Hassan Xulue, le « tissage des liens » pour engagement

Il n’est pas simple pour un Kanak de se raconter par l’écrit. Hassan Xulue, membre du collectif Festin Comm’un, a accepté pour Présence Kanak de se livrer en prenant la plume. Avec ce témoignage, cet écrit, il accompagne cette (r)évolution que vit actuellement la société Kanak : passer de l’oralité à l’écriture.

Il se dit que celui qui sait raconter son histoire personnelle a su en profiter pleinement, la vivre en pleine conscience. Hassan nous en donne ici la preuve.

Le passage de la tradition orale à la tradition écrite reflète la tradition des modèles et l’évolution des modes de vie. La concrétisation de ce passage requiert pour celui qui en prend l’initiative d’effectuer un voyage. De ce fait, l’homme reste le principal acteur de son voyage. Il y joue une part active de son histoire selon sa situation et ses moyens. Et c’est là que réside tout le pari du voyageur (…). (source : https://www.rapport-gratuit.com/le-passage-de-loralite-a-la-scripturalite/)

Depuis mon enfance, j’ai grandi dans un milieu artistique, dans l’océan Pacifique, sur le territoire français appelé la Nouvelle-Calédonie. Avec un patrimoine et des mœurs fondés sur des pratiques culturelles et sociales ancrées depuis des millénaires, notre organisation socioculturelle anime au quotidien la « transmission des savoirs ancestraux » via les danses, les chants et les cérémonies coutumières (naissance, mariage, adoption, mort,…). Cette organisation sociale est la fondation principale de notre culture sur mon île natale « Lifou » et qui a pour vocation de défendre, promouvoir et transmettre notre culture et notre identité à l’heure actuelle pour, par et avec la jeunesse.

Métisse de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de la Nouvelle-Calédonie, j’ai eu la chance de grandir dans un univers interculturel, et apprendre plusieurs langues (français, ma langue paternelle le drehu, l’anglais, le Bislamard, ma langue maternelle le motu). Enfant d’un quartier populaire appelé la Rivière Salée, je me suis rapidement intéressé aux pratiques de la culture urbaine, notamment le hip-hop. Dès mes 12 ans, j’ai été coordinateur artistique du groupe de danse « Résurrection Crew » et j’ai mené de nombreux projets mêlant hip-hop, tradition kanak et actions sociales/médiation culturelle et jeunesses. Étant animateur et artiste, danseur et chanteur, la transmission par le biais d’outils pédagogiques et ludiques m’a toujours animé. « L’engagement de la jeunesse » est inscrit dans ma vocation et ma vie depuis l’enfance dans le district du Wetr et l’adolescence au quartier de la Rivière Salée. J’ai toujours été médiateur des jeunes et des adultes, de la mairie de Nouméa, des coutumiers, des religieux,…. Cela me permet aujourd’hui de mieux comprendre les enjeux et les intérêts sociaux, politiques, artistiques et culturels du Pays.

Issu d’une famille engagée dans le « vivre ensemble et l’art », j’ai grandi dans des associations culturelles, artistiques et sportives. Cet engagement m’a mené vers des études de carrières sociales. J’ai obtenu un BTS Économie Sociale et Familiale en 2011 à Nouméa et une licence professionnelle intervention sociale « Coordination de projets de développement social et culturel en milieu urbain » en 2013 à Bordeaux. J’ai effectué au cours de ces formations des stages professionnalisant : animateur environnement (maison de quartier de Tindu), animateur secteur développement d’actions urbaines (Mairie de Païta), animateur service des quartiers de Nouméa avec une éducatrice de rue et enfin animateur secteur jeunesse de la Province des îles (Participation au projet de construction de maison de jeunes en milieu rural) avec Larry Kauma-Martin et en France un stage d’animateur jeunesse (Élaboration de mon mémoire « la relation séductrice entre l’animation socioculturelle et la culture hip-hop).

En 2013 à Bordeaux, j’ai occupé la fonction d’animateur jeunesse dans un centre d’animation d’un quartier multiculturel. J’ai participé aux actions des animateurs artistiques et de la coordination de projets sociaux et culturels en direction des jeunes Bordelais.

Avant d’intégrer la licence professionnelle à Bordeaux, cette même année, j’ai eu l’opportunité de m’investir en tant qu’accompagnateur à l’éducation (animateur/surveillant) au sein du collège de mon enfance.

Par le biais de mes expériences, j’ai pu coopérer avec les collégiens en mettant en avant leurs idées : les accompagner dans la méthodologie de projet au vue de leur kermesse, créer des espaces d’expressions artistiques avec la danse, travailler une relation de confiance afin d’améliorer la manière d’étudier,… Intégrer l’art et la culture au sein du tissu scolaire durant cette période a fait émerger des réflexions de projets sur le développement et la réussite scolaire de l’enfant. En somme, cette synergie est effectivement bénéfique pour compléter l’éducation de l’enfant en lui proposant d’autres visions intellectuelles.

