Bozusë,
Je vous raconte la journée d’hier dans notre si petite vallée profonde où des militaires étaient venus passer une semaine pour donner la main à construire les baraquements à Eika et devant le temple pour la fête de mai. Ce séjour fut terminé en apothéose par le saut en parachute. Le spectacle a fait encore plus monter la tension chez nos jeunes. L’atmosphère était électrique. Je vous jure !
Je vous livre après un écrit personnel en mémoire de ma nièce que je suis allé enterrer mardi dans la vallée de l’autre cote.
Bonne lecture à vous et à la rentrée. Wws
Dans la petite voiture de Maselo:
– Bonjour Mme Sofy. Ça fait un bail.
– Vous avez raison, Mr Maselo. Je sors d’une grippe qui m’a fixée au pieu. Je suis restée allongée, combien ? Allez; plus d’une semaine. De lundi à lundi. Sans bouger. Heureusement que Félix était venu de son travail pour couper un branchage d’eucalyptus. Il l’a bouilli et après la nièce m’a sortie de mon lit pour me baigner. On a répété l’opération trois fois le samedi, dimanche et lundi, je commençais à aller mieux.
– Vous avez de la chance. Vous savez, Hélène, la cousine, elle a failli passer. Elle avait du sang qui lui coulait du nez. Comme ça. Oh! Pas beaucoup. Je paniquais comme elle travaille à Vavouto. Avec tout le mélange de travailleurs dans l’usine, vaut mieux prendre ses précautions.
– Surtout que maintenant, il y a une nouvelle épidémie de dengue dont on ne connaît pas le nom. Elle court.
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Dans la petite vallée de Tiéta, l’atmosphère était électrique. À 10h, je sortais du collège en direction de la maison commune de la tribu. Depuis le début de la semaine, des légionnaires d’un régiment du Larzac avaient établi leur quartier général dans cet endroit. Hippolyte Thidjite, le caporal-chef à la retraite, m’informa : « Monsieur le directeur, à onze heures précises, l’hélicoptère arrivera. Les hauts gradés viendront saluer les autorités de la tribu, cela prendra environ une trentaine de minutes. Ensuite, l’appareil décollera avec des parachutistes prêts à sauter de plus haut que les montagnes. » J’avais déjà prévenu les enseignants de faire sortir les élèves à 11h pour assister à ce spectacle.
Alors que je me tenais près de la cuisine avec quelques hommes, un bruit assourdissant nous fit tourner la tête vers le fond de la vallée. L’écho. L’hélicoptère survolait la route entre les montagnes du Katepaik et du massif du Koniambo, se dirigeant vers le terrain de football de la tribu, arrivant de la mer. En descendant, le général des forces armées, entouré d’autres personnalités, se dirigea vers la compagnie de légionnaires alignés pour rendre les honneurs au faré, à l’autre bout de la maison commune.
En remontant la route, le général rencontra les élèves du collège et du primaire de Tiéta, rassemblés sous le manguier. Il s’avança et prit la parole : « Vous allez voir les militaires sauter en parachute. Certains d’entre vous seront émerveillés. Je remercie vos enseignants de vous avoir amenés ici, mais n’oubliez pas que le plus important dans la vie, c’est ce que vous apprenez à l’école. Cela vous sera utile toute votre vie. » Il rejoignit ensuite les autres militaires dans l’arrière-cour.
Comme prévu, l’hélicoptère redémarra et s’éleva dans le ciel, disparaissant à une altitude de 3800 mètres. Deux parachutistes sautèrent, l’un seul et deux autres en tandem. Ils descendaient lentement, portés par le léger vent de la vallée, naviguant d’un sommet à l’autre jusqu’à atteindre le terrain de football. Tous les regards étaient rivés vers le ciel, les enfants du primaire s’excitant à la vue des militaires. Ils criaient, espérant que Icare les entende, et le rêve semblait prendre forme. L’ailleurs était enfin là, jusqu’à ce que les parachutistes atterrissent dans la zone rouge délimitée par des draps roses.
Après avoir plié leurs parachutes, l’hélicoptère se posa délicatement. Les élèves furent invités à s’approcher de l’appareil pour poser des questions. Les enseignants durent intervenir pour organiser cette visite technique face à l’excitation débordante des enfants. Ensuite, ce fut au tour du petit chef de la tribu d’être accueilli à bord.
C’était notre matinée de la journée d’hier, jeudi 03 avril.
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Je ne quitterai pas cette page avant de partir en vacances, sans évoquer la mémoire de ma nièce, que j’ai enterrée mardi. De nombreuses paroles ont été prononcées pour rendre hommage à son existence. La pensée collective s’est unie pour affirmer que Mariella* était une femme juste. Sa foi l’amenait à parcourir le pays pour servir le grand Dieu de tous les chrétiens. Elle était présente dans toutes les activités de l’église, œuvrant pour le salut dans l’au-delà. Elle a même sa place dans les cieux, écoutant les discours. Il est essentiel de prendre exemple sur elle. C’était écrit.
Cependant, concernant ma nièce, il est important de mentionner qu’elle a été mariée de force à un membre de sa propre famille. Elle a tenu bon pendant seulement deux jours, pleurant tout au long de la cérémonie. Par la suite, elle est retournée chez sa famille. Échec de son mariage. Échec de notre culture.
Mardi, alors que des personnes rendaient hommage à ma nièce, Drikona Richard, l’autre neveu, me lançait des regards insistants pour me suggérer de prendre la parole après l’orateur. Je n’osais pas m’avancer. Je me tenais à ma place, conscient que si je prenais la parole, cela pourrait être mal perçu ou créer des tensions. Je me suis donc retenu, pensant que j’aurais d’autres occasions de m’exprimer.
Aujourd’hui, je m’adresse au consistoire PPT, aux églises et à toutes les instances de ce pays. Il est grand temps d’adopter un nouveau regard sur le mariage arrangé. On parle souvent des mariages des îles, qui sont en réalité des mariages forcés où la fille n’a pas vraiment son mot à dire. Mais il est également crucial de reconnaître que le garçon ne choisit pas non plus sa future épouse. Ce type de mariage a fait son temps. Nous sommes en 2025, et il est grand temps de changer de fusil d’épaule, il est grand temps de changer de perspective.
Bonnes vacances à vous.
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Pour la toute première fois, chez Gaijoli
La case où Iengenë devait se donner pour la première fois à son mari, avait été préparée pour le soir du mariage.
Deux femmes âgées, du clan de la famille de Catreie, étaient prêtes, comme de coutume, pour assister les époux dans l’épreuve véritable : s’assurer de la virginité d’Iengenë. Le clan du mari, dans ce cas, verserait une somme d’argent supplémentaire et quelques ignames de plus aux parents de la fille, récompense accordée à sa pureté préservée, aucune arrogance n’ayant défrayé l’orifice vaginal, voie par laquelle devait passer la tête de l’héritier. Le mouchoir blanc, taché du sang virginal, serait montré aux autorités claniques qui attribuent la qualité de «vraie fille» à Iengenë. Ces personnes garantes de la paix du clan donneraient leur bénédiction le lendemain du mariage sous la tonnelle devant les notables des deux familles réunies. Iengenë serait alors sujet d’admiration ou de raillerie. Il valait mieux pour elle qu’elle n’ait pas connu d’aventure avant le mariage. Si c’était le cas, les belles-sœurs et la belle-mère, sensées assurer la bonne adhésion d’Iengenë dans sa nouvelle famille, se transfor- meraient en véritables bêtes féroces pour l’avilir. Texte de Léopold Hnacipan dans De séduction en séduction 2015












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