Mettons en scène deux Hunöj en train de discuter de la guerre en Iran. Cela me ramène à mon enfance où nos mamans pensaient qu’Israël est un lieu céleste. Une cousine avait été prise à partie par la famille lorsqu’elle a dit qu’ils avaient fait escale à l’aéroport Ben Gourion (en Israël.) Bon, Drehu c’est quand même le plus grand aérodrome des îles Loyauté et à combien de kilomètres du Moyen-Orient. Pour l’heure, Wanaham est fermé mais nos pensées, sont tout de même d’une sublime internationalité. Preuve… bonne lecture. Wws
Dans la petite voiture de Maselo
Zibal : Hnime, t’as entendu les nouvelles de là-bas, en Iran ? Ça chauffe encore.
Hnime : Mh… oui. Mais pourquoi tu fronces les sourcils comme ça ?
Zibal : Parce que tout ça, c’est Israël qui bouge dans le ciel.
Hnime : Dans le ciel ?
Zibal : Ben oui. Là-haut, au-dessus de nous. Les vieux l’ont toujours dit. Israël, c’est un pays céleste.
Hnime : Zibal… Israël, c’est sur une carte. Une vraie carte. Pas dans les nuages.
Zibal : Toi tu regardes les cartes des Blancs. Moi je regarde les cartes de nos vieux. Celles qu’on ne dessine pas, mais qu’on raconte.
Hnime : Et sur ces cartes-là, l’Iran aussi est dans le ciel ?
Zibal : Non, l’Iran c’est sur la terre. C’est pour ça qu’ils se disputent. Un qui est en haut, l’autre en bas, forcément ça finit mal.
Hnime : Ah oui, logique imparable. Et nous, Lifou, on est où dans ton histoire ?
Zibal : Très loin. Tellement loin que même les anges doivent prendre deux correspondances pour venir.
Hnime : Ça explique pourquoi on n’a jamais vu un seul archange au marché de Wé.
Zibal : Normal. Ils n’aiment pas faire la queue pour les ignames ni pour les shell de kava.
Hnime : Et donc, selon toi, la guerre là-bas, c’est un problème de voisinage céleste ?
Zibal : Exactement. Quand tu vis dans le ciel, tu dois faire attention où tu poses tes nuages.
Hnime : Zibal… parfois je me demande si tu ne devrais pas redescendre un peu sur terre.
Zibal : Pourquoi faire ? Ici-bas, il n’y a que les factures et les moustiques. Là-haut, au moins, il y a du spectacle.
Hnime : Oui, un spectacle qui fait beaucoup de bruit pour des gens très loin de nous.
Zibal : Peut-être. Mais nos vieux disent que même loin, ça nous touche.
Hnime : Nos vieux disent beaucoup de choses.
Zibal : Et heureusement, sinon on s’ennuierait.
Souvenir
Ce samedi 31 janvier 2026, je vois du monde, assis à l’ombre, sous deux palmiers par cette chaleur du mois de janvier. Je regarde les passants marcher, traverser la place, longer la fontaine Céleste juste devant moi. Des voitures arrivent de la rue de l’ancien hôpital, tournent à droite, à gauche. Certaines personnes me reconnaissent. Une main se lève par-dessus la vitre d’une portière, un sourire apparaît, un bras se tend pour mieux saluer.
Ce matin, mon frère m’a déposé de l’autre côté de la place. J’allais jouer aux échecs. J’ai disputé une partie que j’ai perdue. Mon adversaire était plus jeune, mais il joue tout le temps. Plus fort. Je le croise souvent. Il a toujours son téléphone avec lui : il y a enregistré des parties de grands maîtres. Après chaque partie, il s’éloigne pour fumer, puis revient, publie, regarde, analyse. Il visionne les parties, les décortique, comme un affrontement silencieux entre voisins du jeu. Je ne suis pas trop déçu d’avoir perdu. J’ai joué contre le jeu commun, contre l’habitude.
Après la partie, je me suis assis sur le bloc de pierre, près du terrain de pétanque. En passant près de la poubelle, un vieux monsieur m’interpella. Il s’excusa de m’avoir coupé la route. Quelques mètres plus loin, il se retourna et m’appela par mon prénom. C’est là que je l’ai reconnu. Oncle Kazön.
En deux secondes, le lycée me revint : Do-kamo. Après la mort de mon père, ma mère lui avait demandé — à lui et à son épouse — de prendre soin de moi.
J’avais quinze ans à l’époque. J’étais un être fragile. Très fragile…
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