Nuelasin 195 – 13 décembre 2024

Tourmenté

Mon esprit est encore troublé ce dimanche 8 décembre. Hier, je ne suis pas allé à Nouméa pour assister au mariage de Wahatro, que j’ai appris seulement vendredi sur les réseaux sociaux. La cérémonie se déroulait à Dumbéa. Samedi matin, j’ai envoyé un SMS à Alez et à Kaya pour leur dire que je pensais beaucoup à la famille D., aux enfants et à leur maman, bien que je ne puisse être présent. Je sais aussi que Xodre-Mou-Hunöj assurent toujours en de telles occasions. Après cet échange, je suis retourné me coucher, épuisé par ma semaine, et me suis réveillé qu’après 11 heures.

J’ai appelé Louis, le frère de Meseweny, qui est actuellement chez sa fille à Koné. Nous avons décidé de faire une promenade, comme nous en avions l’habitude à Drehu, c’est-à-dire sans destination précise. Nous avons d’abord acheté des casse-croûtes à la station-service, puis nous sommes allés chez les deux pasteurs à Netchaot pour manger.

Ensuite, nous avons pris la route vers l’autre côte. En arrivant au carrefour de Tiwaka, j’ai demandé à Louis quelle direction prendre. Il a choisi la gauche, alors nous nous sommes dirigés vers Touho. Mais à quelques mètres du pont, il a dit qu’il voulait voir Willy, notre neveu. J’ai donc fait demi-tour pour prendre la direction de Poindimié. De nombreuses voitures étaient garées dans la cour ; la famille préparait l’anniversaire de Kipo, la benjamine. Nous avons donné notre qëmek et les enfants nous ont offert du café.

Après le café et quelques égarements sur des discussions sur l’actualité, nous avons repris la route. À Touho, nous avons chanté « Madrinejë » avec mama Maria, 92 ans, notre nièce de la famille Hnacipan et du clan Hnaialu-Ifij. Vers 18h30, Louis et moi avons repris la route. Dans la voiture, Louis n’arrêtait pas de répéter que nous avions passé une excellente journée, bien que nous n’ayons passé que l’après-midi ensemble. Un après-midi pas comme les autres, un après-midi béni qu’on ne revivra jamais. Ainsi va le monde. 

Pour accompagner le vieux Maselo, je vous propose un extrait de texte de Margaret Mead sur le début de la civilisation. L’autre Le nid est personnel. Je l’ai trouvé parterre sous le préau après le nettoyage de notre ‘cathédrale’ des paroles sacrées par notre éducateur M Stéphane. C’était ce midi de jeudi 12 décembre 2024. Bonne lecture, joyeuses fêtes et donnons rendez-vous l’année prochaine. De gros bisous de la vallée où il pleut et il fait chaud tout le temps. Wws

Nétchaot 

La canicule à Netchaot était écrasante, avec la sensation oppressante de la chaleur qui montait du béton et descendait du toit. Elle nous pénétrait de toutes parts. Le pasteur est sorti un moment pour arroser les tôles du toit et mouiller le sol, apportant une bouffée de fraîcheur bienvenue dans la pièce, soulageant immédiatement tout le monde. Il a mentionné qu’à Baco, la nièce Hélène faisait de même dans de telles circonstances. Cependant, l’eau étant rapidement absorbée, il fallait répéter l’opération fréquemment. Tant pis pour le gaspillage d’eau, c’était le petit prix à payer contre un peu de paradis sur terre. 

Dans la petite voiture de Maselo

–       Salue, jeune homme ! J’ai entendu dire que tu as lancé un projet de culture de salades à Témala. C’est une excellente initiative !

–       Bonjour, M. Maselo. Oui, j’ai décidé de me lancer. Pas de culture hydro. La terre par ici est plutôt fertile, et je veux contribuer à notre développement. Mais ce n’est pas facile.

–       Je te comprends. Lancer un projet agricole demande du courage et de la persévérance. Comment se passe le démarrage ?

–       Eh bien, je prépare les parcelles, j’apprends les techniques de la culture bio, et je m’occupe des semis. Mais il y a tellement à faire ! Et puis, il y a des défis.

–       Lesquels, par exemple ?

–       D’abord, la méfiance. Certains anciens ne voient pas d’un bon œil ce changement. Ils disent que c’était mieux avant. Ensuite, les ressources sont limitées. J’ai besoin d’irrigation, de matériel, et je manque de fonds.

–       C’est normal d’avoir des obstacles. Mais ne baisse pas les bras. Parle aux anciens, explique-leur ton projet. Et peut-être que l’association des entrepreneurs kanak pourrait t’aider.

