Guillaume Vama, l’agroforesterie pour mission de vie

Selon l’UNESCO, les savoirs autochtones locaux constituent l’un des plus grands ensembles de connaissances humaines sur la biodiversité et les écosystèmes. L’institution reconnaît également que les modes de connaissances sont aujourd’hui des éléments importants de la diversité culturelle mondiale et sont à la base d’un développement durable localement adapté.

Les systèmes de savoirs sont reconnus au sein de la société Kanak car ils permettent de protéger l’environnement, la biodiversité du Pays. Cette connaissance est intrinsèquement liée au rôle premier des clans. Ainsi tel clan aura en charge de protéger l’espace maritime qui lui a été alloué ; tel autre aura en charge de protéger la montagne. Cette prise en charge sera spatiale et spirituelle puisque les esprits des ancêtres seront là pour veiller à ce que le clan effectue son travail.

La colonisation de la Nouvelle-Calédonie aura profondément bouleversé cette organisation en déplaçant les tribus, les clans provoquant chez beaucoup une instabilité certaine, donnant durant de longues années un visage différent de la société Kanak alors totalement déstabilisée.

Il aura fallu 5 générations pour que la résilience puisse se mettre en route. Parce que s’il y a une « vertu » que la société Kanak a su développer c’est bien la résilience.

« La faculté qu’a l’homme de se creuser un trou, de sécréter une coquille, de dresser autour de soi une fragile barrière de défense, même dans des circonstances apparemment désespérées, est un phénomène stupéfiant qui demanderait à être étudié de près. Il s’agit là d’un précieux travail d’adaptation, en partie passif et inconscient, en partie actif » – Primo Lévi (Si c’est un homme).

Guillaume Vama est une des figures de la société Kanak qui a su faire de la résilience son moteur, grâce « au travail, aux sacrifices des vieux ».

Originaire de Kwenyii (Ile des Pins), il y a suivi sa scolarité jusqu’à la fin du primaire. Il entrera ensuite au collège de Magenta, « obligé » alors d’intégrer un établissement qui ne lui correspond pas : « L’ensemble du cursus de la scolarité ne me correspondait pas, depuis le début ! Arrivé au collège c’est l’environnement qui m’a en plus freiné. Nous n’étions qu’une quarantaine de Kanak ! »

Le jeune garçon décide alors de ne pas subir mais d’observer ce qu’il se passe autour de lui, d’observer le comportement des membres de sa famille, de ses camarades de collège, de ses enseignants, de la société nouméenne à l’instar de Diderot qui a écrit : « L’observation recueille les faits ; la réflexion les combine ; l’expérience vérifie le résultat. » Cette posture deviendra le fil conducteur de son destin.

De l’observation à l’expérience

Tel Santiago, le héros de l’Alchimiste de Paulo Coehlo, Guillaume se met en route. La découverte de l’Allégorie de la caverne de Platon qui évoque la connaissance, mais aussi la problématique de la transmission de cette connaissance provoquera une prise de conscience chez l’adolescent.

A partir de là, il fera son choix, son destin est tracé.

L’été de ses 15 ans, il rentre sur son île de Kwenyii comme tous les ans et décide de ne plus retourner sur les bancs de l’école, et cela malgré l’avis familial. Il sait ce qu’il veut, il sait où il va. Rien ne peut le détourner de ce qu’il a à faire.

Quand ses cousins, ses copains demandent d’aller en boîte de nuit à la capitale, lui demande à assister à des conférences, des rencontres. Parallèlement, il étudie auprès des siens les techniques agricoles ancestrales, s’imprègne des connaissances des anciens et s’inspire des tutos, vidéos qu’il découvre sur internet.

Les voyages forment la jeunesse

Le jeune homme passionné par le travail de la terre « nourricière » décide de partir l’année de ses 20 ans dans le cadre du Service Volontaire Européen afin de rencontrer et de découvrir d’autres techniques agricoles.

Première étape : la Hongrie où il est en charge de présenter la localisation et l’historique de la Nouvelle-Calédonie au sein de lycées, d’universités.

