Guy Dijou et Joseph Wananije, destins croisés, destin commun

Dans cette tranche d’histoire racontée avec délicatesse par Valérie Ohlen, fondatrice de la page facebook Passionnément Calédoniens, 2 hommes que tout opposait, 2 hommes qui se sont croisés et au-delà des blessures de l’histoire ont créé un destin commun. Derrière la petite histoire, des pans de la grande histoire qu’il est grand temps de raconter. L’avenir de la Nouvelle-Calédonie : se rapprocher, se raconter en toute équité.

Tu n’aimais pas ce texte qui pour toi n’en disait pas assez. J’irais jurer sur ta tombe de ne rien oublier de tout ce que tu m’as racontée et d’aller les raconter à d’autres. Merci pour tout mon frère, te rencontrer m’a changé pour toujours. Je t’aime et tu me manques déjà.

Passionnément Calédonien a revu de vieilles connaissances, Guy Dijou et Joseph Wananije, deux anciens combattants des Evénements. Voici l’histoire de leur amitié.

Tous les deux faisaient parti de l’USOENC fonction publique sans se connaître. Joseph en tant que gardien de prison, Guy travaillait au service d’hygiène pour la mairie de Nouméa. Joseph était un nationaliste kanak militant de l’UC, Guy était un délégué syndical charismatique. Joseph est licencié en raison de son engagement politique en juin 85, alors que Guy nationaliste calédonien, est révolté par la détresse des siens, abandonnés de l’Etat français. Joseph participe à toutes les manifestations des indépendantistes, de 1976 à1985, Guy crée un groupe armé clandestin qui sera actif de 1984 à 1993.

Quand l’un participe à des barrages routiers à Lifou et se rend coupable de violences, l’autre se met à voler : des armes, des explosifs, des pièces d’identités, des coffres forts et tout ce qui est utile à la cause qu’il sert. Guy organise cinq attentats à l’explosif : deux contre le tribunal, un contre l’hôtel des impôts et deux contre l’office foncier. Joseph devient attaché de cabinet du Vice Président de la province des îles, Guy est incarcéré neuf mois en 1987 pour vol de matériel de transmission. Joseph participe au saccage de la société Aircalin en 1992, puis se révolte contre les dérives de l’idéal auquel il croit. Le 19 mars 1993, le jour de la Saint joseph, il se retourne contre le leader du moment, en plaçant une bombe sous sa voiture devant son domicile de Magenta. Il est incarcéré le 17 avril 1993. Un an après, le 10 février 1994, Guy arrive au Camp Est. Il s’est fait arrêté à la frontière luxembourgeoise avec JU. Ils allaient acheter des armes en Allemagne, ils avaient plusieurs vraies fausses pièces d’identité sur eux et un bon au porteur de 29 millions. Pour un douanier qui pensait faire son travail, le groupe armé clandestin des loyalistes est démantelé, près de six ans après les accords de Matignon.

Joseph et Guy se rencontrent durant leur emprisonnement, ils ont tous les deux perdu la vie qu’ils aimaient. Il ne reste que deux hommes, au fond d’un bloc d’isolement du Camp-Est. Dans cette solitude que seul cet autre qu’il devrait haïr peut apaiser, ils se parlent et se pardonnent. Ils se racontent les trahisons, les corruptions, les manipulations dont ils ont été témoins durant leur engagement. A travers de lourdes portes blindées, ils partagent toutes leurs connaissances des événements tragiques qui ont endeuillé leur Pays. Et peu à peu, ensemble, ils comprennent mieux le jeu de l’Etat et de ses relais locaux. Cette expérience, leur prouvera que ce qui les lie est bien plus fort que ce qui les divise, ils comprennent qu’ils n’ont été que des pions, qu’on a enfermé dans un bloc d’isolement car personne ne veut entendre leur histoire.

Ensemble, ils tentent de faire éclore cette vérité dont ils sont porteurs. Ils écriront souvent au Procureur de la République, du fond de leur geôle, mais ils n’obtiendront que des classements sans suite.

Après avoir purgé leur peine, trois ans pour Joseph et quatre ans et demi pour Guy, ils sont libérés. Ils vont faire vivre cette amitié qu’ils partagent en continuant de se voir. Vingt-cinq ans après, ils nous adressent un message d’amitié. Le lien qui les unit s’est nourrit de vérités qui dérangent toujours, car les assassins et les manipulateurs sont toujours en vie.

Cette vérité faite de partages a pris les escaliers de l’Histoire, tandis que la version mitterrandienne, pisanienne, prouteaunienne des événements a pris l’ascenseur !

En attendant que le feu de l’Histoire s’apaise, nous pouvons toujours nous inspirer du parcours de Guy et Joseph. Espérons que leur exemple pousse de plus en plus de Calédoniens à démonter les rouages de la manipulation.

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