Carnets Kanak de Roger Boulay

Avec l’exposition Carnets kanak. Voyage en inventaire de Roger Boulay, le musée du quai Branly – Jacques Chirac raconte l’importante opération d’inventaire des pièces kanak conservées dans les musées du monde entier, menée par Roger Boulay et Emmanuel Kasarhérou.

Un minutieux travail d’enquête étalé sur plus de 30 ans et documenté par plus de 3 000 croquis et aquarelles des objets inventoriés. Réalisés par Roger Boulay au cours de ses visites, ces croquis colorés, annotés et rassemblés dans 12 cahiers de dessin Sennelier, constituent l’aboutissement de son travail.

Le bilan de cet inventaire s’arrête actuellement à l’examen de 162 collections et comprend la description complète d’un corpus raisonné de 6 000 objets choisis pour leur intérêt plastique, symbolique et historique parmi plus de 20 000.

Les grands carnets d’esquisses, présentés en dialogue avec les œuvres kanak du musée du quai Branly – Jacques Chirac, entraînent les visiteurs dans « l’aventure de l’inventaire », sa réalité, ses multiples étapes, ses acteurs et ses enjeux mémoriels. La publication Carnets kanak. Voyage en inventaire de Roger Boulay, édité par le musée à l’occasion de l’exposition, présente une ample sélection des plus belles aquarelles de Roger Boulay.

Parcours de l’exposition

Introduction

Le projet d’inventorier les objets dispersés du patrimoine kanak a pris naissance en 1979. Roger Boulay rencontre Jean-Marie Tjibaou, alors chef du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, qui lui demande de pointer les collections kanak dans les musées de France et d’Europe. Son souci, ainsi exprimé, était de savoir où se trouvaient ces collections, dans quel état elles étaient conservées et ce qui était dit du monde kanak dans leur présentation.

Ce projet aux enjeux d’histoire et de mémoire se poursuit à partir de 2011 sous la direction d’Emmanuel Kasarhérou, à l’époque chargé de mission pour l’outre- mer au musée du quai Branly – Jacques Chirac.

Les moyens mis à disposition par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie permettent alors un travail plus systématique. La mission, intitulée « IPKD » ou « Inventaire du patrimoine kanak dispersé », a pour objectif la constitution d’une base de données ouverte aux professionnels et aux chercheurs mais également consultable par le grand public. Au cours de ces inventaires, Roger Boulay prend soin de compléter les descriptions détaillées et les photographies nécessaires à ce travail par de nombreux croquis aquarellés, poursuivant comme bien d’autres la tradition des voyageurs dessinateurs rendant compte de leur pérégrination, décrivant leur environnement et illustrant leurs découvertes. Ses dessins, qui offrent une unité graphique à ces relevés, apportent une perception sensible aux objets étudiés dans les musées.

En 2019 Roger Boulay fait don au quai Branly des 10 carnets résultant du travail d’inventaire effectué dans les musées entre 2011 et 2015.

Ils sont présentés dans l’exposition avec de nombreux autres témoins de cette tâche de reconstitution culturelle et patrimoniale : photographies, fiches manuscrites, éditions, maquettes, qui ont permis d’enrichir et renouveler la connaissance du patrimoine kanak des deux derniers siècles et de révéler au public sa richesse et sa diversité.

Le croquis et l’ethnographie

Le croquis garde une irremplaçable capacité de révélation, enrichie de la part singulière du regard porté par le dessinateur. Il décrit, détaille, informe, sans s’apparenter au dessin exact de l’étude documentaire. Il se nourrit du lien qui s’établit entre l’expressivité de la couleur, le dessin rapide et essentiel et la compilation des savoirs accumulés de son auteur.

L’agrandissement d’une attache, le grossissement d’un coquillage, l’attention portée sur un nœud ou sur le détail d’une manière de tresser, sur le motif d’un tissu, constituent un halo d’informations précises qui, regroupées sur la planche, restituent au regard du lecteur une saisie totale de l’objet. Elles aideront la mémoire quand l’objet aura regagné sa réserve ou sa vitrine et que l’on consultera le fichier. Tel est l’objet du dessin ethnographique : accompagner la constitution du savoir, fixer ses images.

copyright Roger Boulay

Les premiers résultats d’inventaire : 1980 – 1990

L’inventaire a permis d’organiser des expositions mettant à disposition des objets remarquables ou modestes, d’éditer des livres à teneur scientifique, des albums illustrés, des posters. Les premiers résultats de ces recherches furent rapidement publiés et distribués dans les villages de Nouvelle-Calédonie et auprès des artistes et sculpteurs qui ne disposaient à cette époque, en 1975, d’aucune documentation. Ils furent le socle quelques années plus tard de l’exposition De jade et de nacre.