–       Tu as raison. Je vais persévérer. J’ai foi en ce projet. Si nous réussissons, cela profitera à toute la tribu.

–       Exactement ! Ensemble, nous pouvons créer un avenir meilleur pour notre région. Tiens bon, jeune homme !

Le nid

Sous notre préau, à l’abri des regards, un nid d’oiseau a trouvé refuge. Fabriqué avec soin, il se distingue par son mélange hétéroclite de matériaux. Les brindilles et les feuilles s’entrelacent, formant une structure robuste, tandis que des plumes de poule et de coq du poulailler voisin, sûrement de chez Mélanie ou du vieux Limite, ajoutent une touche de couleur et de douceur. Les plumes, d’un jaune doré et d’un noir éclatant, flottent doucement au gré du vent, témoignant de la proximité des volailles.

À l’intérieur du nid, des petites affaires d’écolier, laissées là par le vent ou la curiosité d’un oiseau aventurier, se mêlent aux éléments naturels. Des tubes de stylo aux couleurs vives, encore chargés de l’encre des dessins d’enfants, s’entassent avec des guirlandes rouges de Noël, brillantes et festives, qui rappellent les rires et les chants des célébrations passéesmais aussi à venir.

Une grosse touffe d’herbe sèche complète cet assemblage, apportant une touche de verdure et de texture. Elle semble être une invitation à la détente, une petite oasis au milieu du bruit et de l’agitation de l’école. Le nid, véritable œuvre d’art improvisée, devient ainsi un symbole de la vie qui continue de s’épanouir, même dans les recoins les plus inattendus.

Malheureusement, après un nettoyage minutieux, le nid, qui avait été le théâtre d’une vie si vibrante, s’est retrouvé à terre, au bout de la perche de M. Stéphane (un éducateur) de ce jeudi 12 décembre 2024, dispersant ainsi ses trésors en un doux désordre. Les plumes, les tubes de stylo, et les guirlandes de Noël se mêlent à la poussière du préau, rappelant les souvenirs d’un temps où les moineaux venaient régulièrement se poser sur cette construction improvisée, suspendue sous le toit, entre ciel et terre.

Les élèves, fascinés, observaient ces créatures ailées virevolter autour d’eux, leurs silhouettes dessinant des arabesques dans le ciel bleu au-dessus des flamboyants en fleur. C’était un spectacle vivant, un ballet naturel qui s’entremêlait aux rires et aux jeux des enfants. Le préau étant notre lieu de rencontre, où la curiosité des élèves pour la nature se mêlait à l’insouciance de leur jeunesse.

Cependant, à la rentrée de 2025, tout cela ne sera qu’un lointain souvenir. Le nid, avec ses plumes colorées et ses objets hétéroclites, ne sera plus là pour accueillir les oiseaux ni pour inspirer les élèves. Le préau, désormais propre et vide de cette magie, ressemblera à un espace ordinaire, dépouillé de la vie qui l’animait. Les rires des enfants, bien que toujours présents, résonneront différemment, sans ce fil invisible qui les reliait à la nature.

Ce changement, à la fois triste et inévitable, marque la fin d’un cycle, un passage vers un nouvel horizon, mais il laisse dans le cœur de ceux qui ont vécu ces moments un écho doux-amer, une nostalgie pour la beauté simple d’une vie partagée entre hommes et oiseaux. 

Extrait d’un texte de l’anthropologue Margaret Mead

Il y a quelques années, l’anthropologue Margaret Mead a été interrogée par un étudiant sur ce qu’elle considérait comme le premier signe de civilisation dans une culture.

L’étudiant s’attendait à ce que Mead parle d’hameçons, de pots en argile ou de meules. 

Mais non, Mead a dit que le premier signe de civilisation dans une culture ancienne était un fémur (os de la cuisse) qui avait été cassé puis guéri.

Mead a expliqué que dans le règne animal, si vous vous cassez la jambe, vous mourez. Vous ne pouvez pas fuir le danger, aller à la rivière pour boire ou chasser pour vous nourrir.

Vous êtes de la viande pour les bêtes rôdeuses.

Aucun animal ne survit à une jambe cassée assez longtemps pour que l’os guérisse. 

Un fémur cassé qui a guéri est la preuve que quelqu’un a pris le temps de rester avec la personne qui est tombée, a pansé la blessure, a porté la personne en lieu sûr et l’a soignée pendant sa convalescence. Aider quelqu’un d’autre à traverser des difficultés est le point de départ de la civilisation, a déclaré Mead.

« Nous sommes à notre meilleur lorsque nous servons les autres.

Soyez civilisés.

Source Net. 

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