Bozusë. Je repense à la calédonienne qui vendait des plats de bananes et de salade de cerf. Elle m’a chaviré la tête comme chante Edou. « Bonjour Mme. Est-ce que vous acceptez les tickets repas comme voici. » « Bien sûr monsieur. »
– Bien ! Une assiette s’il vous plait.
– Je sers le monsieur et je suis à vous.
– Kölöini madame !
– J’accepte tout M. mais, je ne suis pas à prendre, parce que déjà prise.
– Purée ! Mais j’ai pas de chance avec vous…
– Non M. je regrette.
– Vraiment ?
– Oui, M.
– J’aurai dû venir plutôt ? N’est-ce pas ?
– Oui, M.
– Tretre Wahmija !…
Et moi, pantelant, suspendu au joli visage de la dame qui me servait, ne sentais même pas l’eau de pluie de la toiture du chapiteau dégouliner sur mon gilet. Tant pis je me contenterais de la salade de cerf/riz trempé dans du lait de coco et des rondelles de banane. C’était après ma lecture au centre Jean-Marie Tjibaou dimanche matin. Il pleuvait. Je cherchai vite un refuge où m’abriter pour manger mais surtout pour penser à l’inconnue qui auraient pu rendre jalouses mes sœurs ; Mmes Elsa, Ida et Mme Biola, ma compagnie avant midi. Ehaéèéè !
Pour accompagner Nuelasin et le vieux Maselo, je joins le lien d’une émission radio de Mme Fany Torre et son texte. Bonne lecture à vous. Wawesie
Dans la petite voiture de Maselo
– A quelle heure c’est le prochain départ pour Nouméa M. Maselo ?
– Ah ! Nous sommes le 24, aujourd’hui c’est jour férié. Euh… forcément c’est le régime du week-end. Euh… Mme …
– Mme Joliment sans le [e] M. Maselo.
– Vous avez le prénom du monsieur qui avait apporté le premier litchi en N.C en provenance de la Réunion. C’était en 1868.
– Vous avez raison M. Maselo. J’ai vu celui de Waraï, c’est vers la route pour aller à l’aérodrome. Il parait qu’il y avait un autre à Ménéko, mais ça ?
– Il est déjà 11H25 Mme Joliment. Pour Nouméa c’est dans 5mn. Je vais vous descendre à la guérite de la mairie. Le bus Raï est très ponctuel. Ça ne joue pas. Je vous jure. Quelques minutes de plus et on le rate…
– Bein descendez-moi. Et j’espère que cette année nous allons avoir beaucoup de litchi. L’année dernière, il n’y avait pas eu de fête de litchi à Houaïlou. Vous vous souvenez?
– Mais cette année, ça promet. Il a fait très froid. De fortes amplitudes. Le petit fruit rouge a besoin de ce fort changement thermique. Je vous jure.
– Ça y est M. Maselo. Nous y sommes. Voila le bus qui arrive… merci pour la petite discussion.
– Merci bien à vous et à une prochaine fois chez nous autres.
Coucou Wws
Coucou Wws (un bon mot au scrabble, ça !!), je n’ai pas le podcast, La 1ère ne me le donne pas, juste un lien vers l’émission : https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/programme-audio/feuillets-doceanie-4e46c90c-eda7-44e1-a41e-99e06067372c/
Et voici le texte original :
Pas forcément besoin de parler de « livres » pour parler d’expression littéraire. Pas forcément besoin de parler de « Quand la coutume bombarde », « De séduction en séduction » ou des « Fleurs de Potr » pour parler des créations de l’écrivain Wawes Léopold Hnacipan.
Car cet artiste, né à Lifou dans les années 60, développe depuis 2020 une manière unique d’écrire l’oralité de la culture Kanak, et de transmettre sa pensée, après l’avoir auréolée de la beauté de ses mots, et de sa capacité à capter et partager des moments de vie, qui contiennent tous un petit bout d’éternité.
En effet, toutes les semaines, depuis plus de 150 semaines, Wawes Léopold Hnacipan écrit « Nuelasin », une page de journal qu’il partage sur les réseaux sociaux des associations Présence Kanak et des Écrivains de Nouvelle-Calédonie, et qu’il envoie, sous forme de newsletter, à plusieurs centaines d’abonnés.
À l’origine, Wawes Léopold Hnacipan a commencé à écrire sa « feuille de chou Kanak », son « pahatr », à l’intention des habitants de sa tribu natale. Il souhaitait seulement partager avec eux les résultats de ses enquêtes sur leur Histoire commune. Et puis, un jour, l’enseignant et administrateur Albert Sio a lu ses lignes et a suggéré à son auteur d’en faire profiter tout le monde.
Merci, monsieur Sio pour ce précieux conseil qui permet maintenant à tous de pouvoir suivre, hebdomadairement, la friandise littéraire qu’est devenue « Nuelasin ». Une lettre composée de plusieurs courts textes qui évoquent le quotidien et les rêveries de celui qui est devenu un professeur de français au collège de Tiéta, à Voh. Des petites « gorgées de bière » littéraires et sans alcool, enrichies d’un émouvant courrier des lecteurs et de cases de bandes dessinées humoristiques.
Navigant avec brio entre profondeur et légèreté, « Nuelasin » raconte les aventures d’un établissement scolaire de brousse, des moments de vie tribale, des alertes sur la condition des femmes, des réflexions politiques, des plaisanteries, et des instants de temps suspendus, parfois contemplatifs et toujours poétiques.
« Nuelasin » est une fenêtre, un hublot percé sur les parois du navire calédonien, qui nous permet de regarder dans ses cales, comme vers l’horizon, et de tâter, chaque semaine, le pouls du pays, ou du moins un des pouls du pays. Pas un « pou » qui gratte la tête, mais un « pouls », un cœur qui bat, qui vit pour écrire, à moins que ce ne soit qu’il écrive pour vivre… Mais qu’importe.
Pour recevoir « Nuelasin », il suffit d’en faire la demande à l’adresse hnacipanl@gmail.com. En recevant par email cette page, les lecteurs bénéficient également d’un courrier additionnel incluant une bulle de vie « bonus », des traductions de mots drehu et une scénette qui raconte une des courses de « Maselo Taxi Man » et ses truculentes discussions avec ses clients. Des mots qui sont tous des petits voyages…
Félicitation pour ta 150e !
Bon dimanche et bons bisous,
Fany
photo : ocef.nc












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