Nuelasin n°242 – 5 juin 2026

Précision : J’avais créé la rubrique Dans la petite voiture de Maselo dans le journal du collège de Tiéta, Vetchaong, pour accompagner le développement de la zone VKP avec l’implantation de l’usine du Nord. Maintenant que je ne suis plus dans la zone de manœuvre du taximan, je vais élargir son rayon d’action. Je vais libérer Maselo pour qu’il assure aussi son service dans d’autres lieux du pays. Il sera témoin des personnes de diverses catégories socioprofessionnelles toujours en assurant la même marche. Sa cliente ci-après, Danielle est une dame aux mœurs très légères circulant en ville dans un quartier huppé. Bon vent au taximan. 

Le texte qui accompagne le vieux Maselo est un récit qui s’est réellement produit. Je l’ai volé des discussions d’adultes étant enfant. J’ai complété les bribes de paroles en comblant les interstices. Dans un mariage du clan l’an passé, j’ai rencontré un cousin de la tribu qui en savait plus long. Il m’a donné la vraie version. Mais ça, comme dit la chanson : « C’est encore une autre histoire. »

Allez, portez vous bien et à dans quinze jours. Bonnes vacances. Wws

Dans la petite voiture de Maselo

Maselo (conduisant son taxi) : Bonjour, mademoiselle. Où puis‑je vous emmener aujourd’hui ?

Danielle (s’installant à l’arrière) : Bonjour, M. Maselo. Au quartier des bars… tu sais bien, là où je travaille. C’est encore une longue nuit qui m’attend.

Maselo : Ah, le quartier animé. J’y conduis souvent des clients. Comment ça se passe pour vous là‑bas ?

Danielle : Comme toujours… C’est un métier dur. Les gens pensent que je ris tout le temps, mais c’est juste pour tenir. C’est la seule façon que j’ai trouvée pour gagner ma vie.

Maselo : Et vous, vous tenez bon. C’est déjà beaucoup.

Danielle : Et vous, M. Maselo ? Le taxi, ça vous plaît ?

Maselo : C’est fatigant, mais j’aime écouter les histoires des passagers. Ça me permet de connaître tout le monde dans le village.

Danielle : Vous avez raison. On en apprend des choses… surtout quand on vit comme moi. Parfois, j’ai l’impression que tout le monde me connaît trop bien, ou trop mal.

Maselo : Nous avons tous nos combats, Mme Danielle. Je ne suis pas là pour juger, seulement pour conduire.

Danielle : C’est pour ça que je vous apprécie. Vous êtes le seul ici qui ne me regarde pas comme… comme une femme perdue. Même si je sais ce que les gens disent.

Maselo : Les gens parlent toujours. Vous, vous avancez.

Danielle : Parfois, je rêve de quitter ce village, de tout recommencer ailleurs. Trouver un travail honnête, quelque chose qui ne me colle pas à la peau. Mais avec mon passé… c’est compliqué.

Maselo : Le passé ne définit pas toujours l’avenir. Qui sait ce que demain nous réserve.

Danielle : Vous êtes philosophe, M. Maselo.

Maselo : Juste un vieux conducteur de taxi qui a vu beaucoup de choses. Allez, attachez votre ceinture. On y va.

Souvenir de Hnamelangatr 

Pendant les sorties chez les particuliers, les filles revenaient toujours avec des histoires qui circulaient dans la tribu. Un jour, on racontait qu’un drame s’était produit dans la tribu voisine : deux femmes s’étaient battues à cause d’un vol.

L’une d’elles s’était rendue dans son champ pour récolter des ignames. Mais en arrivant sur place, elle découvrit qu’une autre femme était déjà là, en train de les déterrer. C’étaient de grosses ignames, bien formées. Elle se montra alors et lui demanda d’arrêter ce qu’elle faisait.

L’autre femme, prise de peur et craignant d’être dénoncée au conseil des anciens et à la grande chefferie, eut une réaction terrible. Elle tua la propriétaire. Ensuite, sans remords apparent, elle prit le corps de la victime et le jeta dans un grand trou, non loin du sentier qui menait au champ.

L’histoire fit grand bruit. Elle parvint rapidement aux oreilles des responsables du conseil des anciens. Une enquête fut menée et elle permit d’identifier la coupable. Le chef de la tribu fut averti et l’affaire fut portée devant la grande chefferie, qui appliqua la peine coutumière. La femme fut condamnée à recevoir plusieurs coups de nerf de bœuf. Ensuite, elle fut attachée à un poteau, au milieu de la chefferie. Les hommes allèrent chercher du crottin de cheval, qu’ils brûlèrent devant elle afin de l’enfumer. Le supplice dura toute la journée : attachée au poteau, elle vomissait sans cesse sous l’effet de la fumée.

Après le supplice du poteau et les coups de nerf de bœuf, la femme fut emmenée en pirogue au large vers l’île aux chèvres. Elle y fut exilée. De temps à autre, quelqu’un — le plus souvent un homme désigné par la chefferie — allait la rejoindre pour vérifier qu’elle purgeait bien sa peine et qu’elle se trouvait toujours sur place.

Mais dans le cas de cette voleuse, l’exil ne dura pas longtemps. Quelque temps après son bannissement, elle mourut.

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