En 2014, j’ai eu l’opportunité de mettre en exergue une mission de volontariat au Vanuatu dans le cadre du programme de service de volontariat océanien (PSVO, projet entre France volontaire et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie). J’étais à l’appui de la communication et de l’événementiel du centre culturel du Vanuatu en faveur de la jeunesse nivane. J’ai mis en place plusieurs projets : un échange interculturel autour de la danse entre des jeunes du Vanuatu et de la Calédonie en partenariat avec une ONG locale appelée le WAN Smol Bag et Kalexpo, un événement autour de la culture kanak, l’idée était de créer et redynamiser les liens coutumiers entre les deux peuples en faveur des futures générations. Ce projet culturel et artistique est désormais reconduit tous les ans (2017 avec la place de la femme Kanak, etc…).

A la suite de mon service volontariat, j’ai été responsable, pendant deux ans, du département des spectacles au Centre Culturel Tjibaou, structure symbolique et culturelle de la Nouvelle-Calédonie. J’ai pu acquérir un grand nombre de connaissances en matière de conception de projets artistiques et culturels et également connaître le fonctionnement d’une structure publique qui oeuvre pour la politique culturelle. La mise en valeur dans toute son ampleur des réflexions et oeuvres artistiques des spectacles vivants calédoniens et internationaux a été mon point fort durant ma mission dans cet établissement.

J’ai ainsi développé des projets sociaux, jeunesse, culturels et artistiques avec le vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie en accueillant pendant deux semaines durant deux ans un événement ponctuel en fin d’année appelé le « Carrefour des arts ». Ce projet inspire à la valorisation des agréments artistiques, ce qui valorise le travail artistique et culturel d’un intervenant artistique durant l’année en faveur des enfants et adolescents. Ce projet est porté par la Direction de l’Enseignement de la Nouvelle Calédonie et continue à oeuvrer depuis 2008 en véhiculant de grandes valeurs en direction des enfants dans le cadre scolaire. En décembre 2013, j’ai également contribué au congrès de la jeunesse et des sports du Pacifique dont j’ai été conseillé pour les quartiers populaires de Nouméa.

Mes expériences au Centre Culturel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie de 2015 à 2017 en tant que responsable du département des spectacles vivants, m’ont motivé à poursuivre un cursus universitaire dans la réflexion et la recherche en faveur de la politique jeunesse et culturelle, la transmission et le développement des droits artistiques en Nouvelle-Calédonie.

J’ai pu me former au sein du master professionnel « Concevoir des Projets Éducatifs et Culturels en Partenariat » à l’Université Hirsh de Cergy-Pontoise, Ile-de-France. Cette formation m’a donné le privilège d’effectuer mon premier stage au « conservatoire de musique de Montreuil » où j’ai pu analyser les « divers enseignements artistiques d’une structure culturelle » en faveur de la jeunesse Parisienne. À l’issu de ce stage, mon mémoire d’étude de recherche a été autour « la médiation artistique et culturelle : transmission et animation de la percussion corporelle ».

L’année suivante j’ai effectué mon stage au Conseil départemental des Pyrénées Atlantiques à Pau en 2019. Mon séjour dans cette institution publique a été une suite logique au vue de mes nombreuses expériences professionnelles, artistiques, pédagogiques et culturelles. Mon stage universitaire dans cette structure m’a permis de découvrir et de m’imprégner des enjeux majeurs des politiques culturelles et jeunesse du territoire basco-béarnais. Ma formation basée sur les intérêts et les débats pertinents autour de l’éducation artistique et culturelle dans l’éducation nationale ont nourri fortement mon mémoire du master autour du sujet suivant : « les pratiques artistiques et culturelles : levier des langues régionales-comparaison entre la promotion des langues occitanes (béarnaise) et basque dans le Sud-Ouest de la France et la promotion des langues kanak en Kanaky-Nouvelle-Calédonie ».

À l’issue de mes expériences professionnelles et mon parcours universitaire, il était judicieux de découvrir de l’intérieur les « us et les coutumes » de la France en particulier les cultures régionales de l’Occitanie notamment Gascogne et du Pays- Basque. Pour ce faire, j’occupe, depuis juin 2019 au sein de la Mairie de Saint-Martin de Seignanx, le poste d’animateur jeunesse chargé de la médiation éducative, sociale, artistique et culturelle à destination de la jeunesse et du grand public.

