Nuelasin n°224 – 21 novembre 2025

Un matin, en revenant du village, où je suis allé chercher du pain pour l’internat, j’ai vu Grégory marcher dans la brume.

Il allait au collège. Je me suis arrêté, il est monté dans la voiture. On s’est salués.

Je lui ai demandé où était son frère. Il m’a répondu qu’il était parti avant lui : « Sûrement dans la voiture devant. » me répondit-il.

Je lui ai alors demandé s’il marchait souvent de chez lui jusqu’au collège, parce que la route est longue, quand même.

Il a souri et m’a répondu :

— Oui, monsieur, mais nous, on est habitués.

Grégory et son frère ont perdu leur maman depuis déjà un bon moment.

Ils vivent avec leur père, qui les conduit parfois quand il pleut, avant d’aller au travail.

Un jour, en passant leur petit marché au bas de la maison, je l’ai vu.

J’ai ralenti :

— Alors, qu’est-ce que tu vends aujourd’hui ?

Il m’a exhibé ses bananes.

J’en ai acheté, puis je suis reparti. Mais je pensais à lui.

Je pensais à son père.

Et j’ai aussi eu une pensée pour sa maman, partie trop tôt.

Une maman qui, autrefois, nous aidait dans nos activités au collège.

La vie, c’est aussi cela : des départs, des forces à trouver, des raisons à comprendre.

Oui, il faut tenir bon ; chacun a sa raison d’être, sa propre lumière.

Ma mère me le disait toujours : « Le jour où tu comprendras le sens de la vie, tu l’aimeras. » Depuis, je médite. Chaque situation est une occasion donnée pour se remettre en question. La vie nous est offerte. Elle est belle. C’est à chacun de mettre un contenu pour qu’elle nous soit toujours du bon côté. Kölö la mel. Wws

Pour accompagner le vieux Maselo, je propose quelques proverbes sénégalais en faisant revenir notre vécu estudiantin avec un étudiant du Sénégal quand on était à Grenoble. Dans la cuisine de chez Tosh dans la cité universitaire, Abdoulaye préparait le mafé que nous partagions après, avec des histoires de chez lui. Bonne lecture… 

Dans la petite voiture de Maselo sur la route de Koné à Voh, vers Oundjo

M. Maselo : Franchement, Tein, cette interdiction d’alcool pendant une semaine, c’est pas plus mal. Ça calme un peu les esprits.

Tein : Calmer les esprits ? Tu crois vraiment qu’interdire, c’est soigner ? Chez nous, on ne guérit pas une blessure en mettant un couvercle dessus.

M. Maselo : Peut-être, mais regarde les dégâts que ça fait. Les bagarres, les accidents, les familles qui pleurent. Une pause, ça fait du bien à tout le monde.

Tein : Une pause, oui. Mais après ? On rouvre les magasins et ça recommence. C’est pas une solution, c’est un pansement sur une plaie ouverte.

M. Maselo : C’est déjà ça. Et puis, ça donne le temps aux gens de souffler, de réfléchir.

Tein : Réfléchir à quoi ? À comment se procurer de l’alcool autrement ? Tu sais bien que chez nous, quand on interdit, ça passe par les chemins de traverse. Et là, c’est pire.

M. Maselo : Tu veux qu’on laisse faire ? Qu’on regarde les jeunes se détruire ? Moi, j’en ai marre de les ramasser à moitié morts sur le bord de la route.

Tein : Moi aussi, je suis fatigué. Mais l’interdiction, c’est pas la coutume. Chez nous, on parle, on accompagne, on responsabilise. Pas on interdit comme ça, d’un coup.

M. Maselo : Et quand on parle, ils écoutent ? Tu crois que ça suffit ?

Tein : Pas toujours. Mais c’est notre chemin. Si on coupe le dialogue, on perd tout. Même la dignité.

M. Maselo : Peut-être… mais entre la dignité et la sécurité, je choisis la vie.

Tein (soupire) : Et moi, je dis qu’on peut avoir les deux. Mais faut qu’on arrête de décider sans nous. L’interdiction, elle vient d’en haut. Pas du cœur du pays.

M. Maselo : Là-dessus, je te rejoins. Faudrait que ce soit les vieux, les clans, les familles qui prennent la parole. Pas juste les arrêtés.

Tein : Voilà. Parce que l’alcool, c’est pas que le problème. C’est le symptôme. Et les racines, elles sont profondes.

Proverbes sénégalais 

La prévoyance est un talisman.

Le goutte-à-goutte devient jet d’eau.

La patience ne connaît pas le temps.

Personne ne raconte tout ce qu’il sait.

Est vraiment pauvre qui n’a personne.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Association Présence Kanak - Maxha

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture