L’amour de Pacifique, conte Kanak

Ce joli conte Kanak raconte la naissance de la Nouvelle-Calédonie et des îles Loyauté, créé par l’amour de Pacifique.

Le Roi de l’univers avait deux fils. L’un d’eux était calme et paisible. Il était si grand, si profond, si bleu et si clair qu’il le nomma Pacifique.

Pacifique était un enfant calme, obéissant et docile. Il avait l’habitude de jouer avec les îles et les continents qui l’entouraient, les parant des couleurs les plus vives, caressant leurs côtes, clapotant contre les rochers, écumant sous les criques, et jamais il ne se fâchait. Puis, Pacifique a grandi.

Il s’ennuyait. La solitude pesait sur son esprit.

Une nuit, alors qu’il dormait, une secousse le réveilla, le grondement devint de plus en plus fort. Pacifique attendait, à la fois anxieux et curieux.

Il resta éveillé toute la nuit…

Au petit matin, le soleil s’est levé avec une teinte rouge orangé, l’eau s’est ouverte devant lui.

D’un trou noir profond se dévoilant sous ses yeux, un long et mince morceau de terre émergea : une île.

Quand le soleil fut à son zénith, l’île était là, splendide et fragile mais encore endormie. Il n’avait jamais vu une île aussi belle : des milliers d’arbres l’enrichissaient, des pierres couleur de flammes garnissaient ses côtes.

L’île dormait, se reposait peut-être de la nuit troublée qu’elle venait de passer. Pacifique la regarda et s’approcha finalement. Du nord au sud, elle était mince et longue, d’est en ouest, elle était si belle et si sauvage.

Il caressa ses côtes. Il lui présenta de longues bandes de sable blanc brillant.

L’île dormait toujours.

Pour la protéger des courants violents, il créa autour d’elle une barrière contre laquelle les vagues se briseraient, préservant ainsi ses jeunes rivages.

Et l’île dormait toujours.

Pour l’égayer, il lui apporta les plus beaux poissons mais aussi les plus rares : silures, crapets, espèces colorées et argentées.

L’île ne consentit pas à le regarder.

Pour la séduire, il ôta au plus profond de son être les plus belles carapaces et aussi les plus belles et lui apporta.

Elle était toujours impassible.

Submergé par l’amour, Pacifique ne perdit courage. Il travailla nuit et jour pour sa bien-aimée.

Il rendit sa côte Est sauvage et fière avec des rivages escarpés et pierreux, plongeant puissamment dans l’océan.

Il lui souhaita une côte Ouest douce et paisible bordée de plages de bronze.

À force de travailler, il se bénit sur ses rives Sud et son sang tacha la côte jusqu’aux collines de son île bien-aimée.

Le Pacifique était épuisé. Son père le regarda sans prononcer une parole.

Des années plus tard, le Pacifique, bien que calme et tranquille de caractère, eut un terrible accès de colère.

Il gonfla tellement que d’énormes vagues se brisèrent contre sa chère île. Il l’inonda, la bouscula, il cassa certaines parties de la ceinture d’or qu’il avait construite pour elle. Ses collines furent brisées et les rochers furent projetés à des kilomètres du rivage.

Dans un élan de colère intense, Pacifique forma de ses eaux profondes une petite île ronde à l’extrémité Sud près de la barrière.

Dans ce morceau de terrain, il investit toutes ses forces, tout son courage, tout son talent et son génie. Il concentra ses pensées et mélangea les couleurs. Une fois ses impulsions libérées, il tonna, caressa et finalement s’endormit.

Il dormit pendant trois jours et trois nuits.

À l’aube du troisième jour, il fut étonné de voir une petite perle allongée sur l’eau vive. Il se demanda comment un petit morceau de terre qu’il avait si grossièrement manipulé pouvait être si magnifique.

Il fut impressionné par les couleurs profondes et irréelles : le bleu saphir, le vert émeraude et le turquoise. Cette île, si petite, si délicate et si fine était bordée d’arbres majestueux. Joyeuse et docile, elle ne désirait qu’un seul destin : être offerte à une reine…

Pacifique le savait. Dans un dernier élan d’amour, il l’amena près de l’île fièrement et la fit descendre doucement à ses pieds dans le cercueil diaphane de la barrière.

En très peu de temps, la grande île fut marquée par une gamme de milliers de verts restés jusqu’à présent inconnus, elle fut recouverte de fleurs aux mille parfums, de divers fruits sucrés, de papillons fluorescents et d’oiseaux au chant infini.

Enfin Pacifique se sentit heureux…

Un soir où le soleil, son ami, se posa au bout de ses eaux, une explosion de couleurs envahit le ciel : les nuances de rouge jonglaient avec les nuances de bleu, le violet prenait un ton orangé, le jaune explosait, la terre s’évasait.

Après cette nuit interminable, magique et magnifique, Pacific se rendit compte qu’il aimerait toujours cette île.

L’île, preuve de son immense amour, lui donna trois enfants, toujours accroché à elle : Ouvéa, Lifou et Maré…

Un commentaire sur “L’amour de Pacifique, conte Kanak

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :