Les 5 frères

Dans une tribu de Lifou vivaient cinq frères. Quand la saison sèche arriva et que la nourriture se fit rare, le père appela ses enfants et leur dit :

— Fils, allez dans la forêt nous chercher de quoi manger.

Très tôt le lendemain, les cinq frères se mirent en route sous la conduite de l’aîné. Ils recherchaient un magnania : c’est une igname sauvage appelée alu en lifou. En cas de famine, on peut en manger les tubercules amers.

Soudain, ils aperçurent un superbe pied de magnania. L’aîné pensa que c’était à lui de déterrer ces tubercules. Il débroussa, creusa autour, assez, croyait-il, pour saisir la tête et sortir le pied sans difficulté. Il commença à tirer, tirer encore, tirer plus fort, toujours plus fort, de toutes ses forces, les muscles gonflés, les dents serrées, le front ruisselant, le souffle court, mais… en vain !

II avait creusé trop superficiellement.

A bout de force, il dit :

— Donnez-moi un coup de main l’un après l’autre.

Toutefois, il interdit au plus jeune d’approcher. C’était un pauvre garçon malingre, sale, galeux et méprisé de tous. De l’aube au coucher du soleil, les quatre frères usèrent leurs forces sous le commandement de l’aîné : le magnania ne bougeait toujours pas d’un pouce. Plusieurs fois, le jeune frère s’était avancé pour aider mais on l’avait repoussé avec mépris. Comment ! Ce gringalet prétentieux, d’apparence chétive, réussirait là où ses frères avaient échoué ?

Le soleil descendant sur la mer, les quatre frères épuisés allaient abandonner quand le benjamin leur demanda très humblement de tenter sa chance. La permission fut accordée. Il se mit à l’ouvrage sous les rires, les moqueries et les invectives des aînés :

— Tire, pouilleux ! Tire fort, galeux ! Tire plus fort maigrichon ! Courage, toi le champion des magnanias !

Imperturbable, il creusa patiemment la terre, toujours plus profond, prenant bien soin de dégager les tubercules. Lorsque les racines apparurent, il les coupa au bon endroit, libérant le magnifique magnania. Il en saisit la tête, tira lentement, doucement, et, comme naît un petit d’homme, le beau magnania sortit des entrailles de la terre. Selon la coutume il le présenta à l’aîné qui le reçut avec un petit ricanement gêné et le partagea en cinq.

La nuit tombée, ils s’en retournèrent au village, ayant chacun un beau tubercule sur l’épaule gauche. Dans la case, au coin du feu, l’aîné raconta au père toute l’histoire du magnania.

— Fils, approchez, dit le vieux. Je vais prononcer la parole pour l’avenir. Voici : à partir de cet instant, le benjamin qui a su déterrer le magnania sera le chef de notre clan. Vous lui obéirez car il est le plus capable de défendre et de conduire la famille.

Il en fut ainsi. Le benjamin devint chef du clan. Plus tard, il prit autorité dans toute la région. Le grand chef le nomma même un jour à la tête des conseillers atési*, car son conseil était toujours le meilleur de tous.

Mythe de Lifou raconté par M. Tamunu Ajapuhnya.

*Un clan atési est un clan très important, un clan sacré.

source : https://histoire-geo.ac-noumea.nc/

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