Avec le pacte nickel, on vend encore du rêve…. et toujours à crédit

De l’avis quasi-général, la signature du pacte nickel va sauver le pays de tous ses tourments et pourquoi pas rétablir une situation consensuelle de dialogue politique !

Face à de tels espoirs, il convient de regarder ce que contient ce pacte quasi-miraculeux qui veut « projeter la filière dans une ambition minière et industrielle économiquement pertinente et porteuse de sens …. ».

Les ambitions du pacte sont nobles : pérenniser les usines métallurgiques, maximiser la valeur ajoutée, assurer une rentabilité et une offre de « nickel vert », contribuer au défi stratégique de sécurité d’approvisionnement de l’Europe, assurer l’export de minerai brut et apporter un juste retour économique aux communautés locales qui sont au plus près des activités minières.

Et le pacte de lister les engagements nécessaires :

1)    Les industriels s’engagent à faire leurs meilleurs efforts (!) pour atteindre la production nominale des usines, maîtriser les coûts, ne pas distribuer de dividendes (!), investir pour maintenir l’appareil productif …. De qui se moque-t-on ? où sont les industriels ? Glencore a annoncé son départ, Eramet a annoncé qu’elle ne financerait plus rien et l’usine du Sud se meurt faute d’industriels. En clair, ces pseudo-engagements ne sont que des déclarations d’intentions pour endormir le bon peuple et lui faire prendre des vessies pour des lanternes !

2)    L’Etat s’engage sur 10 ans sur un programme d’investissement fournissant une énergie stable décarbonée à un prix compétitif sans subvention….sous condition suspensive que la Calédonie finance la moitié.

3)    La Nouvelle-Calédonie quant à elle doit s’engager à :

  • mettre en place une gouvernance du système électrique
  • accompagner les exploitants miniers pour exploiter au mieux leur domaine
  • sécuriser la pratique administrative applicable aux exploitations métallurgiques
  • réformer le code minier
  • coordonner les exportations de minerai brut
  • renoncer à accroître les charges des entreprises métallurgiques et leur donner un nouveau bouclier fiscal
  • subventionner l’énergie (à parité avec l’Etat) à hauteur de 8Milliards /an en augmentant la TGC
  • réhabiliter le cadre de vie et environnemental des communes minières.

En langage simple, la Nouvelle-Calédonie doit s’engager à laisser les exploitants métallurgiques faire ce qu’ils veulent, sans les taxer et en subventionnant leur énergie.

En quoi ce pacte peut-il sauver les usines ? Quelle influence sur le marché mondial du nickel ? Le sacro-saint sujet des exportations de minerai brut est-il aussi stratégique que les politiques veulent le faire croire ? Exporter aujourd’hui à qui et à quel prix ? Où sont les acheteurs qui piaffent d’impatience qu’on mette sur le marché quelques millions de tonnes supplémentaires de minerai brut ? Cette stratégie va-t-elle faire monter les cours mondiaux du nickel en période de surproduction ?

Alors qu’il y a trois mois Bruno Lemaire affirmait avec autorité qu’il ne fallait pas faire de la politique avec les mines ou les usines, il presse aujourd’hui les collectivités calédoniennes à signer un document qui ne règlera rien. Ce n’est plus une pirouette, c’est un triple salto arrière !

Et que dire de certaines déclarations selon lesquelles le cours de l’action Eramet aurait bondi après la fuite organisée de quelques infos du plan de sauvegarde (ou pacte nickel) ?

Si l’action Eramet a bondi (2% !! Quel bond !!) c’est plus probablement dû aux perspectives d’investissement et de rentabilité de Weda Bay et à l’annonce de l’arrêt du financement de la SLN qu’à un pacte nickel sans influence sur un abandon programmé de l’activité métallurgique calédonienne par cet opérateur historique.

Et si, pour une fois, la classe politique s’accordait pour clamer haut et fort que la signature du pacte nickel ne résoudra rien ? On peut rêver…

Le Cercle du Croissant

Pour aller plus loin : « Où va le Nickel Calédonien » de Didier Julienne, Président de Commodities & Resources paru dans « LA TRIBUNE » : https://www.latribune.fr/opinions/blogs/commodities-influence/ou-va-le-nickel-caledonien-993553.html

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