Patrimoine artistique kanak, organisée en 1990 d’abord à Nouméa au musée de Nouvelle-Calédonie, puis à Paris au musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie, et qui eut un fort retentissement dans le contexte politique et diplomatique de l’époque.

Les carnets

Les carnets à croquis accompagnent Roger Boulay depuis le 18 octobre 2010, date à laquelle il se rend au musée d’Angoulême en compagnie d’Emmanuel Kasarhérou. Il revient alors dans le premier musée visité en 1981. Suivront, dans ce premier carnet, des dessins exécutés aux musées d’Alençon, de Rennes, de Saint-Malo et de Berlin.

À ce carnet succèdent neuf autres volumes rassemblant 2.500 croquis réalisés dans les collections publiques.

Au fil du temps, ces carnets de notes se transforment en véritables recueils de dessins informatifs, complémentaires des photographies, et deviennent des outils visuels essentiels de l’inventaire.

Objets croqués

Il est estimé que 20 000 pièces kanak sont conservées dans les 162 collections publiques visitées lors des inventaires. Par leur beauté, leur originalité et leur préciosité, quelques-unes de ces pièces peuvent être considérées comme les grandes œuvres emblématiques de cette civilisation du Pacifique Sud.

Les objets décrits dans les cahiers ont été choisis avec discernement, tant pour l’attrait de leur caractère visuel, leur beauté plastique si singulière que pour leur valeur d’usage.

Pierres et tessons

« L’inventaire du patrimoine kanak dispersé » (IPKD) est le prototype de l’inventaire raisonné. Son but ne tend pas à l’exhaustivité, jamais atteinte et surtout constituée en masse d’objets semblables, mais au repérage et à l’étude des objets pertinem- ment témoins d’une culture dans son ensemble. Ainsi des objets modestes dans leur apparence et qui furent souvent négligés, telles les pierres dites « à magie », sont enregistrés en totalité, contrairement aux armes qui constituent près de

la moitié des collections et dont seuls certains types furent sélectionnés et inventoriés.

Faire connaître le patrimoine Kanak

« L’inventaire du patrimoine kanak dispersé » (IPKD), mené à partir de 2011 avec Emmanuel Kasarhérou, permet en 2013 la tenue de l’exposition Kanak, l’art est une parole au musée du quai Branly – Jacques Chirac.

Le travail de l’IPKD a enrichi la connaissance et renouvelé la compréhension du patrimoine kanak des deux derniers siècles, montrant que la culture matérielle kanak était plus complexe, riche et diversifiée que ce qui en était perçu. Il a permis des études et publications autour de thématiques et objets.

Pour rendre compte de cette opération et en faire mémoire, un choix de dessins a été réuni en un portfolio de 28 planches, publié à l’issue de l’IPKD en juillet 2015 et offert à tous les musées qui avaient accueilli les inventorieurs, puis diffusé gracieusement en Nouvelle-Calédonie au réseau des musées et centres culturels.

Le planisphère

Le programme d’inventaire, intégralement financé par la Nouvelle-Calédonie, s’achève le 31 juillet 2015. Des 111 musées traités, 63 sont effectivement visités durant la période, 18 sont traités d’après des documents provenant de visites antérieures, et 30 d’après des documents provenant des sources diverses vérifiées. Ces musées se répartissent géographiquement ainsi : 63 musées en France et outre-mer, 28 musées en Europe et 20 musées dans le reste du monde.

Commissaire : Roger Boulay

Roger Boulay est muséologue, spécialiste du patrimoine kanak et des arts océaniens, ancien chargé des collections océaniennes au musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie. Il a été le commissaire de l’exposition De jade et de nacre (1990-1991, Nouméa et Paris), collaborateur de l’Agence du Développement de la Culture Kanak de 1979 à 1998 et commissaire des expositions Kannibals et Vahinés, Tarzan !, Un aristocrate chez les cannibales. Festetics de Tolna, Kanak, l’art est une parole, ou encore Le magasin des petits explorateurs au musée du quai Branly – Jacques Chirac.

Conseiller scientifique : Emmanuel Kasarhérou

Président du musée du quai Branly – Jacques Chirac, spécialiste de la culture kanak, Emmanuel Kasarhérou est l’ancien directeur de l’agence pour le développement de la culture kanak (ADCK) et du Centre Culturel Tjibaou à Nouméa. Il a été co-commissaire de l’exposition Kanak, l’art est une parole présentée au musée du quai Branly – Jacques Chirac en 2013, et commissaire de l’exposition 20 ans. Les acquisitions du musée du quai Branly – Jacques Chirac, présentée au musée du 24 septembre 2019 au 26 janvier 2020.

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