Nuelasin 187 – 4 octobre 2024

Bozusë,

Je tiens à exprimer ma gratitude envers ceux qui se sont inquiétés pour mon silence concernant la publication de ce numéro. En tant qu’auteur, j’ai traversé des moments difficiles, comme chacun d’entre nous. Il y a trois semaines, j’ai effectué un déplacement à Drehu pour dire adieu à ma grande sœur, liée par la famille Hnacipan. La semaine dernière, c’est ma sœur biologique, celle qui est juste avant moi dans notre fratrie, qui nous a quittés. L’enterrement a eu lieu mardi d’avant au cimetière de la tribu de Hunöj, à Hnatro. Pour ceux qui ont lu des passages dans Nuelasin, vous connaissez l’importance de ce lieu de repos éternel, sur lequel j’ai aussi écrit.

Malgré la souffrance, je m’efforce de me relever rapidement. En tant qu’enseignant, il est essentiel de ne pas montrer nos faiblesses devant les élèves. Je ne me renferme pas sur moi-même pour porter le poids de ces épreuves. Je suis conscient du soutien de nombreuses personnes autour de moi et je sais que chacun a déjà vécu des moments similaires.

J’ai repris mes cours ainsi que Nuelasin. La petite voiture de Maselo est dédiée aux souvenirs de ma grande sœur, un dialogue écrit bien avant son départ. Le deuxième texte, intitulé « Hélène », évoque ma naissance dans un champ de caféiers, sur un tas de paille où une truie avait mis bas quelques mois auparavant, à Wenemelu, chez le vieux Bula Wetria de mon clan. La dame qui a coupé mon cordon ombilical s’appelle Temara, et j’ai choisi de conserver son prénom dans mes écrits. Le vent de Hnatro a soufflé sur mes sœurs et les a emportées vers ce lieu des derniers rendez-vous. Le jour de leur départ, j’étais silencieux au milieu de la foule.

Le dernier texte n’a pas besoin d’explication. C’est un poème nostalgique, « deçà, delà, pareil à la feuille morte. » Je dédie ce poème à ces deux êtres chers qui continuent de vivre en moi. Je souhaite de bonnes vacances aux enseignants qui me lisent et une agréable lecture à tous les autres. Depuis cette vallée où le soleil brille toujours, mais sa chaleur ne me touche plus de la même manière.

Wws

Dans la petite voiture de Maselo. 

Noémi : Maselo, je sens que ma fin est proche. Je n’ai plus la force de continuer.

Maselo : Noémi, ne dis pas ça. Tu as encore tant de choses à offrir, même dans ces moments difficiles.

Noémi : Je suis fatiguée, Maselo. La douleur est insupportable et je ne vois plus d’espoir.

Maselo : Je comprends ta douleur, Noémi. Mais pense à tout ce que tu as accompli dans ta vie. Tu as été une source de force et de courage pour tant de gens.

Noémi : Mais maintenant, je ne suis plus qu’un fardeau. Je ne veux pas que mes derniers jours soient marqués par la souffrance.

Maselo : Tu n’es pas un fardeau, Noémi. Tu es une lumière pour ceux qui t’aiment. Même dans la douleur, tu continues d’inspirer ceux qui t’entourent.

Noémi : C’est difficile de voir la lumière quand tout semble si sombre.

Maselo : Parfois, la lumière est cachée, mais elle est toujours là. Souviens-toi des moments de bonheur, des sourires, des rires. Ils sont toujours avec toi.

Noémi : Tu as raison, Maselo. J’ai eu de beaux moments. Mais la fin est inévitable.

Maselo : La fin fait partie de la vie, Noémi. Mais ce qui compte, c’est comment tu choisis de vivre ces derniers moments. Ne te décourage pas. Continue de te battre, même si c’est difficile.

Noémi : Merci, Maselo. Tes paroles me réconfortent. Je vais essayer de trouver la force en moi.

Maselo : Tu as toujours été forte, Noémi. Et tu l’es encore. N’oublie jamais ça.

Noémi : Merci, Maselo. Je suis reconnaissante de t’avoir comme ami.

