Bozusë,
C’est seulement là, à un âge avancé, que j’ai fini par comprendre le chant de Wananathin, un être mythique : une femme que les mamans invoquaient pour venir étouffer leurs enfants récalcitrants à l’aide de ses deux gros seins. Elle est aussi l’ancêtre totémique d’un clan de la tribu de Thuahaik à Drehu. Quand les humains l’ont enfermée dans une case et ont mis le feu pour la tuer, elle pleurait en ces termes : « Ihengejë ekaala ? » Pleurs qu’on peut traduire par : « Dieu… où ai-je posé ma tête ? » L’actualité nous fait aussi perdre la tête comme cette Wananathin. Les intempéries, le problème d’Air Calédonie, les municipales, les bombardements au Moyen-orient avec une dame de Nengoné exilée à Dubaï et Jacques Dutronc de s’interloquer : « des millions de chinois et moi, et moi, et moi… » Et nous et nous et nous pacifiques dans notre Pacifique. Faux pour moi, avec le Net, on est branché à l’actualité du monde. Quand une partie de la planète brûle, on ressent aussi la chaleur dans notre case. « Mon Dieu, où ai-je posé ma tête ? » : m’écriai-je exactement comme Wananathin.
Bonne lecture à vous et priez Dieu pour que le pont de Tiéta ne soit pas inondé. Ben tiens ! L’eau était passé par-dessus et avait même dépassé le citronnier et le pécher du champ de la vieille Jeanne. Cours encore suspendus hier jeudi. A vendredi prochain. Wws.
Dans la petite voiture de Maselo
Marimelle : Eh ben, Cocodie, t’as vu la pluie ? On dirait que le ciel a décidé de tout laver d’un coup.
Cocodie : Laver, laver… Tu parles. Les routes sont coupées partout, c’est la galère.
Marimelle : Moi je trouve ça bien. Au moins, les enfants restent à la maison, ça fait une pause.
Cocodie : Une pause ? Les écoles fermées, ça chamboule tout le monde.
Marimelle : Oh, faut bien que la nature respire un peu.
Cocodie : Respirer, oui… mais moi je devais aller à Koné ce matin. Impossible.
Marimelle : Tu stresses trop. Regarde comme c’est beau, toute cette eau qui descend des montagnes.
Cocodie : Beau ? C’est dangereux surtout. Les rivières débordent.
Marimelle : C’est vrai, mais ça rappelle aussi qu’on dépend d’elle, la terre.
Cocodie : Moi je dépends surtout d’une route praticable.
Marimelle : Tu verras, demain ça ira mieux.
Cocodie : Tu dis toujours ça.
Marimelle : Parce que c’est vrai ! Et puis, ça rapproche les familles, ces moments-là.
Cocodie : Ou ça les enferme ensemble trop longtemps…
Marimelle : Arrête un peu, tu râles pour tout.
Cocodie : Je râle parce que je suis trempée depuis ce matin.
Marimelle : Fallait prendre un parapluie.
Cocodie : Il s’est retourné au premier coup de vent.
Marimelle : Ah ça, c’est la saison… faut accepter.
Cocodie : Toi t’acceptes, moi je subis.
Mardi 23 décembre 2025, je revenais de Nouméa. Je suis parti le matin de Nouville. C’est mon frère qui m’a déposé à la gare routière. Il y avait une file d’attente interminable. Je me demandais s’ils ne pouvaient pas ouvrir un autre guichet pour permettre à tout le monde d’acheter un ticket avant le départ.
En me dirigeant vers le bus, je suis passé par la voie derrière les guichets. Un homme — certainement un vagabond — était là, l’air peu engageant. Je lui ai demandé s’il était possible d’acheter le ticket directement dans le bus, sans passer par le guichet. Il m’a regardé fixement et m’a répondu sèchement :
« Un peu de tenue, monsieur. »
Son attitude était agressive. Je fis la personne qui n’avait rien entendu et je suis allé directement vers mon bus. Je suis monté, j’ai acheté mon ticket à bord ; il a été validé. Puis je suis allé m’asseoir en attendant le départ qui était imminent. Combien sont-elles, nos familles errantes à importuner le monde ? Une souffrance que des fois pour avoir la paix en soi mieux vaut à la fois être sourd et aveugle. Mère de Dieu !
copyright photo Yvanna Doï








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