Bozusë,
Dans le journal, j’ai publié l’article de Kadrilé une sœur dans la lutte pour le maintien d’Air Calédonie à Magenta. Je l’ai fait parce qu’elle m’a envoyé son bouquet de pensées mais je ne suis pas sans savoir qu’il faut sauver l’outil Air Calédonie. C’est un bien qui appartient à tout le pays. Quand nous ouvrons les médias, notre compagnie aérienne revient toujours dans les gros titres de l’actualité. C’est que sa situation est très critique. Grave. Et autour, c’est la chasse aux sorcières où tout le monde veut chercher la tête à mettre sous la lunette. Il y a un proverbe qui dit que quand une personne reçoit une flèche empoisonnée, ne cherche pas d’où vient la flèche, cherche plutôt à sauver le blessé. Pour l’heure les parties cherchent la provenance de la flèche. Pendant ce temps, le malade meurt. Il ne reste plus que quelques semaines et après entonnons le requiem pour accompagner la compagnie. Notre bébé. Henri Martinet et Paul Klein se retourneraient dans leur tombe. Misère !
Question : Peut-on se remettre autour d’une table (pas de plusieurs tables) et renégocier. Lâcher du mou de part et d’autre. Faire des concessions. Il y a une parole chez nous les drehu: « Ikepe hnaqaja. » qu’on peut traduire par: « Accepter la parole de l’autre. » (Même si on n’est pas d’accord) La solution sortira comme d’elle-même. Et des ventres du pays. Tout le monde est concerné par le problème d’Air Calédonie. Tous aiment dire que ce pays est une terre de paroles. C’est le moment d’élever cette parole. La parole qui transcende et qui unit.
Dans la petite voiture de Maselo
Dialogue : Malia & Thupalua, soir de 2ᵉ tour des municipales
Malia : Tu as vu les résultats provisoires ? On dirait que ça va encore se jouer serré.
Thupalua : Oui… et ça me stresse. On dirait que tout le monde parle d’indépendance comme si c’était simple.
Malia : Pour moi, c’est une question de dignité. On doit pouvoir décider nous‑mêmes.
Thupalua : Je comprends ton sentiment, mais j’ai peur qu’on ne soit pas prêts économiquement.
Malia : Tu dis toujours ça. Pourtant, on ne peut pas rester éternellement dans l’attente. En plus, c’est une élection municipale. C’est pour notre mairie.
Thupalua : Mais toi, tu oublies. J’ai une famille à protéger, un travail à garder avec l’ancienne équipe.
Malia : Je n’oublie rien. Je veux juste qu’on avance, qu’on arrête de dépendre des autres. Des minables.
Thupalua : Et moi je veux qu’on reste stable, qu’on ne saute pas dans le vide.
Malia : Tu vois ça comme un saut dans le vide, moi comme une marche en avant. Toujours en avant sans s’arrêter.
Thupalua : Peut‑être… mais cette marche peut être glissante.
Malia : Tu as toujours eu peur.
Thupalua : Et toi, tu fonces parfois trop vite. Dans les deux V. Vide et vent.
Malia : Mais tu sais, on dirait qu’on vote dans deux pays différents.
Thupalua : Non. On vit dans le même pays, mais on n’a pas la même histoire.
Malia : C’est vrai… et c’est pour ça que je voudrais qu’on en parle sans se blesser.
Thupalua : Je ne veux pas te blesser. Je veux juste qu’on reste ensemble, quoi qu’il arrive.
Malia : Alors promets‑moi qu’on ne laissera pas la politique nous séparer.
Thupalua : Promis. On peut en parler, mais on reste un couple avant tout.
Malia : D’accord. Et ce soir, on respire, on regarde les résultats, et on reste soudé.
Thupalua : Oui. Les élections passent, mais nous, on reste.
Malia : Oui. On reste.
Souvenir d’enfance – Le lendemain de Noël
Après Noël, c’est-à-dire le lendemain, les choses se passaient toujours de la même manière.
Les parents préparaient à manger pour les enfants — leurs enfants, c’est-à-dire ceux qui étaient en âge de l’adolescence, mais aussi la génération au-dessus, ceux qui n’étaient pas encore mariés. Tous se retrouvaient à Eika pour partager le bougna.
Tôt le matin, les plus petits allaient aider les grands garçons à cuire une bête pour le repas de midi. Pendant ce temps, les parents déterraient les bougnas pour les amener à Eika. Chacun venait avec sa part au presbytère et se réservait les points d’ombre des arbres de la cour.
Au moment de la mise en commun, chacun sortait de son ombre pour aligner tous les bougnas. Les grands garçons arrivaient ensuite et déposaient sur chaque bougna un morceau de viande, le plus souvent du cochon. Dans chaque bougna, il y avait déjà de la volaille, parfois un gibier — un collier blanc — que le père avait chassé et préparé la veille.
À côté de l’alignement des bougnas, un arbre était dressé. On y attachait, à plusieurs mètres de hauteur, des robes, des tissus venus de Paris, des bonbons, des paquets de gâteaux, et d’autres présents encore.
Des discours étaient prononcés. Les garçons prenaient la parole devant les filles, et les parents leur répondaient à leur tour, selon le rituel. Après les prises de parole de chacun, le repas commençait : chacun allait vers le bougna qu’il désirait.
C’était comme ça, autrefois. Aujourd’hui, avec la nourriture moderne venue d’ailleurs, les choses ont changé. L’organisation aussi. On ne mange plus au presbytère mais à la maison commune. Le temps de paroles n’a pas évolué et c’est cela qui compte pour l’éducation de la jeunesse. L’essentiel.








Laisser un commentaire