De ses visites au sein de grands groupes céréaliers et laitiers européens, il apprendra surtout « ce qu’il ne faut pas faire ». Ces expériences lui confirment définitivement que cette façon de concevoir l’alimentation, le travail de la terre n’est pas la sienne.

Il y découvrira la permaculture, sa « plus riche expérience » pendant son SVE.

C’est finalement en découvrant ses deux façons diamétralement opposées de travailler la terre qu’il choisira l’agrofesterie qu’il estime bien plus appropriée à son Pays.

De retour au Pays

Comme de nombreux jeunes Kanak, il rentre au Pays afin de partager ses connaissances, ses compétences.

Autodidacte, il comprend rapidement qu’il lui faut prouver sa légitimité à travailler dans le domaine de l’agriculture entre autre et choisit alors de passer un CAP en horticulture en alternance avec la Chambre d’Agriculture de Nouvelle-Calédonie.

Son diplôme en poche, Guillaume Vama engage un palabre coutumier de 8 mois sur l’île des Pins. Il présente et défend son projet : monter une exploitation agricole.

« La plupart des jeunes Kanak aiment travailler la terre. Je voulais créer une entreprise qui serve d’exemple, qui donne envie aux jeunes de s’investir ».

Quand l’agroforesterie mène au coaching

En 2017, le jeune homme décroche l’un des Trophées des Jeunes Agriculteurs lors de la Journée Néo-Calédonienne des Jeunes Agriculteurs (JNJA).

Il poursuit la mise en œuvre de son projet d’agroforesterie à la tribu de Ouaméo (Île des Pins) ce qui l’amènera à rencontrer de nombreux acteurs du secteur, faire des conférences, etc…

La crise Covid lui confirme qu’un de ses objectifs, rendre le Pays autonome alimentairement, devient urgent. Il faut donc former, donner envie, expliciter le sens.

Guillaume crée la société TRADTECH (diminutif de tradition et technologie) qui a pour objectifs d’allier tradition et modernité dans l’agriculture, valoriser l’intelligence collective pour un objectif commun. C’est au travers de l’agroforesterie qu’il décide de coupler aux connaissances ancestrales Kanak qu’il met en route ce nouveau projet : « Pour ce déploiement, ma collaboration avec Mickaël Sansoni, agroforestier à Dumbéa, y a beaucoup contribué et continue encore. »

Passionné, sans cesse dans l’action et certain de ce qu’il a à faire, accompagné d’un groupe de collègues engagés, il crée également l’association Agir NC, qui regroupe l’ensemble des initiatives entrepreneuriales en agroforesterie. L’association Yvea, mise en place avec des collègues coachs, dont il est à l’initiative et président, est destinée à accompagner la jeunesse calédonienne, dans laquelle il intervient en tant que consultant en relation d’aide

A l’instar d’autres personnes de sa génération, Guillaume Vama estime que le temps des palabres touche à sa fin et qu’il est temps de passer à l’action.

Les enseignements spirituels nous apprennent qu’il y a 5 ouvertures de conscience sur Terre :

  • les âmes primaires qui vivent leur première vie sur Terre, ne s’intéressent pas à la spiritualité, agissent sans réfléchir ;
  • les âmes jeunes ne sont pas du tout autonomes ni responsables, n’aiment pas travailler, attendent que d’autres s’occupent d’elles matériellement et financièrement ;
  • les âmes adultes ne s’intéressent qu’à l’argent, le paraître, le pouvoir, la réussite sociale et refusent la spiritualité ;
  • les âmes élevées sont dans la recherche d’enseignements spirituels, holistiques, sont tournées vers les autres et ont encore besoin d’être guidées ;
  • les vieilles âmes sont au service des autres et s’y engagent. Elles sont dès leur plus jeune âge tout à fait conscientes de ce qu’elles ont à réaliser. Elles sont définitivement spirituelles et ont pour particularité probante d’avoir de grandes connaissances innées.

En choisissant dès son entrée dans l’adolescence de se mettre au service de l’agriculture pour nourrir et former les siens, Guillaume Vama est sans doute aucun une vieille âme.

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