Nuelasin 185 – 30 août 2024

Bozusë. C’était peu avant les années 2000 que j’ai rédigé le texte ci-dessous. Un récit de vie d’un vieux de Tiéta. Je suis allé chez sa fille, ma collègue à l’époque, un soir après mes cours. Nous étions alors sous la véranda. En partageant le thé de 16h00, nous échangions. Non, il répondait à mes questions. En 2024, ce vendredi; le vieux n’est plus depuis plusieurs années et sa fille, ma collègue d’antan, est à la retraite. Dans le récit, j’ai modifié les noms de mes personnages. Mais mes lectrices et lecteurs de Tiéta (et de la région de Voh) les reconnaîtront, ici tout le monde se connaît.

L’autre texte est un chant du groupe Bethela. Je le propose en souvenir de ce soir de mercredi parce qu’en allant cueillir des pomélos chez le beau-frère à Oundjo, il jouait justement le morceau “Sine foto”. Petit rappel : Hnala est aussi le musicien du groupe Bethela. Avec le même groupe, il sillonnait le pays quand ils étaient invités pour principalement de la musique folk. Bonne lecture à vous de la vallée. Wws

Mercredi après-midi, je revenais de Koumac après avoir déposé mes petits-fils et leur mère. En arrivant à Voh, j’ai décidé de continuer mon trajet pour profiter de la route entre Voh et Oundjo. Sans aucun barrage en vue, la voie était libre, offrant une sensation de grande liberté, comme sur une autoroute anglo-saxonne. J’ai donc décidé de prolonger le plaisir en me rendant chez mon beau-frère à Oundjo.

En arrivant chez Hnala vers le soir, j’avais envie de cueillir des pomélos, des fruits que j’apprécie particulièrement car l’arbre en donnait beaucoup en cette saison. Élisa m’a accompagné sous l’arbre, et bientôt, la grande sœur nous a rejoints. Nous avons cueilli encore et encore, les fruits tombant et jonchant le sol. J’ai alors dit à Élisa d’arrêter de cueillir et de laisser la grande sœur s’en charger avec sa perche, car elle était plus à même de choisir les fruits mûrs et sucrés.

Sur le chemin du retour, Élisa m’a demandé pourquoi je ne voulais pas la laisser cueillir. Elle pensait à nos croyances et tabous culturels, qui interdisent la cueillette de ce fruit à certaines heures de la journée ou de la soirée. La logique était simple : à la tombée de la nuit, il devient difficile de distinguer la partie rouge du fruit, signe qu’il est bon à consommer. Ainsi, nous pouvions récolter les meilleurs fruits, bien mûrs et sucrés.

Je me contentais d’assister les deux femmes. Alice cueillait avec sa perche tandis qu’Élisa ramassait les fruits en discutant. Moi, je les écoutais, souffrant un peu de leurs bavardages incessants. Leurs conversations emplissaient l’atmosphère, sous la voûte sombre du feuillage de l’arbre à pomélos, et se prolongeaient jusqu’aux étoiles.

Samedi dernier, notre association Lössi dynamique nord a organisé une sortie. Sewe préfère le terme “juridiquement dynamique” à “association”, qui relève de l’administrativement légal. Nos responsables ont choisi de nous emmener à Goyeta, un lieu situé entre Pouembout et Poya. Pour y accéder, il faut prendre la direction opposée au plateau de Tia et suivre une piste de plusieurs kilomètres, pas en très bon état, mais le détour en vaut la peine. On arrive alors face à l’îlot Koniene, avec une plage bordée d’une mangrove giboyeuse.

Les enfants se sont baignés dans une eau à la température agréable pour la saison. Quelques mamans, qui surveillaient les enfants, se promenaient le long de la plage pour ramasser des crabes et des coquillages. Personne n’est allé pêcher, bien que l’endroit s’y prêtait, car la plupart d’entre nous viennent du plateau. Nous nous sommes plutôt concentrés sur la cuisine : les mamans préparaient les tubercules, tandis que les hommes cuisaient le poisson et grillaient la viande que nous avions marinée la veille chez Wales et Isoko.

Nous avons mangé en début d’après-midi, un repas très copieux. Ensuite, à la demande des responsables, j’ai fait une intervention sur l’historique de notre district à l’arrivée de l’évangile en 1842. Plusieurs personnes ont également pris la parole, rendant le débat intéressant. Cependant, le responsable nous a interrompus pour nous inviter à jouer à la pétanque.

Avant 17h, nous avons nettoyé le site et partagé les restes du repas avant de reprendre la route. Nous avons pris rendez-vous pour une prochaine sortie, mais ça, c’est une autre histoire.

Dans la petite voiture de Maselo

–       Bonjour madame, comment allez-vous aujourd’hui ? Vous savez, cette crise en Nouvelle-Calédonie nous touche tous durement.

–       Bonjour. M. Maselo. Oh, je suis épuisée. La vie devient de plus en plus difficile ici. Les prix augmentent, les emplois se font rares, et mes enfants ont besoin de tout.

