Bozusë, la pensée va à Jean-Emmanuel F. pour le rassurer que Nuelasin est lu par beaucoup de ponoziens/ennes. Quelqu’un dans son lectorat fera un coucou de ta part à pasteur Hmeleue et son épouse. Je pense à Romain. Pour répondre aussi à ton inquiétude pour les îliens de Tokanod, ils sont encore plus isolés que du temps de ton passage au pays. Plus de Ieneic et l’avion qui devait expressément desservir l’île est en panne.
Les loyaltiens en ce moment sont encore plus isolés. Reste le trait d’union Bético toutefois très tributaire des aléas météorologiques et des pannes techniques fréquentes. Il y a encore les bateaux de la CMI pour la desserte en marchandise. Bonne mère ! Un autre trafic maritime s’est aussi mis en place par la force des choses entre la Grande-Terre et les îles, mais aussi les îles loyauté entre elles. Mais là, je sais que les autorités des agents maritimes de la surveillance ne doivent pas dormir sur leurs deux oreilles.
Hier, nous sommes allés payer notre place pour Drehu. Le prix du billet, ça… c’est une autre histoire. Ce jour est aussi mémorable au sens que le prix du carburant atteint des proportions inouïes. Le gasoil est à 195,3 francs et l’essence à 174,6 francs. Ma fille qui va à Voh aujourd’hui pour la fête de l’igname à Tiéta a fait le plein hier. Une première au pays où le prix du gasoil dépasse celui de l’essence et de beaucoup. Je me plais d’espérer que ces prix qui fluctuent vont baisser dans les jours à venir. Dans certains pays du Pacifique, ils sont déjà à plus de 200 francs le litre. Je m’arrête.
Je ne vais pas vous ennuyer avec mon histoire de plaque d’immatriculation où une dame d’un garage de Ducos a voulu me faire payer 3000 francs parce que je lui ai demandé de bien la fixer. Elle s’était détachée. Peut-être que ce sont les effluves des hydrocarbures ou plutôt de leurs prix qui lui sont montées dans la tête. Je la comprends.
Pour accompagner le vieux Maselo, je vous propose un récit de vie, le mien quand je travaillais encore au collège de Tiéta. Bonne lecture à vous et à vendredi prochain. Sww
Dans la voiture de Maselo
Sydal : Tu te souviens de cette soirée étudiante, en deuxième année à Condillac… celle où ils ont passé un slow complètement ringard ?
Lanyf : Comment oublier Stand by me. C’est ce soir‑là que tu as failli faire fondre la salle entière avec ton air sérieux.
Sydal : Sérieux ? J’étais tétanisé. Je serrais ma cavalière comme si quelqu’un allait me l’enlever.
Lanyf : Oui, tu la tenais tellement fort qu’on aurait dit que tu essayais de sauver quelqu’un d’une chute.
Sydal : J’avais juste… envie qu’elle reste près de moi. C’était idiot, mais j’y croyais.
Lanyf : Idiote, non. Touchant, oui. Vous étiez collés comme deux aimants.
Sydal : Je me souviens que tout le monde s’est arrêté de parler. On aurait dit que la musique tournait autour de nous.
Lanyf : Et toi, tu regardais le plafond pour ne pas paniquer. Très romantique.
Sydal : J’essayais de respirer, surtout. J’avais l’impression que si je la regardais trop longtemps, j’allais dire quelque chose de stupide.
Lanyf : Tu aurais pu. Elle t’aurait pardonné. Elle t’aimait bien, tu sais.
Sydal : Je le sais maintenant. À l’époque, j’étais persuadé que j’allais tout gâcher.
Lanyf : Et pourtant, c’est le silence qui a tout gâché.
Sydal : Oui… Quand la musique s’est arrêtée, j’ai senti que c’était le moment de dire quelque chose. Et je n’ai rien dit.
Lanyf : Elle non plus. Vous étiez deux timides professionnels.
Sydal : On aurait pu sortir ensemble ce soir‑là. Tout était là. Tout.
Lanyf : Parfois, “presque” est plus fort que “oui”. Ça reste, ça pique un peu, mais ça fait sourire aussi.
Sydal : C’est vrai. Quand j’y repense, je me dis que c’était beau, même sans suite.
Lanyf : Et puis, si vous étiez sortis ensemble, tu ne serais peut‑être pas devenu celui que tu es aujourd’hui.
Sydal : Tu veux dire… un adulte qui danse encore les slows comme un meuble ?
Lanyf : Exactement. Une armoire sentimentale, mais un meuble quand même.
Sydal : Merci pour la poésie.
Lanyf : Toujours. Et puis, avoue : ça te fait du bien d’en reparler.
Sydal : Oui. Parce que même si ça n’a rien donné… c’était un beau moment.
Souvenir de Tiéta
Après un cyclone qui avait duré toute une nuit et toute une journée, je suis allé voir mon champ dès que le calme est revenu. Il ne restait plus rien. Les bananiers étaient couchés, pliés en deux. Tout était dévasté.
Je me suis assis sur une souche, le regard tourné vers la rivière encore sombre à cause de l’inondation. J’étais abattu. C’est alors que j’ai entendu une voix derrière moi. Je me suis retourné et j’ai vu un ancien de la tribu sur la route. Il était debout, à côté de sa bicyclette, comme s’il m’observait depuis un moment.
Il m’a dit : « Wawes, c’est comme ça dans la vie et dans le travail de la terre. Il y a des choses qu’on peut maîtriser, mais d’autres, comme le cyclone, nous échappent. On ne maîtrise pas tout, surtout ce qui vient de là-haut et de l’invisible. Mais il ne faut pas se décourager. Coupe tes bananiers, ils repousseront. Replante, nettoie le champ. Les ignames vont revenir, elles donneront encore de beaux tubercules. Tu en seras heureux. Mais surtout, ne te décourage pas. Il faut toujours aller de l’avant. »
Il m’a parlé longuement, puis il est remonté sur sa bicyclette et il est parti. Ses paroles sont restées gravées en moi.
Un autre moment m’a aussi profondément marqué. C’était pendant la récolte des ignames. Lorsque je les déterrais, je ne trouvais que de petits tubercules. Il n’y avait pas de grosses ignames comme je l’espérais. J’étais déçu, découragé, même en colère. J’ai pris ma récolte et je l’ai jetée contre le tronc d’un pamplemoussier pour les briser. J’étais prêt à tout abandonner.
Le lendemain, à l’école, j’en ai parlé à notre vieille cuisinière. Tchaeon. Elle m’a aussitôt repris en me disant : « Wawes, la vie est comme ça. C’est comme les enfants : tu leur donnes une éducation, mais ensuite, ce n’est plus toi qui décides de leur chemin. Cela dépend d’eux, de leurs parents, de ce qu’ils deviennent. S’ils changent, tant mieux. Sinon, tu ne peux pas les suivre toute leur vie. C’est pareil avec l’igname : ton travail, c’est de planter. Le reste, c’est l’igname qui le fait toute seule. »
Ces paroles m’ont fait réfléchir profondément.
Ces deux exemples, parmi d’autres, m’ont aidé à tenir dans mon travail à l’école. Quand je ne vais pas bien, je repense à la vieille Tchaeon et à cet ancien de la tribu avec sa bicyclette. Ce sont des images fortes que je garderai avec moi, là-bas, chez moi, à Hunöj. Sww








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