Le FLNKS a décidé de ne pas participer à la mission transpartisane en déplacement à Paris pour y négocier une rallonge substantielle de l’aide de l’Etat ainsi que les conditions de remboursement des prêts déjà octroyés.
Comment comprendre ce refus ?
Les justifications avancées peuvent déconcerter et comme souvent lorsque les discours sont ténébreux on est presque naturellement conduit à soupçonner qu’ils cachent d’autres motivations que celles publiquement affichées.
Après un discours de politique générale du nouveau président du gouvernement qui n’engageait que lui-même et pour seulement les six prochains mois, certains élus de l’Union Calédonienne annonçaient leur volonté de faire le voyage. Des bruits laissent entendre que le bureau de ce parti y était plutôt favorable. On sait que le député Tjibaou, qui est aussi président de l’Union calédonienne, s’est joint à la mission. Et depuis on a même appris que le Président de la Province de Îles Loyauté était pour, lui qui a grandement besoin d’argent frais pour faire face à la crise que connaît actuellement sa collectivité.
Pourtant ce sont deux « ténors » de l’Union Calédonienne, Gilbert Tyuiénon et Rock Wamytan – il est vrai, sur le déclin – qui, avec le Président du FLNKS, ont signifié le refus de s’associer à la démarche. Et le moins qu’on puisse dire est que les explications qu’ils ont fournies sont filandreuses.
La première d’entre elles surprend.
Ne pas s’impliquer parce que vos adversaires politiques ont tout fait pour vous marginaliser relève du défi logique et de l’aporie politique. Défi logique, parce qu’on ne peut déplorer à la fois d’être tenu à l’écart et appelé à coopérer, même si c’est de manière critiquable.
Aporie1 politique, parce que si de fait il y aurait beaucoup à dire sur la définition et la distribution des portefeuilles ministériels de l’actuel gouvernement, il y avait pour les indépendantistes des moyens de contester juridiquement la situation.
Il était un temps, lointain il est vrai, où les ministres indépendantistes savaient initier et gagner des recours contre les entorses faites par leurs adversaires aux règles régissant la collégialité au sein du gouvernement.
La seconde raison du refus est encore plus étonnante.
Pour faire face au séisme économique et financier que traverse le pays, nous dit Gilbert Tyuiénon lors de son passage le dimanche 30 août dernier au journal télévisé, le FLNKS aurait déjà élaboré et adoubé de nombreuses propositions de réforme, les partis loyalistes et républicains refuseraient simplement de les prendre en considération. De la CAFAT à Aircalin, en passant par le soutien aux entreprises en difficulté et les retraites, des dossiers seraient d’ores et déjà ficelés, des délibérations rédigées et posées sur le bureau du Congrès.
Mais alors, si tel est effectivement le cas pourquoi décidément ne pas aller à Paris défendre ces positions et propositions ?
L’Etat, on le sait, subordonne son aide à la conduite de réformes. Avec la présence de représentants du FLNKS et l’apport des réformes concoctées par les indépendantistes ou ayant leur soutien, il aurait été mis au pied du mur, confronté à ses responsabilités. Et il se serait peut-être senti contraint de les mettre en oeuvre et obligé d’entreprendre enfin, bien malgré lui, de construire autrement en Nouvelle-Calédonie.
Au lieu de cela, grâce à la défection du FLNKS, l’Etat peut continuer à dénoncer l’irresponsabilité indépendantiste et le président du gouvernement et ses soutiens « loyalistes » et « républicains » – qui n’en demandaient pas tant – ont le champ libre pour négocier avec lui sans rencontrer d’autre opposition que celle minoritaire du député Tjibaou et du représentant de l’UNI-Palika.
Une gageure quand on sait qu’il existe aujourd’hui dans ce pays une majorité d’électeurs qui s’oppose à la continuation de la politique prétendument libérale des dirigeants de la droite locale.
Mais peut-être n’est-ce pas là le principal souci des dirigeants du FLNKS qui se sont exprimés ? Peut-être leur refus de se rendre à Paris constitue-t-il moins un message adressé au pays qu’à des militants actuellement forcés par les événements de restructurer leur mouvement et de repenser sa stratégie pour les années à venir ? Peut-être ne faut-il voir dans cette décision qu’un jeu d’ombres ? Peut-être…
« Le Cercle du Croissant est un groupe informel de réflexion regroupant des personnes venues d’horizons politiques et professionnels différents qui se donne pour but, en diffusant ses analyses et ses idées, d’alimenter les débats actuels sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie. »
- Une aporie est une difficulté à résoudre un problème, une contradiction insoluble dans un raisonnement. ↩︎




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