes de l’équipe de football de Kejëny. Nous avions passé la nuit chez nenë Hana. Le match devait commencer à 7h, mais avant de nous rendre au stade de Hnase, nous devions passer par Hnadro pour offrir une coutume à un autre papa. Certains joueurs grelottaient de froid, emmitouflés dans leurs couvertures, n’ayant même pas eu le temps de boire leur café chaud.
Lorsque nous sommes arrivés chez Papa Tainë à Hunetim, il est sorti de sa case, portant des feuilles de médicaments et une soupière de breuvage. Les autres garçons riaient dans la voiture avant que nous ne démarrions. Le chef de bord, qui était également le policier tribal du club, Papa Waloke-qatr, veillait sur nous.
Nous avons fait un arrêt à Tropenaiala. Le chef de bord est descendu de la voiture et a crié : « Tout le monde descendez et venez par ici ! Ceux qui ont des couvertures et des tricots, enlevez-les et montrez vos torses. » Nous nous sommes alors rassemblés sur le bord de la route, face à un sentier qui menait à une grotte. Papa Tainë nous a raconté l’histoire de cette grotte. Il a expliqué qu’autrefois, avant de partir à la guerre à Wé, les guerriers venaient là boire des médicaments et des breuvages faits de feuilles macérées dans l’eau de la grotte, avant l’aube. Ce rituel permettait d’éloigner les mauvais esprits avant la bataille.
« Maintenant, nous allons faire pareil, » dit Papa Tainë. Le conducteur de la voiture tenait la soupière de médicament et nous avons tous bu le breuvage. Avant de remonter dans la voiture, chacun de nous a reçu quelques coups de triques. Papa Tainë expliqua que ces coups de triques n’étaient pas donnés par colère, mais par amour, pour nous préparer aux difficultés de la vie.
Depuis ce jour-là, peu importait que l’équipe gagne ou perde, nous ne revenions plus faire la coutume de qeje elo avant de partir jouer au football chez le vieux papa de l’autre tribu.
En repensant à cette phrase célèbre : « Je ne vous astique pas parce que je suis en colère, mais parce que je suis heureux, » je me rappelle de cette histoire. Les anciens croyaient que nos défaites étaient dues au mauvais comportement de certains joueurs et que la malchance s’abattait sur nous. Le médicament du vieux papa était donc perçu comme une solution pour enlever cette malédiction. Cependant, les plus jeunes restaient perplexes face à cette explication.
Ce récit évoque une tradition ancestrale et un rite de passage marquant, montrant la profonde connexion entre les croyances, les coutumes et la préparation mentale et physique avant un événement important.
Lalash
Ndlr : Il y a un anachronisme dans ce texte. Le titre proposé concerne la génération de nos jeunes de ces récentes années. Un slogan de ralliement à l’équipe, ces cinq dernières années, disons-le. Le récit relaté par le frère Lalash date de plus loin dans le temps, disons dans les années 80, et même bien avant.
photo : impression écran youtube calédonia tv








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