Maselo : C’est un honneur pour moi, Noémi. Je serai toujours là pour toi, jusqu’à la fin.

Hélène 

Les aboiements des chiens à la maison firent sursauter le vieux Boula. Il se leva et partit vers la route pour rejoindre Temara qui l’avait appelé. « Oncle ; où est tante Hélène ? »

« Je ne sais pas » lui reprit-il avec étonnement. « Elle est dans la case je suppose » « C’était juste pour lui apporter ces quelques feuilles de brède et ces tubercules » Et ils cheminèrent ensemble vers la case entourée des chiens qui jouaient et courraient autour de leur maître. A quelques encablures de la case Temara héla sa tante pour la sortir et s’enquérir de ses nouvelles. Aucun bruit ne fit écho à sa voix. Elle réitéra son appel jusqu’à s’inquiéter du silence.

« Mais, Oncle Boula, es tu sûr que tante Hélène est dans la case ? » « Je vais voir ». « Non ; laisse moi y aller. Apporte ces ignames et ces feuilles là-bas à la cuisine. Dis à Dolly de les cuisiner pour onze heures. Arrose la marmite de beaucoup de jus de coco. »

Devant le vide de la case, l’inquiétude de Temara augmenta encore plus. Elle proféra des reproches à l’égard de son oncle. Les reproches frisaient même la malédiction. « Mais quelle idée de laisser toute seule tante Hélène avec oncle Boula ! » A Hunöj ; tout le monde le connaît. A part ses chiens et ses ignames le monde s’arrête de tourner. » Elle sortit et appela la jeune Yaella qui lavait son linge sur le lavoir à coté de la citerne. « Ma fille, as-tu vu tantine Hélène sortir de la case ? » « Elle est peut être partie avec grand père Willy à Wé. Ils ont du prendre le bus très tôt le matin. » Mais la voix du vieux Boula fit contrepoids. « Non ; elle était dans la case, il y a quelques instants. » 

Le vieux Boula ; avait son temps à lui. De toutes les façons, les gens de la tribu le connaissaient, le vieil homme était toujours en marge. Il avait même déjà pris son sac ; les chiens le précédant ; d’autres qui avaient déjà saisi l’emploi du temps du vieil homme ont déjà traversé la route principale pour partir à Ifij. Là-bas, le vieux cultivait ses ignames et élevait son bétail.

Laissée, seule face à son instinct maternel et au doute qui la travaillait ; Temara s’engagea dans un petit sentier qui s’enfonçait dans le champ de caféiers, pas loin de la case, vers la petite porte de la case ; le coté ou dormaient la chienne et sa portée. Au milieu des caféiers ombragés par les colonnes de grands peupliers Temara lança un premier appel. Le vol des moustiques et le chant des oiseaux ne lui remirent que l’écho dans la pénombre. Elle s’immobilisa entre le tronc d’un bois noir mis en travers du chemin ; elle pria. Temara n’avait pas encore fait passer sa requête par le nom de Jésus-Christ que les cris d’un nouveau-né lui firent ouvrir les yeux. Hélène ; à quelques pas derrière la pieuse était à demi inconsciente. Ses cheveux recouvraient un coco sec sur lequel sa tête prenait appui. Elle était allongée de tout son corps sur la veste de son mari. Et au niveau de ses cuisses béantes gigotait un bébé ; un nouveau-né dont les cris se mêlaient aux joies de la Nature. Le vent dans les feuillages ; le chant d’oiseau sur une branche comme pour accueillir le nouveau-né. Hélène, elle aussi remuait de tout son corps comme pour éloigner machinalement cette souffrance qu’elle a sorti de ses entrailles. Temara pleurait. Elle pleurait toutes les larmes de son corps pour reprocher à sa tante Hélène de ne pas rester dans la case et donner naissance à son cousin qu’elle portait maintenant dans ses bras. Elle reprochait aussi aux autres femmes de la maison de ne pas prendre soins de sa tante. Dans ses propos ; il n’était pas question de reprocher aux oncles leur démission face à l’événement qui se nouait : la vie.

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine. Poèmes Saturniens 1866

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