Bozusë, c’est dimanche (14 juillet 2024.) Fête nationale pour commémorer la prise de la Bastille. En raison des troubles dans le pays, cette fête n’est pas mise à l’honneur comme les autres années.
Mes petits enfants sont sur le grand lit. Ils dorment profondément. À côté de la baie vitrée un chat de la maison se gratte les poils et s’étire ensuite. De la maison commune me parviennent les cris d’enfants de la tribu. Il est 12h43 à l’horloge de l’ordi. Elisa et Vali vont bientôt partir au terrain pour jouer au cricket avec les autres. C’est le programme de l’après-midi dans la vallée. Demain, ma fille rejoint les bancs de son lycée à Païta. Elle ne sera pas chez son correspondant habituel, mon petit frère. Elle sera logée chez sa copine de classe à DSM. Une famille wallisienne. Et pourquoi ? M’a-t-on demandé. Bin, et pourquoi pas ? Ai-je répondu. J’ai déjà averti les parents de la petite et après j’ai appelé mon petit frère pour l’informer. Il est le responsable de ma fille. Il ne voit pas d’inconvénient. Cela élargit mon cercle d’amis et de familles. C’est cela ma manière de partager la vie et le vivre ensemble tant vanté par nous ensemble.
Mardi 16 juillet, au soir. Je viens de lire un article du Monde (envoyé par un petit frère, Paul Neköeng,) que j’ai beaucoup apprécié. Il s’agissait d’une interview de quatre cadres du pays, des entrepreneurs venant de secteurs d’activités différents, mais tous contribuant au développement de la société. Ce développement reposait sur les épaules d’hommes et de femmes de notre pays, des acteurs en mouvement qui ont hissé la nation à la hauteur des pays dignes de liberté. Ils ont contribué au bien-être et au bonheur de tous.
Cependant, le 13 mai a bouleversé cet élan. Désormais, c’est le chaos, surtout dans la capitale. Chaque citoyen doit se repenser pour se relever. Il faut voir ces événements comme un défi. Il est nécessaire de se relever, de revivre. Vivre comme toujours. La vie est un engagement personnel où seul l’individu doit faire face à tout.
Aujourd’hui, c’est jeudi (18 juillet.) Je suis dans mon bureau. Tout seul. J’entends les pas de la secrétaire dans le hall. Une sonnerie et elle se précipite pour répondre. Pas de cours. Journée perdue et suspendue à cause des barrages qui ne laissent plus passer des usagers jusqu’à demain 6h00. Et personne ne dit rien. Les élèves sont une fois de plus gardés à la maison. Jusqu’à quand ? Bonne question…
Pour l’envoi de cette semaine, je propose Aelan, un écrit d’une élève dans le journal du collège Vetchaong à une année. Aelan est un nom que j’ai donné à l’élève qui ne veut pas décliner son identité. Deuxième texte, c’est la dictée de Mérimée pour les lectrices/lecteurs qui veulent s’exercer à l’orthographe de la langue. A votre avis, j’aurai fait combien de fautes ? Et vous ? La dictée de Mérimée fut écrite et dictée en 1857 par Prosper Mérimée à la demande de l’impératrice Eugénie afin de distraire la cour. La légende raconte que Napoléon III, premier président de la République élu au suffrage universel en France, aurait commis pas moins de 75 fautes d’orthographe à cette dictée. Net
Bonne lecture et bon exercice à vous de la vallée. Wws.
Aelan
« Pendant les vacances, un mercredi, je suis partie à Nouméa pour passer le reste de mes vacances chez mon oncle. Le mercredi soir, j’étais au téléphone avec André-Jean. Après avoir fini de lui parler, j’étais en train de naviguer sur Internet et de discuter avec lui sur Messenger. Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vu. Il m’a demandé si on pouvait se voir vendredi et j’ai accepté.
Arrivée à vendredi, je suis descendue le voir et nous avons commencé à parler. Quand le soleil commençait à se coucher, je lui ai dit que je devais partir, mais André-Jean ne voulait pas. Nous sommes donc restés à discuter. En tournant la tête au loin, j’ai aperçu mon oncle qui était en train de me chercher. J’ai voulu me cacher, mais c’était trop tard, il m’avait vue et m’a appelée. Je suis allée l’écouter et il m’a demandé ce que je faisais là-bas. Je n’ai pas répondu. Il a vu que j’étais avec un garçon. Mon oncle m’a grondée et a raconté à mes parents.
