Si tu devais dire un mot pour définir ton sentiment sur la situation de la jeunesse actuellement, Que dirais-tu ? Angela Nisam
Bonne question Mme Nisam. Inconsciemment, je me réfère toujours à notre génération. Et je fais la comparaison pour dire que la situation n’a pas évolué et même qu’elle s’est empirée. Tiens. Hier, j’apprenais que deux jeunes de chez nous à Houaïlou ont perdu la vie dans un accident de voiture. Le mobile. Ils ont fêté leurs baccalauréats.
La semaine dernière avant la fin des cours combien d’élèves ne venaient plus au collège ? Et ce matin ironie du sort deux élèves arrivent encore par le bus du ramassage scolaire pour aller en cours alors que les cours étaient terminés depuis mercredi de la semaine dernière. Jeudi et vendredi étaient consacrés au DNB pour les élèves de 3ème. Que penser ? Nous sommes en ce moment en réunion cette matinée pour parler de ces problématiques avant d’attaquer le calendrier des activités de 2026.
Je suis en train de te répondre de dessous l’abri à côté de la salle d’étude et autour de moi des classeurs, des livres et des affaires d’école traînent. Voilà l’image des jeunes que je cherche à comprendre. Dans le temps, on ramenait nos affaires à la maison. Si ce n’était pas pour réviser ni pour retravailler les cours, c’était pour offrir à son petit frère et à la génération du dessous. On n’avait pas le sou. Aujourd’hui, on a les moyens et les élèves ne font plus attention à leurs affaires et à ce qu’ils allaient léguer à la génération suivante. Ouais, c’est la photocopie de la jeunesse d’aujourd’hui. Je suis triste.
Bonne journée, bonne semaine à vous et oleti pour votre question.
Wws
Ci-dessus, un échange entre une parent d’élève et moi. Je répondais à sa question. Et pour accompagner M. Maselo, je vous dédie le texte de Marguerite Duras. Un départ triste du quai des aux revoirs parce que la semaine dernière j’évoquais le dicton drehu au sujet des élèves qui veulent vite partir en vacances au lieu de continuer à l’école pour bien terminer l’année. Par analogie, je compare ces élèves aux passagers qui sautent du navire au lieu d’attendre qu’il soit bien amarré au port.
Dans la petite voiture de Maselo
Fanny : Tu sais, Pierre, cet accident aurait pu être bien pire. Ça me fait peur.
Pierre : Je sais, mais ce n’était qu’un petit accrochage. Rien de grave.
Fanny : Justement, c’est ça qui m’inquiète. Tu bois trop, et le cannabis… ça te rend imprudent.
Pierre : Je contrôle, je te promets. Je ne suis pas dépendant.
Fanny : Tu dis ça, mais regarde où ça nous mène. Tu mets ta vie en danger, et celle des autres aussi.
Pierre : Je ne voulais pas te faire peur. Je vais faire attention.
Fanny : Faire attention ne suffit pas. Il faut arrêter. Pour toi, pour nous, pour les enfants.
Pierre : Les enfants… Oui, je veux être un bon père.
Fanny : Alors prouve-le. Montre-leur que tu peux être responsable.
Pierre : Mais c’est difficile. Ces habitudes sont ancrées.
Fanny : Je sais que c’est dur, mais tu n’es pas seul. Je suis là pour t’aider.
Pierre : Tu crois vraiment que je peux changer ?
Fanny : Absolument. Avec de la volonté et du soutien, tout est possible.
Pierre : D’accord. Je vais essayer. Mais ça prendra du temps.
Fanny : Je suis prête à attendre, tant que tu fais des efforts.
Lorsque l’heure du départ approchait, le bateau lançait trois coups de sirène, très longs, d’une force terrible, ils s’entendaient dans toute la ville et du côté du port le ciel devenait noir. Les remorqueurs s’approchaient alors du bateau et le tiraient vers la travée centrale de la rivière. Lorsque c’était fait, les remorqueurs larguaient les amarres et revenaient vers le port. Alors le bateau encore une fois disait adieu, il lançait de nouveau ses mugissements terribles et si mystérieusement tristes qui faisaient pleurer les gens, non seulement ceux du voyage, ceux qui se séparaient mais ceux qui étaient venus regarder aussi, et ceux qui étaient là sans raison précise, qui n’avaient personne à qui penser. Le bateau, ensuite, très lentement, avec ses propres forces, s’engageait dans la rivière. Longtemps on voyait sa forme haute avancer vers la mer. Beaucoup de gens restaient là à le regarder, à faire des signes de plus en pus ralentis, de plus en plus découragés, avec leurs écharpes, leurs mouchoirs. Et puis, à la fin, la terre emportait la forme du bateau dans sa courbure. Par temps clair on le voyait lentement sombrer.
Marguerite Duras. Extrait de l’Amant (1984)












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