Le Mwâ Kââ

Sculpté par Narcisse Decoiré, le Mwâ Kââ a été réclamé par le comité « 150 ans après » afin d’en faire le signe identitaire du 24 septembre. Mwâ Kââ signifie la « maison des hommes du pays » et regroupe les symboles de toutes les aires coutumières de Nouvelle-Calédonie.

L’initiative du Mwâ Kââ a été lancée en 2003 par une association de la mouvance indépendantiste kanak à l’occasion du 150e anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France. Le monument et la cérémonie commémorative auxquels il a donné lieu ont alors été placés sous le signe de l’accord de Nouméa afin de symboliser l’avenir partagé avec les autres communautés, invitées à participer à la construction de « la grande case du pays » (…).

Le Mwâ Kââ est un poteau sculpté de 12 mètres installé sur une place de Nouméa. Le poteau est accompagné de la représentation en bois d’un barreur, leur support en béton formant une pirogue double.

À l’avant, un passage du préambule de l’accord de Nouméa est gravé sur une plaque de nickel :

« Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité dans un destin commun. »

L’ensemble, enrichi au fil des ans de nouveaux éléments sculptés, est disposé, comme une grande allée kanak, au bout d’une allée de pins colonnaires, parmi un aménagement paysager qui associe chaque végétal à une composante ethnoculturelle. Le Mwâ Kââ fait l’objet depuis 2003 de cérémonies rassemblant les représentants des groupes culturels, du monde associatif et politique, à chaque 24 septembre qui est devenu officiellement « journée de la citoyenneté », après avoir longtemps été pour les indépendantistes kanak « journée de deuil kanak ».

Par le rassemblement cérémoniel et la production symbolique, le Mwâ Kââ est une des initiatives visant à faire entrer l’idée d’un destin commun et d’un pays en construction dans le paysage urbain et la vie quotidienne des habitants. L’initiative est sous-tendue par l’accord de Nouméa de 1998, qui inaugure une nouvelle organisation institutionnelle et redéfinit le processus d’accès à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. L’accord s’ouvre par un préambule reconnaissant officiellement la civilisation kanak, son antériorité sur le territoire et le traumatisme de la colonisation. Il légitime, en parallèle, la présence des populations allochtones et appelle à fonder « une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun ».

Le Mwâ Kââ et son cérémonial sont ainsi une manifestation concrète de la volonté de « vivre ensemble », d’avancer vers une vision commune du pays en devenir, en dépassant les clivages politiques et les tensions issues des affrontements du passé (extrait de « Le Mwâ Kââ, vers la manifestation d’une appartenance commune en Nouvelle-Calédonie » de Benoît Carteron).

Documentaire. Association Poadane, 2005.
Le bois choisi pour le Mwâ Kââ est le houp, arbre considéré comme antérieur à l’arrivée des Européens. Le poteau est parfois appelé « le vieux » et certains s’adressent directement à lui dans leurs discours.
Posé au centre d’une pirogue dont il représente le mât, ou aussi le poteau central de la case, il est composé de huit totems, représentant les huit aires coutumières kanak, accompagnées de flèches faîtières plantées sur le flanc et à son sommet. A raison d’un mètre par aire coutumière, les sculptures entremêlent des références aux mythes fondateurs et à l’histoire de la colonisation. Se lisant de bas en haut, deux mètres sont enterrés, représentant la part des ancêtres, la fondation kanak du pays, tandis que le sommet est la part du vivant, « la case où tout le monde doit se retrouver », représente le futur du pays. La colonisation est rappelée dans les sculptures de deux aires coutumières : Hoot Ma Whaa Hap en bas, qui a vu arriver les bateaux européens, Djubea Kaponé, au sommet, qui a ressenti le plus vivement la colonisation avec la fondation de Nouméa sur ses terres. Le sculpteur de cette dernière a ainsi représenté un vieux guerrier les armes à la main pour signifier qu’il ne les a jamais déposées.
La représentation d’une liane d’igname sauvage à l’arrière du poteau, fait la jonction entre les sculptures des différentes aires coutumières en les encerclant et signifie l’unité du peuple kanak.

Pour aller plus loin : https://journals.openedition.org/jso/6613

sources : association Poadane – https://journals.openedition.org

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