Nuelasin n°130 – 31 mars 2023

Bozusë, je suis dans ma salle de cours. Je revenais de mon bureau et dans le hall, il y avait Mme Jeanine, notre secrétaire et Mme Magala notre AVS. A midi, les profs ont mangé ensemble, c’était une pensée des dames comme d’habitude. Nous avions mangé des bananes et beaucoup de fruits de saison. Moi, j’ai apporté un avocat. Il vient d’un magasin de Koné mais j’ai menti qu’il venait de mon jardin. Les collègues m’ont cru.

Dans le même hall, une heure plutôt, une maman était venue chercher son fils qui était malade et dans ses bras son plus jeune enfant se débattait en criaillant. Il voulait rester au collège pour déjà aller à l’école, disait-il. Mon Dieu ! Sa mère n’arrêtait pas de lui dire qu’il n’avait pas cinq. J’ai suivi la famille jusque dans leur voiture au bas des escaliers. C’est plutôt mignon tout ça peut-on penser. Attendons plutôt que le petit devienne plus grand pour voir s’il est toujours aussi motivé que ce jour de 30 mars 2023. Magdalena !

Bonne lecture à vous et bonnes vacances aux enseignant(e)s qui me lisent. Wws.

Dans la petite voiture de Maselo

  • Bonjour Mr Drubijö où voulez-vous que je vous amène ? Ça fait longtemps quand même depuis le lycée qu’on ne s’est plus vu. Il y a de cela euh…
  • Plus d’une trentaine d’années.
  • Et qu’est-ce vous êtes devenu ? Hou ! Je vous vouvoie, je bégaie de vous tutoyer vous savez maintenant que je vous vois à la télé et sur le Net. Vous êtes arrivé la dernière fois à la tribu pour une réunion. Je voulais m’arrêter pour vous saluer mais je roulais pour une urgence. J’avais peur que la maman accouche dans la voiture.
  • Mr Maselo, je n’ai pas changé. Les études ne m’ont pas rajouté une tête ou un pied de plus. On se tutoie, c’est plus simple.
  • Merci de tout simplement me mettre à l’aise. Votre course… gratuite.
  • Non Mr Maselo, s’il vous plait, je vous remercie mais je paierai ma course comme tout le monde.
  • C’est vous qui voyez Mr Drubijö…

Gatope

Je suis à la plage de Gatope où je suis venu amener mon petit-fils, Asaël. Il est en train de patauger là, à quelques encablures de mes yeux. C’est le seul qui fait du bruit parmi les baigneurs. Il tempête. On n’a pas de mal à le surveiller. Je me suis alors allongé sous le bras du bois de fer et à travers les fils du feuillage, j’entrevois un héron. Très haut dans le ciel et il pique du nez pour atterrir dans la mangrove au bout après la tribu de Gatope. Là-bas vers la ferme aquacole.

Quand ils ont vidé les bassins de la ferme, il y a trois ans, M. Tchéou* nous a amené du poisson à Tiéta. Stupéfiant ! Moi, j’étais assis sous la baraque qui abritait les tables sur lesquelles étaient posées les théières et thermos d’eau chaude, lors d’un deuil de la tribu. Je prenais mon café en compagnie des autres hommes. Quand la camionnette à benne basculante fit une marche arrière, le vieux Hoéa me fit signe de la tête pour suivre le mouvement des jeunes qui suivaient le véhicule. Et devant l’attroupement de femmes qui attendaient, le camion s’arrêta. Quelques garçons entourèrent le véhicule et attendirent que Tchéou lève la benne. Et comme on déverse du sable ou de la terre, la cargaison glissa et se répandit sur la pelouse. Les poissons frétillaient. Il y en avait de partout. Les mamans criaient après les chiens qui accouraient eux aussi. Des harengs, comme les gens les nommaient. Mais on pouvait aussi voir par ci, par là, d’autres poissons comme des loches et quelques crabes des palétuviers. Lorsque tout fut à terre, Tchéou repartit pour se garer plus loin. Les garçons et les mamans amenèrent des bassines et d’autres récipients pour charroyer la marchandise pour le grand nettoyage plus loin vers le robinet. L’opération dura longtemps. Jusque tard dans la nuit et fort heureusement qu’il y avait du monde. Personnellement, je retenais mon souffle tant j’étais très étonné. Mais l’autre frère des îles qui avait assisté au déchargement, écarquillait les yeux et s’exclamait très fort en sortant des jurons. « Sylvianne*, amène vingt poissons. Dix dans chaque pochon. Une poche pour le mec des îles et une pour l’autre. » C’était le vieux Hoéa, le coutumier du clan endeuillé. Je ne parlais pas. L’autre frère aussi se taisait. Lorsque ma fille vint nous servir du café à table, je lui dis d’amener ma poche à la maison pour que je reparte les mains libres quand je rentrerai dans la nuit.

Un dimanche, Elisa posa deux harengs sur la jante du camion qui nous servait de fumoir. Gras. De la graisse sortait et dégoulinait dans le feu et l’odeur du fumet se répandit alentours. Notre chat pendant tout le temps de la cuisson ne bougea pas. Il ronronnait sur la caisse à outils. Il attendait sûrement que je lui donne un morceau. Je l’ai fait. Et en même temps on a partagé injustement mon repas. Mais pas le sien. Lui, il a laissé de coté ses croquettes.

(*) Noms d’emprunt.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Association Présence Kanak - Maxha

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture