Je divise… tu divises…nous divisons…

Les dernières élections législatives et municipales l’avaient déjà montré. Les élections provinciales le confirment. Les partis indépendantistes sont aujourd’hui électoralement majoritaires dans le pays, mais la culture de la division, présente depuis longtemps, les empêche de tirer parti de cette domination dans les urnes.

A Koohnê (Koné), commune où les électeurs indépendantistes l’emportent en nombre sur les non indépendantistes, (aux municipales) l’absence de concertation entre l’UC, le Palika et une liste « centrale » partisane de l’indépendance a donné la victoire à une liste prétendument citoyenne mais sur laquelle figurent de nombreuses personnes connues pour leurs convictions loyalistes.

A Pouébo, l’Union Calédonienne a perdu la mairie parce que le Parti Travailliste avec lequel elle est théoriquement associée au sein du FLNKS a fait alliance avec le Palika qui, pour l’instant n’en n’est plus membre.

A Canala, ce sont des dissidents de l’UC qui se sont regroupés avec le Palika et une liste officiellement non-partisane pour enlever la municipalité à Gilbert Tuiyenon.

A Belep, pas moins de dix listes se sont affrontées pour le siège de maire.

A l’île des Pins, les conflits internes de l’UC-FLNKS ont permis à la liste concurrente UNI-Palika, moitié moins nombreuse, de l’emporter, que dire encore de Thio ou de Pouembout… Inutile d’épiloguer.

En Province Nord, après les provinciales, le manque de culture politique s’est encore avéré. Les élus indépendantistes pourtant anti-Bougival, n’ont même pas été capables de se parler pour négocier la gouvernance de la collectivité.

La liste UC-FLNKS qui possède un siège de plus que l’UNI-Palika s’est vu ravir la présidence du fait du vote des trois élus loyalistes en faveur de Paul Néaoutyine.

Pascal Sawa a vigoureusement dénoncé la situation en rappelant le vieil accord qui voulait – à l’époque où le Palika et l’UPM faisaient encore partie du FLNKS – que la liste majoritaire prenne la présidence. Mais tout montre que pour gagner sa sixième mandature consécutive Paul Néaoutyin n’a rien eu à faire. Il n’a surtout pas eu à s’allier avec ses adversaires politiques loyalistes. Ceux-ci lui ont offert la victoire sur un plateau pour ne pas voir l’UC qu’ils exècrent et chargent de tous les maux à la tête de la Province.

Il semble par ailleurs que les élus du parti défait ont oublié que, lors d’une mandature pas si lointaine et alors que l’UNI-Palika était encore officiellement membre du FLNKS, leur ancien président n’avait, quant à lui, pas hésité à draguer chez les Loyalistes pour tenter de faire trébucher le « vieux » de Poindimié. Et pour aggraver leur cas ces mêmes élus ont fait montre de toute l’acuité de leur intelligence politique en s’abstenant, après l’élection de Nadège Faivre à la première vice-présidence, de présenter des candidats à la deuxième et troisième. Résultat, ce sont deux femmes membres de l’UNI-Palika qui ont été élues.

Aveuglés par le ressentiment, les colistiers de Pascal Sawa ne se sont pas dit qu’ils avaient peut-être une carte politique à jouer, qu’à l’instar du Président de la Province des îles Loyauté, Paul Néaoutyine pouvait chercher à établir avec eux un partenariat, plutôt que de les humilier.

Le vote unanime à la présidence du Congrès pour le candidat UC l’a montré.

L’incapacité des partis indépendantistes à s’ouvrir à d’autres forces et sensibilités politiques que la leur, aux compétences de la société civile, à la jeunesse, aux autres communautés du pays…rend difficile à convaincre les abstentionnistes et les indécis.

Comment montrer aux forces politiques de la France hexagonale que le camp indépendantiste est bien ce qu’il prétend être, le représentant légitime d’un peuple kanak qui aspire à recouvrer sa souveraineté ?

Comment amener les 57 % d’opposants au statut quo à s’unir sur un compromis afin d’infléchir la politique coloniale actuelle de l’Etat ? Pour ce faire, il est plus que nécessaire que les indépendantistes cessent de conjuguer leurs divisions au présent de l’indicatif !

« Le Cercle du Croissant est un groupe informel de réflexion regroupant des personnes venues d’horizons politiques et professionnels différents qui se donne pour but, en diffusant ses analyses et ses idées, d’alimenter les débats actuels sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie. »

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