Nuelasin n°197 – 28 février 2025

Le collège de Tiéta est déjà lancé comme un cheval au galop. D’autres établissements emboîteront le pas. Chacun son tempo. Le pays vit au rythme de la visite de notre ministre des Outre-mer, Manuel Valls et chaque formation politique se succède à sa rencontre. Je leur dédie à tous Ataï.

Bonne lecture à vous de la vallée. Wws  

            Samedi 24 février 2025. Je suis en train de surveiller le feu. Depuis 17h00, l’eau bout dans la grosse marmite, mais la tête de cochon n’est toujours pas cuite alors qu’il est déjà 20h sur mon portable. C’est madame Annie qui m’a filé cette grosse tête de cochon que je mets un temps fou à cuire. J’ai déjà une petite idée de la recette : soit un pâté de tête, soit du porc au vinaigre. J’ai déjà tenté de réaliser ces mets auparavant, sans succès pour le premier. Demain, je compte appeler Lewatr pour m’aider. À Hunöj, il est passé pour maître de la recette. À Nouville, c’est Yamele, qui a suivi une formation de cuisine. J’ai donc le choix.

Autour du gayac où je me trouve, je tends l’oreille à la nuit. Les grenouilles coassent bruyamment, assourdissantes. Les grillons, haut perchés, se distinguent par leurs cliquetis irritants. Ils m’insupportent. Mais le gargouillement régulier du creek en contrebas glisse lentement dans la noirceur de la nuit. Je dormirai bien dans cette douceur obscure à la lueur du feu. Le trou d’eau est à quelques mètres plus haut, niché dans le flanc de la montagne. J’y vais régulièrement ces derniers temps. Il est très propre, l’eau ayant emporté toutes les branches et les feuilles mortes de son lit.

À travers le feuillage sombre de l’arbre qui m’abrite, je ne vois pas d’étoiles. Je pense que demain sera une journée pluvieuse. Le vent frais de la nuit souffle sur les spirales d’anti-moustiques que j’ai allumées. On n’a pas besoin de mourir pour aller au paradis, je vous assure.

Voilà la vieille qui m’éclaire avec sa torche. Elle me dit de rentrer pour dormir. Un coup d’œil à l’horloge en haut à gauche de l’écran : minuit moins cinq. On va passer un cap, un jour nouveau. Et la tête de cochon qui n’est toujours pas ramollie. Bonne nuit à tous.

Dans la petite voiture de Maselo

–       Bonjour, madame. Comment allez-vous aujourd’hui ? J’ai entendu parler de l’impact des sectes dans notre tribu. C’est un sujet préoccupant.

–       Bonjour, M. Maselo. Je vais bien, merci. Mais je suis inquiète pour nos jeunes. Les sectes gagnent du terrain, et leur influence est de plus en plus violente.

–       C’est vrai. La Nouvelle-Calédonie a connu des périodes troubles, et les jeunes sont souvent vulnérables. Quels signes avez-vous remarqués ?

–       Certains jeunes se renferment, changent de comportement, et deviennent agressifs. Ils sont embrigadés par ces groupes, et cela les éloigne des vraies valeurs de la société.

–       Il est essentiel d’en parler ouvertement. Les sectes exploitent souvent les frustrations, le manque de repères, et la perte d’identité chez les jeunes.

–       Oui, c’est un cercle vicieux. La déshérence, les discriminations, et l’héritage colonial ont laissé des cicatrices profondes. Comment pouvons-nous agir?

–       D’abord, sensibilisons les familles, les éducateurs, et les coutumiers. Expliquons les dangers des sectes et encourageons le dialogue. Ensuite, renforçons les liens communautaires.

–       Et peut-être que des projets d’insertion sociale, comme l’agriculture ou l’artisanat, pourraient offrir des alternatives positives aux jeunes.

–       Exactement. Ensemble, nous pouvons lutter contre ce phénomène. Restons vigilants et soutenons nos jeunes.

Ataï 

Combien de temps encore mes frères ? 

Combien de temps encore ?

Combien de nuits de lutte mes frères ?

Pour notre liberté. 

Chœur : Quelle horrible douleur!

Que de le voir mourir, 

Il est mort en homme

Ataï

Pourquoi la république française 

Nous parle de liberté ?

Elle ne l’a jamais appliquée 

Pourquoi tant d’injustice ?

J’ai vu des hommes tomber ! Seigneur. 

J’ai vu des hommes armés

Et avec leurs bâtons blancs ! Seigneur. 

Ils massacraient mes frères.

Les Mikes de Jua e Hnawe.

(Une composition de Drikona Jean Ukeiwe) 

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