A l’annonce de la Nature
7h10 – Le chemin du collège
Je monte au collège en empruntant mon sentier habituel. En ce moment, j’entends le rire d’un collier blanc. Je ne sais pas sur quel arbre il est, mais je l’imagine sur une branche, en train de se réchauffer au soleil.
Tout à l’heure, en me chaussant, j’ai entendu un bruit sec contre la vitre de la fenêtre. Ma fille est sortie pour voir et a découvert, au milieu des épines du Christ dans le jardin, une tourterelle blessée, étalée ventre tourné vers le ciel. Elle m’a dit qu’elle respirait encore… mais quand elle l’a prise dans ses mains, l’oiseau était déjà mort. Elle me l’a tendu.
Cela m’a rappelé mon enfance, quand on posait des pièges à oiseaux sous les mandariniers à Hnadro. C’était une compétition : celui qui attrapait le plus d’oiseaux gagnait. Gagner quoi ? Rien du tout. Juste le fait qu’à la tribu les gens disent que nous avons attrapé beaucoup de tourterelles. La dernière fois qu’un oiseau s’était cogné contre la baie vitrée de la maison, c’était aussi une tourterelle. Quelques jours plus tard – ou peut-être le même jour –, mon autre fille, celle qui habite à La Conception, nous a appelés pour annoncer la mort de Ludo, un enfant difficile que nous avions gardé à la maison. Elisa et moi faisions partie d’une famille d’accueil.
J’écris cet incident de la tourterelle parce qu’au fond, je le sens comme d’un mauvais présage. J’ai l’impression qu’une triste nouvelle va nous arriver dans la journée.
H.L
Avec le recul après cette histoire de tourterelle, un coup de fil nous était parvenu dans la journée pour annoncer qu’une dame de notre famille des îlots du nord, était partie. Elisa était allée après pour présenter notre coutume et nous représenter au deuil en assistant du même coup à l’enterrement.
Pour accompagner le vieux Maselo, je vous dédie la poésie de Victor Hugo, Demain dès l’aube un souvenir de lycéen. Quand je l’ai tiré au sort pour le bac français, et que j’ai commencé à le présenter disant que le poète l’a écrit en mémoire de Léopoldine, sa fille morte noyée dans la Seine à Villequier (en Normandie 04 septembre 1843), l’examinateur a repris au vol en un clin d’œil : « Léopoldine qui est justement le féminin de votre prénom… » Une perche tendue qui m’a permis de respirer un peu. Je l’ai saisie et j’ai poursuivi sur la lancée…
Bienvenue aux nouvelles lectrices, bonne lecture, bonnes vacances et on se revoit à la rentrée dans quinze jours. Vacances obligent. Wws
Dans la petite voiture de Maselo
À bord du taxi de M. Maselo, les mamans Utë et Tchuké continuent leur débat animé après le conseil des classes de leurs enfants au collège de Tiéta.
Utë : Franchement, Tchuké, tu es trop stricte ! Les téléphones sont partout aujourd’hui, on ne peut pas empêcher les enfants d’en avoir.
Tchuké : Ce n’est pas une question d’empêcher, c’est une question de cadre. À l’école, ils sont censés apprendre, pas passer leur temps sur des écrans !
Utë : Mais ils peuvent apprendre avec ! Il y a des applications éducatives, des outils qui les aident à mieux comprendre certains sujets.
Tchuké : Et les distractions alors ? Combien d’enfants passent leur temps à jouer ou à regarder des vidéos au lieu d’écouter le professeur ?
Utë : C’est aux parents d’encadrer ça, pas à l’école de tout interdire.
Tchuké : Les règles sont là pour protéger la concentration des élèves. Et puis, tu as vu ce conseil de classe ? Combien d’incidents à cause du téléphone !
Utë : D’accord, il y a des abus. Mais une interdiction totale, c’est trop radical ! Il faut trouver un équilibre.
M. Maselo : Mesdames, mesdames… Respirez un peu. Vous avez toutes les deux des points de vue valables.
Utë : Tu vois, Maselo est d’accord avec moi !
Tchuké : Il n’a pas dit ça !
M. Maselo : Ce que je veux dire, c’est qu’il faudrait une solution qui prend en compte les avantages sans nuire à l’apprentissage.
Utë : Comme quoi ?
M. Maselo : Peut-être un usage limité, comme autoriser seulement pour les cours où c’est utile ? Ou une heure désignée dans la journée ?
Tchuké : Hm… Ça se discute. Je préfère ça à la liberté totale.
Utë : Bon… Peut-être que ça vaut la peine d’en parler aux autres parents.
M. Maselo : Voilà, c’est mieux que de se chamailler. Trouver des solutions ensemble, c’est toujours plus efficace.
Le taxi file sur la route, les esprits se calment. Une discussion animée, mais qui mène doucement vers une réflexion constructive.
Demain, dès l’aube
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo, extrait du recueil « Les Contemplations » (1856)












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