Bozusë,
Samedi dernier, j’étais à Nouville chez mon frère, alité à cause d’un mal de pied. Rentra mon frère qui arrivait de sa marche quotidienne: « Tu sais Wawes, je viens de recevoir un appel de ma fille qui est à Fidji. Elle me prévenait qu’il y avait un incendie dans notre immeuble. Il y avait de la fumée qui sortait du premier étage. Les pompiers et la sécurité civile étaient déjà sur place. » J’ouvris grands les yeux. Le feu aurait pu gagner tout le bâtiment sans que je ne m’en rende compte. Je dormais. Le sinistre a été vite maîtrisé mais aurait pu être grave. Voila, la communication des temps modernes. Action/réaction et … en temps réel. Lorsque je mis les pieds sur le balcon, effectivement les agents de la sécurité étaient bien présents. Ils remballaient déjà tout le matériel. Ils étaient sur le point de partir. Je retournais dans mon lit. Je n’avais plus mal au pied.
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Le matin même du balcon à Nouville s’ouvrait avec une douceur lente, presque irréelle. Le ciel était d’un bleu limpide. La mer, immobile, lisse comme du verre, reflétait la lumière sans un frisson, sans une ride. Les cabanes alignées le long du rivage respiraient encore le sommeil : portes entrouvertes, volets qui grinçaient doucement, odeur de café qui commençait à se répandre.
On aurait dit que rien ne pouvait troubler cette paix. Même les oiseaux semblaient chanter plus bas, comme pour ne pas froisser ce calme parfait.
Soudain, une voix éclata. Une première, sèche, tranchante, venue d’une cabane au toit de tôle: « sale enc… de ta race, fils de … » Une autre répondit aussitôt, plus forte encore: « Vas … ta mère… B… ton père » Comme un écho contrarié. En quelques secondes, d’autres insultes fusèrent, claquant dans l’air comme des pierres jetées sur l’eau. Les portes s’ouvrirent brusquement, les rideaux se soulevèrent, les voisins se figèrent. La mer, elle, resta impassible, comme si ce tumulte humain ne la concernait pas. Le ciel demeura bleu, indifférent aux éclats qui déchiraient le silence. Sur la route, les voitures continuaient de passer, le bus repartait de l’arrêt à côté de l’hôpital.
Et dans ce contraste étrange — la beauté du matin et la colère soudaine — on sentait toute la fragilité des jours heureux.
Pour accompagner le vieux Maselo, je propose un texte déniché du Net comme pour harmoniser avec la date du 08 mai.
Bonne lecture à vous et à vendredi prochain à la remise. Sww
Dans la voiture de Maselo
Utë : Tchuke, tu te souviens encore du 8 mai, là ? La fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Tchuke : Oui, je m’en souviens. C’était une date importante, même si on ne comprenait pas tout à l’époque.
Utë : Moi, je croyais que c’était juste un jour où l’école fermait. Je ne savais pas vraiment ce que “capitulation” voulait dire.
Tchuke : On était jeunes. La maîtresse disait que c’était le jour où l’Allemagne avait cessé le combat. Que la paix revenait.
Utë : Je me rappelle surtout que les vieux parlaient bas, comme si la guerre était encore là, quelque part.
Tchuke : Oui. Dans la vallée, on ressentait les choses sans les voir. Les histoires des anciens, les nouvelles qui arrivaient tard.
Utë : Tu te rappelles la cérémonie au village ? Le chef avait dit que c’était un jour pour penser à ceux qui n’étaient jamais revenus.
Tchuke : Je m’en souviens. Beaucoup avaient de la famille qui avait combattu loin d’ici.
Utë : Moi, je ne comprenais pas pourquoi on parlait de joie et de tristesse en même temps.
Tchuke : Parce que la paix, ça ne revient jamais sans laisser des traces.
Utë : Aujourd’hui encore, quand j’entends “8 mai”, je pense à ces visages sérieux. À ces silences.
Tchuke : Moi aussi. On a grandi, mais ce jour-là reste comme un souvenir qui ne s’efface pas.
Utë : Même si on mélange un peu les détails, on n’oublie pas l’essentiel.
Tchuke : L’essentiel, oui : la fin d’une guerre, et la mémoire de ceux qui l’ont vécue.
« Les Coquelicots de Mai » — par L. Méral
On raconte qu’au printemps 1945, alors que l’Europe respirait enfin après des années de guerre, un jeune soldat américain nommé James Whitmore arriva dans un petit village de Normandie. Il n’avait que vingt ans, un sourire timide et un français approximatif appris entre deux patrouilles.
C’est là qu’il rencontra Élise, une jeune femme du village qui aidait à remettre en état la petite école détruite par les bombardements. Elle riait souvent, même quand la poussière lui piquait les yeux. James disait que son rire sonnait comme « la fin de toutes les guerres ».
Ils se voyaient chaque jour. Lui apportait du chocolat de sa ration, elle lui apprenait à dire bonjour sans accent. Ils marchaient dans les champs où les coquelicots commençaient à repousser, comme si la terre elle-même voulait oublier.
Le 8 mai, quand la capitulation fut annoncée, le village entier se mit à danser. James prit Élise par la main et lui dit qu’après la guerre, il reviendrait. Qu’il voulait construire quelque chose de vrai, loin des uniformes et des sirènes.
Mais le lendemain, son unité reçut l’ordre de repartir. Il la serra une dernière fois, lui glissa une lettre dans la main et monta dans le camion. Élise courut derrière jusqu’à ce que la poussière l’engloutisse.
La lettre disait simplement : « Je reviendrai avant l’hiver. Attends-moi. »
L’hiver passa. Puis un autre. James ne revint jamais. On apprit plus tard qu’il n’avait pas survécu au voyage de retour, victime d’un accident dont personne ne parla vraiment.
Chaque 8 mai, Élise déposait un coquelicot au bord du chemin où elle l’avait vu partir. Elle disait que certaines victoires coûtent plus cher que les guerres elles-mêmes. Déniché du Net. H.L








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