–       Je comprends, madame. En tant que taximan, je vois les conséquences de la crise chaque jour. Les touristes sont moins nombreux, et les gens ont du mal à payer leurs trajets.

–       Et moi, je ne trouve pas de travail. Mon mari a perdu son emploi à l’usine, et maintenant nous luttons pour joindre les deux bouts. Les factures s’accumulent, et je ne sais plus quoi faire.

–       C’est vrai, la situation est préoccupante. Mais nous devons rester solidaires. Peut-être que le gouvernement trouvera des solutions pour relancer l’économie et créer des emplois.

–       J’espère vraiment. Mes enfants méritent un avenir meilleur. Mais en attendant, comment allons-nous faire pour survivre ?

–       Nous devons nous entraider. Peut-être que nous pourrions organiser une collecte de nourriture ou de vêtements pour les plus démunis. Et puis, gardons espoir. Les temps difficiles ne durent pas toujours.

–       Vous avez raison, Maselo. Merci pour vos mots réconfortants. Ensemble, nous trouverons un moyen de traverser cette crise.

–       Exactement. Restons forts et unis. Nous sommes tous dans le même bateau, après tout.

Ieremia de Tiéta.

Au sortir de Donéva, il travailla sur les mines de la SLN. C’étaient les années après 1955. La vie était très dure. C’était encore la période où l’on remplissait les bennes des camions à la main. « Je me confrontais très vite au milieu adulte qui m’avait mûri. Je n’avais pas eu le temps de bien me rendre compte de la fin de mon adolescence. Le jeu, je ne l’avais jamais connu, je m’éloignais plutôt de mes collègues. La solitude. Nous n’avions pas les mêmes intentions. Normal. J’ai quitté ce métier parce qu’un oncle avait plus besoin de ce travail que moi. Il avait une famille à nourrir, moi, non.» Philippe Ieremia était jeune à l’époque mais il était déjà marqué du sceau de la solidarité kanak qui marche sur nous tous. « Les autres se servent avant. » Et soi-même ? On verra après…

« Vous avez grandi, vous avez atteint l’âge adulte. La barbe a poussé, la voix est devenue plus grave. Vous avez compris que je voulais aborder la partie de votre vie de jeunesse et notamment sexuelle.» Le Vieux subodorait la question. Cela tombait à point parce qu’il s’y était déjà préparé. La réponse tombait aussi en couperet. « J’avais connu une première femme que j’ai vite fait de quitter parce qu’elle ne correspondait pas à mes attentes. J’avais eu un enfant d’elle mais il n’avait pas survécu. Je me suis remis avec une autre qu’est la maman de mes enfants. Elle est de Témala.» « Vous n’êtes donc pas un coureur de jupons. Est-ce par manque de confiance en vous-même que vous n’abordiez pas d’autres jeunes filles de votre âge ? » La question était très délicate. Nora voulait titiller le Vieux sur plusieurs points de la question. Le Sexe, « iosi » en Drehu, le gros mot, le tabou qu’on ne livre pas facilement mais qui tapit l’imaginaire des hommes. Ce n’est pas le sujet qui le préoccupe. La femme, il ne la voyait pas de l’angle du point de vue sexuel. « Lorsque je fus à l’âge de procréer, j’ai tout de suite chercher à me caser. Ma première expérience est un échec. Je ne regrette pas. C’était nécessaire. Tu sais la vie, elle n’a pas d’équivalence, il faut la donner et surtout l’aimer.» … 

H.L

Sine fotong

Ma photo

Lolai fotong thei hmunë lo hniminang

Ma photo avec toi

Thupëne hnyawakö ke nyine souvenir

Garde-la soigneusement en guise de souvenir 

Ngöne itre drai ne cemeleso

De notre vie à deux

Lolai ëjeng sija ngönei manoi hmunë

Pour ce qui est de mon nom tatoué sur ton sein

The köletrijekö ke sipu enipe ngöne itre drai

Ne l’efface pas, il est le lien

Ne iananyi

Pendant les jours de notre éloignement. 

Timi hna kuj

Un trou d’eau creusé à même le sol  

I husapa ka weliwel 

Une réserve d’eau asséchée 

Pitronia gejigejë 

J’ai envie de me baigner/diluer/fondre

Pitronia ne trotrotë

J’ai aussi envie de m’allonger

Hunei mano itre trenyiwa

Sur la poitrine d’une femme qui n’est pas du pays. 

Lolai fotong thei hmunë lo hniminang

Thupëne hnyawakö ke nyine souvenir

Ngöne itre drai ne cemeleso

Lolai ëjeng sija ngönei manoi hmunë

The köletrijekö ke sipu enipe ngöne itre drai

Ne iananyi

Timi hna kuj

I husapa ka weliwel 

Pitronia gejigejë 

Pitronia ne trotrotë

Hunei mano itre trenyiwa

Bethela 

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