Nuelasin n°239 – 15 mai 2026

Bozusë,

Je pense à mon petit-fils. Il n’a qu’un mois mais déjà 6 kilos. Je suis allé lui rendre visite mais je ne pouvais pas le porter parce qu’il dormait. Je l’ai seulement regardé sûrement dans un rêve parce qu’il ronflait. Je pouvais l’entendre. Je suis alors retourné dans le salon pour attendre qu’il se réveille. Espoir perdu. C’était déjà mon heure pour partir. Je levais l’ancre. Vers le soir, je me rabattis sur les anciennes photos qui datent que sa mère m’avait envoyées. J’allais me consoler avant de m’endormir, j’ouvris la galerie des images sur mon portable. L’ange s’étalait là sous mes yeux. Il riait aux éclats. Je restais un moment en sa compagnie. Il m’emporta dans son délire. Je m’endormis. 

Pour accompagner le vieux Maselo, replongeons dans la vallée de Tiéta à mes débuts pour découvrir le lopin de terre que la tribu a cédé aux enseignants qui voudraient bien cultiver ses légumes. Le plaisir de partager, le temps d’une vie. Bonne lecture et à l’autre vendredi. 

Dans la petite voiture de Maselo

Youpiash — Tata … j’crois que j’ai vraiment déconné. 

Marienne — Encore ? Assieds‑toi, mon garçon. Quand tu dis “déconné”, tu parles de quoi cette fois ? 

Youpiash — Des histoires… des nuits qui tournent mal. Les gars, ils chauffent, et moi je suis dedans. 

Marienne — Dedans comment ? Pas besoin de détails, juste la vérité. 

Youpiash — Cailloux sur les voitures… un portable qui disparaît… un vieux qu’on a bousculé. Rien de “grave”, mais… 

Marienne — Rien de grave ? Youpiash, au pays, tout ça monte, ça déborde. Les gens ont peur. 

Youpiash — Je sais. Mais quand t’es avec la bande, tu réfléchis plus. Tu veux juste exister. 

Marienne — Exister, oui. Mais pas en cassant la vie des autres. 

Youpiash — On fume, on rigole, on fait du bruit… ça fait oublier. 

Marienne — Oublier quoi ? 

Youpiash — Que j’ai rien. Pas de boulot. Pas d’avenir clair. 

Marienne — Et tu crois que casser, voler, insulter… ça va t’en donner un ? 

Youpiash — Non… mais ça remplit les poches un moment. 

Marienne — Et ça vide ton respect, ton nom, ta famille. 

Youpiash — J’veux pas finir comme Dash et Kyss, les gars qu’on voit aux infos. 

Marienne — Alors arrête avant d’y arriver. Je peux t’aider. On peut chercher une formation, un chantier, quelque chose. 

Youpiash — Tu crois que je peux changer ? 

Marienne — Je crois surtout que tu veux changer. Et ça, c’est déjà un pas. 

Youpiash — D’accord, tata… j’vais essayer. 

Marienne — Pas essayer. Faire. Et je serai là pour te tenir debout.

Souvenir de Tiéta 

Au début, avant de repartir de Tiéta, j’allais chercher des bananes mûres à la chefferie. C’était un geste simple, mais qui faisait partie de ma vie, de mon rapport avec les gens de la vallée.

J’habitais encore dans les studios derrière le collège. Chaque vendredi, avant de repartir à Nouméa, j’avais pris l’habitude de passer à la chefferie pour voir s’il y avait des bananes mûres. Gué Maré les suspendait sur des perches en bois. Quand elle était là, je me servais devant elle et son mari. Sinon, j’en prenais quand même en leur absence, puis je repartais tranquillement. À cette époque, je ne comprenais pas toujours certaines choses. Par exemple, il arrivait que Marie monte jusqu’aux studios avec des régimes de bananes, mûres ou vertes, et nous dise que cela venait de « notre champ », en ajoutant qu’il fallait cultiver cette parcelle. Je ne voyais pas de quoi elle parlait.

Je ne savais pas encore que, de l’autre côté de la rivière, la tribu avait mis à disposition des enseignants des parcelles de terre pour cultiver des légumes. C’est en demandant des explications à Monsieur Pierre qu’il m’a confirmé l’existence de ces parties de terres offertes. Un mercredi, porté par la curiosité, je suis allé sur place pour découvrir l’endroit. Je ne connaissais pas grand-chose à la culture de l’igname, mais j’avais envie d’apprendre et m’investir. J’ai commencé par défricher le terrain : il y avait beaucoup de roseaux et de grandes herbes, ce qu’on appelle ici des plantes à éléphant. Ensuite, j’ai brûlé les déchets végétaux et j’ai retourné la terre. C’est ainsi que naquit le mythe du maraîcher de Camadup.

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