Mouvement Féminin pour un Souriant Village Mélanésien (MFSVM)

En 1971, Jean-Marie Tjibaou fonde avec Scholastique Pidjot un mouvement qui a pour volonté de réunir les femmes de Nouvelle-Calédonie en améliorant leurs conditions de vie. Le mouvement se veut aussi original car avant tout féminin. « Le fait qu’il existe un groupe de femmes, organisé, est un phénomène nouveau. (…) C’est le groupe qui décide, sans les hommes. Ça, c’est nouveau. C’est la conquête de la parole par les femmes » indiquait Jean-Marie Tjibaou dans Le Semeur Calédonien en avril 1973.

L’association va prendre de l’ampleur et se faire connaître notamment lors du festival Melanesia 2000 en 1975.

À l’origine du projet : les femmes du « souriant village mélanésien »

Les personnalités qui portent le projet sont issues du monde kanak, engagées dans le tissu associatif, familiarisées également avec le monde occidental, et déjà reconnues pour leur goût de l’initiative : Jean-Marie Tjibaou, qui était jusqu’alors animateur social au cefa (créé par Philippe Missotte) ; Scholastique Pidjot (née Togna, épouse de Rock Pidjot, député de la Nouvelle-Calédonie et président du parti de l’Union calédonienne) avait déjà organisé, de manière informelle, des réunions de femmes au sein de sa tribu.

Tous deux avaient ensuite rassemblé et mobilisé, après 1971, un groupe de femmes des tribus de La Conception et de Saint-Louis, « zones tampons » créées par les pères maristes aux abords de Nouméa, puis au-delà, dans d’autres régions.

Le Mouvement féminin vers un souriant village mélanésien proposait alors des actions à visée sanitaire et sociale, qui ciblaient la réhabilitation des lieux de vie communs et la « lutte contre les fléaux de plus en plus pesants tels que l’alcoolisme, la délinquance, le non-emploi ».

Jean-Marie Tjibaou avait été particulièrement sensible à cette initiative féminine et l’avait encouragée dès le départ. Lui-même, qui était devenu éducateur après avoir quitté l’Église, avait été le témoin des effets destructeurs de l’alcool sur les hommes. Les femmes s’inquiétaient du délitement des unités familiales et tribales, qui traduisait véritablement une forme de malaise et de remise en question de l’ordre social traditionnel ; elles s’efforçaient alors de recréer, au cœur des tribus, un tissu social et familial plus stable et cohérent, dans la droite ligne des actions portées par les structures catholique ou protestante en milieu mélanésien.

Fort des premiers succès de l’association, Jean-Marie Tjibaou explique avoir alors souhaité élargir l’action socio-culturelle à l’ensemble du territoire :

« On peut dater concrètement les débuts de la reconquête de la fierté, de la personnalité, au “Mouvement pour un souriant village mélanésien”, né dans la seconde moitié des années 1960, à l’instigation des femmes de la zone suburbaine de Nouméa, notamment Mme Pidjot […]. Retrouver le respect de soi, la conscience de son appartenance à un groupe, nous semblait devoir emprunter cette démarche qui peut paraître naïve. De là, nous allâmes plus loin, étendant notre action et proposant la seconde étape : de la fierté retrouvée à la culture retrouvée. C’est ainsi qu’est née l’idée de Mélanésia 2000, fortement appuyée par la Direction de la Jeunesse et des Sports d’alors. »

Pour Marie-Claude Wetta-Tjibaou, qui a participé activement au festival, rien n’aurait pu se faire sans les femmes :

« À l’époque de Mélanésia 2000, les femmes ont été les premières dans le coup. Elles nous ont entraînés. Aussi loin que je me souvienne, il n’y avait que des femmes dans nos réunions, après, il y eut quelques hommes. Quand cela a été plus structuré, il y a eu les chemins coutumiers à respecter […]. Il y a eu ces démarches mais les femmes étaient déjà structurées en association. Quand la parole est arrivée chez les coutumiers, nos femmes étaient prêtes. […] Alors, c’est toute la structure qui s’est mise en route. »

Il faut toutefois souligner que si l’impulsion provenait des femmes des tribus du Sud, menées par Scholastique Pidjot, c’est l’aire paicî, d’où est originaire le clan des Wetta, qui avait été mise à contribution pour fournir ce que Marie-Claude Tjibaou née Wetta nomme « l’assise coutumière » du jeu scénique Kanaké, dont Jean-Marie Tjibaou avait décidé d’en faire un archétype culturel.

L’association Un Souriant village mélanésien a fêté ses 50 ans en 2022.

Sources :
1975-2015 : retour sur Mélanésia 2000, symbole de la renaissance culturelle kanak
Caroline Graille

Nouvelle-Calédonie 1ère

Photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie

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