Waminya Wenisie Richard, un pédagogue Kanak

Richard Wamynia, enseignant et docteur en sciences de l’éducation, va au-delà de la langue et part des habitudes de vie des enfants pour leur apprendre les mathématiques. Cette méthodologie, basée sur les savoirs culturels Kanak, est aujourd’hui enseignée jusqu’au Canada.

Waminya Wenisie Richard est originaire de la tribu de Mucaweng à Lifou. Né le 10 mars 1961 à Nouméa, capitale de la Nouvelle-Calédonie, il est le père de cinq enfants et est marié à Wiwane Pauline, originaire de la tribu voisine de Xepenehe. Il a grandi sur Lifou, entouré de ses frères et sœurs, élevés ensemble dans les principes de la coutume de Drehu (la plus grande île des Iles Loyauté). Une fratrie de six dont il est le quatrième enfant. Son père était gardien de la paix, puis surveillant de nuit dans un centre pénitencier, où travaillait également sa mère en tant que cuisinière.

Waminya Wenisie Richard a bénéficié d’une éducation parentale basée sur les valeurs de la culture kanak, à travers les événements coutumiers qui lui ont permis de percevoir le monde philosophique kanak tout en étant dans un milieu hors de son espace culturel. Dès son plus jeune âge, il a côtoyé des jeunes issus de milieux socioculturels différents du sien et mobilise spontanément les deux langues, celle utilisée avec ses amis, le français, et le drehu avec sa famille proche.

Il connaîtra dans sa vie énormément de situations inattendues qui bouleverseront souvent sa vie, depuis sa tendre enfance jusqu’à l’âge adulte. A l’âge de 6 ans, il sera amené à opérer des changements tant dans le domaine social que scolaire. Il vivra seul avec sa mère qui l’élèvera pendant quatre ans dans des conditions de vie insoutenable. L’école de Frédéric Surleau en section enfantine avec des élèves en majorité européens, puis l’école de Nouville pendant un an, fréquentée pour la plupart par des enfants kanak. Ces années ont été vécues avec beaucoup de difficultés. Une mère qui a dû se battre pour assurer seule la scolarité d’un enfant angoissé par le changement d’école. L’année suivante, il a été scolarisé à l’école de Thio chez son oncle et sa tante. L’année qui l’a profondément perturbé avec la séparation avec sa mère. Il a fréquenté une école publique au milieu d’autres enfants issus des tribus kanak et de jeunes polynésiens et européens vivant dans le village.

L’année suivante c’est le retour sur l’école de Nouville. Il est en compagnie de jeunes en majorité kanak venus des Iles Loyauté. Il subit avec eux la frustration de ne pouvoir parler sa langue maternelle à l’école, interdite par la loi française, prétextant l’échec scolaire dû à la non maîtrise de la langue française. Cependant, ces quelques années dans l’école de Nouville vont en quelque sorte le préparer pour entrer en 1974 au collège privé de Do-Néva à Houailou. C’est là qu’il va vivre pleinement une expérience fondamentale dans sa vie. La relation avec des jeunes collégiens et primaires et du personnel encadrant, tous kanak. C’est une initiation à la vie communautaire kanak dans un espace scolaire. Il apprend les vraies qualités et valeurs de la culture kanak au milieu de personnes ressources, comme les surveillants (Monsieur Luepak Saiko, Waia Robert, Naoutchoue Tein, …), les professeurs (Wapotro Billy, …) et les autres membres du personnel technique.  

C’est dans cet univers associé à l’éducation parentale qu’il a commencé à construire et structurer les premiers éléments de sa pensée sur la valeur culturelle kanak. En 1978, après son BEPC (Brevet de collège), il entre au lycée privé de Blaise Pascal. Il découvre un autre espace fréquenté par des élèves majoritairement européens et de ceux provenant des autres collèges privés du territoire. Il ne parviendra pas à continuer ses études face à l’attitude discriminatoire de certains enseignants. Il abandonne en fin d’année ce lycée pour aller passer des vacances sur son île, Lifou. En 1979, il subit un accident très grave, causant la mort de deux membres de sa famille. Il a été hospitalisé pendant 6 mois et à sa sortie de convalescence, il fait partie des élèves qui ont inauguré le nouveau lycée de Do-Kamo. Il redécouvre l’atmosphère de travail et de vie qu’il a connu dans son ancien collège, et continue donc sa scolarité pour tenter de décrocher le Baccalauréat qu’il n’aura pas en 1981.

En 1982, c’est la naissance de sa première fille, Il abandonne temporairement ses études, et travaille en tant qu’agent des services statistiques à l’aéroport international de Tontouta, avant de partir en métropole en 1983 pour le service militaire. En 1985, il tente encore en tant que candidat libre son Baccalauréat série D qu’il obtiendra à l’oral. En 1986, c’est à la naissance de son premier fils, il passe le concours d’entrée à l’ITFM pour instituteurs du premier degré qu’il obtiendra finalement. Il débute alors cette même année sa formation qui durera trois ans. A l’issue de cette formation triennale, il est muté sur l’île de LIFOU en 1989.

En 1990, naissance de sa deuxième fille, il passe sa dernière année à l’école de Hnase avant d’enseigner à Luecila. En 1992, naissance de sa troisième fille, il dirige pour la première fois une école et ouvre plusieurs classes dont la nouvelle maternelle de la tribu de Luecila. En 1993, il obtient son diplôme de maître formateur pour les enseignants du premier degré. En 1995, naissance de son deuxième fils, il est proposé pour préparer le concours d’inspecteur d’éducation nationale qu’il refusera pour des raisons familiales. En 1997, il est muté en tant que directeur dans l’école de Xepenehe où il organise pour la première fois un grand festival réunissant plusieurs écoles de secteur.

En 1999, il s’inscrit dans les sciences de l’éducation qu’il obtiendra en 2000.

En 2003, il obtient sa maîtrise en science de l’éducation tout en enseignant dans une école de LIFOU.

En 2006 – 2007, il passe son master 2 avec un mémoire sur les mesures de longueurs dans la culture kanak. Ce manuscrit a été proposé à l’AAUL et lui a permis d’être lauréat de 2006 – 2007. Cette fin d’année 2007, il obtient aussi son diplôme de Master 2 AEE (Administration Etablissement Educatif) pour pouvoir prétendre au concours de CPE et Principal de collège ou Proviseur de lycée. Il décide alors de poursuivre ses études pour décrocher un doctorat.

En 2008, il propose un projet de thèse sur l’approche multidimensionnelle qu’il soutiendra avec les félicitations du jury en 2011. La fin de cette même année, il est nommé expert dans la présentation de son approche dans les états généraux du multilinguisme à Cayenne en Guyane française.

En 2012, il propose le projet de création d’un laboratoire de recherche en Culture et langue kanak. L’année suivante, les travaux de construction démarre et l’entrée dans les nouveaux locaux s’est faite en 2016. Il est aujourd’hui responsable du laboratoire qui a pour objectif de proposer des outils et des méthodes pédagogiques pour l’enseignement des mathématiques, des contes et légendes, des arts kanak afin d’aider les élèves, quels qu’ils soient, à réussir en milieu scolaire. Le travail s’est étendu depuis quelques années au secondaire et notamment dans les collèges et lycées privés. Des propositions d’extension de ce projet dans les autres communes des autres provinces sont en cours et approuve l’intérêt d’une approche fédératrice et humaniste.  

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