Nuelasin 190 – 8 novembre 2024

Bozusë, 

Mercredi, je suis allé à Houaïlou pour amener une coutume de deuil à la famille Mindia. Le Grand-chef Marcel est parti dans le monde des aïeuls. Il avait travaillé à Lifou dans les années 1960.

Un soir, il a marché tout le long du littoral de Mou pour retourner chez lui à Wé. À cette époque, il n’y avait pas encore de goudron comme aujourd’hui. La route était seulement couverte de corail blanc concassé, le xaca. Le vieux avait marché sous les cocotiers, humant l’air marin et la fraîcheur de la nuit. Cette virée nocturne lui avait apporté une grande joie. Unique.

Un jour, le Grand-chef de notre district invita Marcel dans la grande chefferie de Mou. Ils partagèrent leur boisson dans le salon. Quand le Grand-chef de Houaïlou se tourna vers la porte d’entrée, il vit, sur le papier peint couvrant tout le mur, la cocoteraie et le bord de mer de chez lui. « Leweo ! » s’exclama-t-il. « Je t’ai fait venir ici parce que tu es toujours chez toi à Leweo, » ajouta le Grand-chef Henri Boula.

C’est cette parole que j’ai prononcée lors de ma coutume posée sur le sol de la chefferie de Leweo. Je ne voulais pas que la visite du vieux Marcel dans la grande chefferie de mon district tombe dans l’oubli. Nous sommes tous témoins des meilleurs moments de la vie. Il est crucial de ne pas les transmettre à la génération suivante. Même les étoiles du firmament en sont intéressées. Elles nous observent.

Fin d’année : On compare toujours la fin de l’année à un navire qui va rentrer au port. La parole dit qu’au lieu d’attendre patiemment que les marins jettent les amarres au quai pour amarrer le navire et pour dire après que le bateau est arrivé, les passagers, un à un, se jettent dans l’eau pour nager jusqu’au port. Tout le monde connaît le danger dans les ports. Les plus communs sont les animaux marins tels les squales qui suivent les navires et qui se nourrissent de ce que l’équipage ou les passagers jettent par-dessus bord. Il y a aussi que les passagers qui se jettent par-dessus bord se noient tout simplement soit par fatigue soit pour une autre raison. C’était cet exemple qu’on nous ressassait à chaque fin de cycle de nos années/ados, disons-nous. 

Je dis à mon tour aux élèves du CDT de ne pas faire comme les passagers du navire. Attendez la fin d’année de pieds fermes. Et la fin d’année c’est un vendredi de décembre pour nous tous. Pas avant… En drehu il y a une parole pour résumer : « The aje enexölekö la he. » traduire : Ne quitte pas le navire ‘avant son arrivée.’ 

Pour ce vendredi d’un autre long weekend, je propose les paroles de la chanson d’Alain Souchon que vous pouvez écouter sur le Net. Une très belle chanson qui me fait rappeler un voyage que j’ai effectué pour mes études par la compagnie A.F. Dans les écouteurs qui diffusaient La ballade de Jim, je me revoyais en train de sillonner mon île dans la voiture de mon grand frère. Très fort. Quand j’arrivais à Grenoble, le froid commençait à se faire sentir. Cela me renvoyait au fin fond de moi-même. Heureusement, les ainés étaient toujours là pour le soutien. Ladys, Wetris, Wiwish, Kiki, Momosh, Papash, Fifi, Tosh… Bonne lecture et bon long weekend à vous d’ici où il fait sombre en ce moment. Les nuages s’amoncellent… la pluie, petit à petit commence à faire son apparition. Que des petites gouttes. Wws

Dans la petite voiture de Maselo

–       Et tu étais avec qui en fin de la semaine M. Maselo ? 

–       Oh ! Avec la bande. M. Jean-Yves&Muriel et Lola. Nous avons passé tout le temps à assurer la pêche pour le repas de la journée de bingo pour le mariage de Joséphine. L’endroit n’était pas poissonneux mais nous avons quand même réussi à remonter une dizaine. Des queues bleues, des loches et d’autres plus petits. Bons pour la friture.

–       C’est ce que je ne comprends pas chez vous M. Maselo. Vous arrivez à remonter du poisson là où les gens de la tribu sont passés. À croire que le poisson choisit l’hameçon par lequel il va trouver la mort. 

–       Haha. Les deux hommes n’ont fait que boire et parler de foot. C’est Mme Lola qui a pêché pendant toute une partie de la nuit. Les deux hommes ne sont pas restés en plus. Moi, je ne suis pas parti parce que je voyais que la madame du cousin voulait continuer à tirer les plus gros poissons. Les hommes ensemble, si ce n’est pas le foot qui les intéresse… laisse tomber. 

–       Ben là là … 

La ballade de Jim

Chanson de Alain Souchon

Comme elle est partie, Jim a les nerfs
Jimmy boit du gin dans sa Chrysler
La presqu’île, le boulevard de la mer est con
Comme elle est partie, attention Jimmy tourne en rond

Hier soir encore, son héroïne
Le serrait si fort en disant « Jim »
Elle était son calmant, son alcool profond
Comme elle est partie, attention, Jimmy tourne pas rond

Jimmy, t’es fort, mais tu pleures
Sur le cuir de ta Chrysler
Là-bas le soleil s’écroule dans la mer
Jimmy, les filles pour le coeur
Comme l’alcool et les revolvers
C’est sauter en l’air
Tomber par terre
Boum

Depuis deux ans, sûr, Jim bossait fort
Pour que sa starlette bronze en hors-bord
Avec elle, il voulait un bébé, sans rire
Comme elle est partie, attention, Jimmy veut mourir

Jimmy, t’es fort, mais tu pleures
Sur le cuir de ta Chrysler
Là-bas le soleil s’écroule dans la mer
Jimmy, les filles pour le coeur
Comme l’alcool et les revolvers
C’est sauter en l’air
Tomber par terre
Boum

Jimmy va trop vite, Jimmy pleurniche
Il sent son parfum sur la corniche
Les lacets, le gravier, et, dans l’air du soir
La Chrysler s’envole dans les fougères et les nénuphars
Jimmy s’éveille dans l’air idéal
Le paradis clair d’une chambre d’hôpital
L’infirmière est un ange et ses yeux sont verts
Comme elle lui sourit, attention, Jimmy veut lui plaire

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