Le Sang versé et l’airain vert

L’éclipse de liberté ou la double spoliation des peuples

Un phénomène, silencieux et imperturbable, offre au monde une image d’une puissance inouïe. Une éclipse de lune teintée d’un rouge cuivré, la « Blood Moon », célèbre par un alignement des astres, un désastre annoncé. Ce disque écarlate s’est levé dans le ciel new-yorkais, juste derrière la statue de la Liberté.

L’image, devenue virale, ne relève pas de la coïncidence. Elle est, pour qui veut bien la lire, une allégorie de notre époque, le symptôme d’une contradiction invisible, le surgissement dans le réel d’un symbole que l’histoire a refoulé.

C’est ce que nous dit cette image. Elle nous montre la statue de la Liberté surmontée d’une lune écarlate. La lumière qu’elle diffuse, est teintée, contrebalancée par cette présence lunaire rouge sang.

Autant dire un blasphème pour l’iconographie officielle américaine, qui transforme le phare de la démocratie en veilleuse de charnier. Il révèle ce que le pouvoir masque : la « liberté » proclamée par l’empire a un coût, ce coût se paie d’hémoglobines. L’éclipse n’est pas une tâche sur l’écusson, mais révèle sa composition réelle. Elle est l’inconscient politique de la nation qui fait irruption, un retour du refoulé historique. La lune de sang n’est pas une menace au-dessus de la statue ; elle est sa vérité, son ombre portée sur le monde.

De la spoliation des peuples : entre tyran local et sauveur impérial

Cette image éclaire une « double spoliation ». Les peuples du Sud global, des Palestiniens aux Vénézuéliens en passant par les Irakiens, sont pris dans une tenaille mortelle. D’un côté, ils subissent la férule de « tyrans » locaux qui confisquent le pouvoir et les richesses, et dont les dérives sont documentées et amplifiées par les médias du Nord. De l’autre, on leur présente des « sauveurs », des « Yankees vent debout », les puissances de l’OTAN qui les libèrent des tyrans, mais dont le « sauvetage » se solde par des destructions massives, des morts par milliers, et une nouvelle forme de dépendance.

La lune rouge au-dessus de la statue de la Liberté est la synthèse de cette tromperie. Elle montre que le « sauveur » est auréolé du sang des victimes qu’il prétend protéger. La liberté qu’il propose est une liberté armée, qui passe par le bombardement, une liberté dont le prix est exigé, en vies humaines.

Les empires endettés n’offrent plus que des « opérations de maintien de l’ordre » global, dont Gaza est le laboratoire le plus avancé. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « l’oppression se justifie par l’oppression ». Aujourd’hui, nous pourrions ajouter que la « libération » impériale se justifie par les crimes du tyran local, qu’elle a souvent contribué à installer ou à maintenir pour justifier son intervention.

Dans ce cadre, l’éclipse agit comme conscience tragique planétaire. Le monde voit l’abstraction du droit international et des beaux discours se matérialiser en une image viscérale.

L’éclipse nous montre que le soleil de la raison impériale a été obscurci, par les fractures voulues, les scissions initiées depuis les centres du pouvoir du vieux comme du nouveau monde. Ce qui émerge à sa place, est la lumière réfléchie, teintée de souffrance, des peuples spoliés. Cette lune rouge est le regard que les damnés de la terre posent sur la statue de la liberté. Ce regard est accusateur.

Après l’éclipse, quelle aube ?

L’ombre de la Terre glisse sur la Lune, retrouve sa pâleur argentée, une question demeure celle de l’après. L’image s’effacera des écrans, mais restera dans les mémoires. Tel un spectacle, une curiosité vite oubliée, ou moment opportun pour une prise de conscience ?

Pour les peuples de Gaza, d’Iran, du Venezuela, le « prix sanglant » de cette liberté à deux visages s’accumule. La bifurcation nécessaire, évoquée plus tôt, refuse la fausse équation imposée par les empires : « notre bombe ou leur dictateur ». Elle exige de construire des solidarités ne passant plus par le filtre de Washington, Londres ou Tel-Aviv.

La couleur rouge de la lune est un présage de malheur, de chaos, ou de guerre. Telle qu’elle fut perçue le 1er janvier 2020, lors d’incendies en Australie via une photo d’un ciel enflammé arborant les couleurs du drapeau aborigène. Cette couleur est aussi, dans différentes cosmogonies, la couleur de la régénération et du passage. Peut-être que cette image de lune ensanglantée annonce la fin d’un monde : celui de l’Occident comme phare moral. Une lune dont les Américains ont foulé le pas, dont ils ont souillé le sol. Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité. Aujourd’hui encore, on se demande de quelle humanité s’agit-il quand on témoigne encore, au 21 ème siècle de génocides et de massacres de masses avec les mêmes forces impériales aux commandes et ce depuis des décennies ?

La lune de sang au-dessus de la statut de la Liberté nous dicte une vérité terrible : la libération ne peut venir de celui qui tient le glaive. Elle est une lutte des peuples pour leur souveraineté. L’image nous confronte à une dure réalité : pleurer nos morts ne suffit pas. Il faut déchirer le voile de l’hypocrisie pour construire un monde où la liberté ne serait plus une statue, un symbole éclairant, mais une condition partagée. 

crédit photo : source inconnue

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