Mes parents, à leur tour, m’ont dit que je recevrais une punition en rentrant à la maison. Le dimanche, en revenant à la tribu avec mon frère, je savais que j’allais être punie le lendemain, après l’école. Le lendemain, en arrivant de l’école, j’ai déposé mon sac, pris mon thé, et commencé mes devoirs. Ma mère est arrivée du travail et mon père regardait la télé. À un moment donné, il m’a appelée et je suis allée m’asseoir en face de lui. Il m’a donné des claques, puis m’a frappée avec la ceinture de la nuque aux pieds. Je n’avais même pas les larmes aux yeux. J’avais l’habitude de me faire punir par ma mère, mais c’était la première fois que mon père le faisait.
Je n’ai pas pleuré, mais quand j’ai entendu mes parents dire qu’ils étaient fatigués de moi, mes larmes ont commencé à couler. Je me suis sentie vraiment blessée. J’avais l’impression que mes parents ne voulaient plus de moi à la maison. En pleurant, je suis rentrée dans ma chambre en pensant que s’ils étaient fatigués de moi et ne voulaient plus de moi, alors pourquoi étais-je encore à la maison.
Mr Wawes, j’ai écrit parce que je voulais exprimer ce que je ressens, car je n’ai personne à qui parler. »
Dans la petite voiture de Maselo
– Bonjour monsieur Maselo.
– Bonjour madame Marie. Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vue. Est-ce que vous êtes sortie du pays ?
– Non monsieur Maselo, je suis restée dans la capitale. Mon grand frère est tombé malade. Il est resté longtemps hospitalisé. J’ai dû rester à la maison avec ses enfants pour permettre à son épouse d’aller à l’hôpital pour lui rendre visite tous les jours.
– Ah là là, la famille, c’est comme ça. On se donne la main quand quelqu’un est dans le besoin. Cela est arrivé aussi à la famille de mon épouse. J’ai dit à notre fille d’aller rester avec son oncle pour que sa tante puisse aller à l’hôpital pour rendre visite les après-midis. C’était exactement votre situation de maintenant.
– C’est comme ça monsieur Maselo, on se rend service. On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir.
– Vous savez madame Marie, mon beau-frère est parti après en Australie. C’était mon épouse qui était restée avec les enfants en attendant son retour. Il n’est jamais revenu. Du moins, il est revenu entre quatre planches.
– C’est triste la vie monsieur Maselo. On dit toujours qu’elle est belle, mais il faut savoir la prendre surtout par le bon bout. Ma mère disait : « Ma fille, quand tu vas comprendre la vie, tu vas l’aimer et bien profiter d’elle. » C’est ce que je fais en ce moment. Il ne m’est jamais arrivé d’être malheureuse. Je vous jure, ou alors des broutilles passagères. Je vous dis que des broutilles.
– Vous m’encouragez madame Marie, surtout en ce moment avec les barrages où je dois tout le temps zigzaguer sur les chicanes. Ce n’est pas possible, mais je sais que le beau temps reviendra. Derrière les nuages, le soleil continue de briller. Merci pour ces échanges. Au fait, où est-ce que je dois vous déposer madame Marie ?
– À Oundjo, s’il vous plaît. Je dois récupérer des poulpes et des bêches de mer.
– C’est plutôt bizarre. Y a-t-il des pêcheurs d’holothuries par là-bas ? Je n’ai jamais entendu parler de cela.
– Monsieur Maselo, n’en parlons plus. C’est quelqu’un avec qui j’ai échangé la semaine dernière. C’est la deuxième fois qu’il me propose ses produits. Pas au marché. C’est chez lui-même que je vais.
– C’est d’accord. On va arriver.
– Vous descendez par la route de l’école et vous allez tout droit dans la cocoteraie…
La dictée de Mérimée
« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut.
— Par saint Martin ! Quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »
Prosper Mérimée.








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