En effet, j’ai fait le choix -en toute humilité- « d’écouter, de découvrir, de partager et de coopérer » avec les béarnais, landais et basques, afin de connaître réellement les enjeux sociétaux, politiques, culturels, environnementaux et éducatifs du sud-ouest. Dans ce riche territoire du Sud-Ouest de la France, je continue à apprendre, comprendre et vivre pleinement les vies rurales et urbaines. J’ai également contribué à diverses actions sociales, environnementales, éducatives, artistiques et culturelles : Réflexion, évaluation et formation autour de la politique culturelle de la Ville (en cours), Co-création d’une convention entre le Collège de Saint Martin de Seignanx et la Mairie (Projets d’éducation, artistique et culturelle appelée le 3S3C), MéthodOcéaniologie (Formateur d’ingénierie de projets en faveur des jeunes Calédoniens et landais) , Hèsta Street Contest (Festival entre tradition Occitane et Cultures Urbaines), La Passem (Course Linguistique pour la langue Occitane), La Korrika (Course Linguistique pour la langue Basque) et Korrika en Nouvelle-Calédonie en lien avec la jeunesse basque en Nouvelle-Calédonie, O fil de l’eau (projet d’environnement sur la place de l’Eau dans les Landes et le Pays Basque), Été Éco-Citoyenne 2020 (à l’issu du COVID, réflexions et action écologique dans la ville par le biais d’actions socioéducatives), création de la première association des jeunes saint-martinois de skate et trotti en 2020 , Création d’espace artistique et culturel au Service Jeunesse, …

En complément de mon parcours dans le Pacifique et en France, j’ai continué à développer mon engagement dans la « protection, la transmission et la promotion des droits autochtones kanak par le biais des droits artistiques en faveur des enfants et de la jeunesse».

En 2020, j’ai pris l’initiative de développer diverses stratégies pour sensibiliser la population calédonienne en France et ailleurs sur les enjeux politiques notamment autour du « referendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie ». Ceci m’a demandé de faire émerger de nouvelles ingénieries de pensées et d’actions, dont j’ai été force de proposition sur les « réflexions majeures de la politique culturelle et jeunesse en Nouvelle-Calédonie ».

En 2021 on me propose d’être le co-coordinateur du « premier festival kanak en France appelé Kalédonia 3.0 » sur les terres du Larzac où cet événement propose une nouvelle approche et une passerelle avec la « politique calédonienne ». Cette manifestation artistique et culturelle prend une nouvelle forme, « un festival artistico-politique ». Le droit artistique devient alors important car les artistes/animateurs et leurs compétences sont valorisés, remis en questions et sources de co-création dans la réflexion et l’action pour le « développement social : droit artistique, droit des femmes et des familles, solidarité internationale, écologie et droit autochtone ». Mes compétences intellectuelles et transversales ont permis de mettre en avant « l’art comme vecteur d’innovation sociopolitique et d’être une proposition transversale dans le développement des politiques publiques ». Ce festival artistico-politique a été bénéfique, car cela m’a permis de tisser et créer de nombreux liens humains sincères-amicaux et réseaux artistiques (groupe Nadau, Antton Larandaburru,…), écologiques et culturels (Euskalédonia : projet interculturel entre kanak et basques, OccitAnaky : projet artistique entre kanak et occitan) avec des personnes engagées dans la France notamment en Bretagne, en île de France, à Tarnac, à Toulouse, en Dordogne, au Pays-basque et bien d’autres endroits de l’hexagone.

Fort de ces compétences développées, j’ai le souhait de me mettre au service du développement de mon Pays la “Kanaky-Nouvelle-Calédonie” notamment à la structuration de la gouvernance des politiques jeunesse et de la culture, la promotion de l’autonomie, de la prise de responsabilité et de la reconnaissances sociale des jeunes, la favorisation d’une présence éducative durant tous les temps du jeune et le développement de notre jeunesse Calédonienne.

Je m’inscris dans la continuité́ des acteurs culturels, éducatifs, jeunesses, et artistiques du Pays, en tant que jeune motivé et curieux, afin d’apporter ma modeste contribution. Convaincu que la question « Jeunesse » est un élément majeur pour la construction du Pays et aussi elle est le formidable levier pour bâtir un « vivre et faire ensemble », c’est dans ce secteur que j’aspire à m’engager.

Le « tissage des liens » reste au coeur de mon engagement, dans ma méthodologie et mes actions « d’intelligence collective et transversales Océane et Internationale». Profitant d’une aisance naturelle à être une passerelle à la rencontre des mondes ou d’une rive à l’autre, je pense susciter les relations sociales à diverses échelles pour que la Nouvelle-Calédonie puisse rayonner sur le territoire comme dans la région Pacifique et le monde.

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