Lendemains de municipales

par Louis-José Barbançon

Les murs

Les municipales ont confirmé la division binaire de la vie politique calédonienne. C’est la vérité des chiffres, la réalité électorale, mais ce n’est pas la même réalité si l’on introduit la géographie. Le mur de Berlin qui sépare les opinions politiques est en béton dans l’agglomération de Nouméa et du grand-Nouméa, mais dès Païta, il est remplacé par une palissade en bois et à partir de Boulouparis par une barrière à 4 fils sans barbelés.

La superficie où s’exerce cette division binaire se réduit même si elle reste majoritaire électoralement. Cette vision s’appuie sur un corps doctrinal simple et solide qui a d’ailleurs été rappelé pendant la campagne par un post de Sonia Backès dans lequel elle développe sa vision de la société calédonienne en général et de la société kanak. En ce qui concerne les Kanak, c’est une vision identique à celle qui prévalait à la veille de l’exposition coloniale de 1931. Elle n’a guère évolué et elle est majoritairement admise chez les non-indépendantistes, souvent pour une grande partie d’entre eux, sans malice, sans agressivité ou sans vindicte mais parce que c’est comme ça et ça a toujours été comme ça.

Nouméa-Grand Nouméa et la diversité du pays

Les tentatives de calquer le modèle Nouméa-Grand Nouméa, d’en faire un copier-coller, de l’exporter ont échoué à La Foa, à Bourail, à Koumac, à Gomen, à Thio, à Moindou, à Farino, à Boulouparis entre autres et même à Poindimié. En total de voix, c’est peu, en symboles c’est fort. Ce qui s’est passé à Bourail pourrait être fondamental. Ce qui est présenté comme un enjeu local donne en réalité une réponse à un enjeu-pays. Ce que des élus-pays ne savent pas faire, des élus locaux l’on fait. A Bourail des élus ont pris le risque de sortir du cadre imposé, même s’il faut rappeler que cette capitale rurale, tellement représentative de la société calédonienne, c’est aussi la filiation Aïfa, un cas à part. En fait, on peut se demander si Bourail est toujours située dans le nord de la Province sud ou si c’est déjà le sud de la Province nord.

L’exemple de Koumac

On parle beaucoup et à juste titre de La Foa avec l’étonnante élection de Stevens Kaouda et de Bourail, mais ce qui s’est passé à Koumac est également exemplaire. La liste de Yann Gastaldi a plus que doublé son score entre les deux tours passant de 436 voix à 942 ! Elle a reçu le renfort des voix de la liste d’Olivier Besançon (253 voix au premier tour) sans aucune fusion mais par un transfert de voix qui est le résultat de rencontres, de discussions, d’écoute entre des candidats ayant déjà une expérience de la vie municipale et de candidats issus de la jeunesse toutes tendances confondues de Koumac aspirant au changement. Prendre en compte les attentes d’une jeunesse souvent incomprise en la considérant en refusant de la diaboliser, tout un programme.

Mais Koumac, c’est aussi l’affirmation de l’importance du métissage et des relations qui en découlent. Par un clin d’œil malicieux de l’histoire, notons que des élus aux patronymes d’origine indonésienne, vietnamienne, japonaise, prennent des mairies ou obtiennent d’excellents résultats dans des communes à majorité Kanak, c’est le cas de Donald Soekir à Touho, Mike Samadi à Koné, Alain Levant à Kaala-Gomen, Patrick Watanabé à Poindimié. Pour tous ceux qui nient le métissage c’est un vrai démenti. On pourrait ajouter le succès de Téva Puahio, d’origine tahitienne à Thio. C’est la concrétisation de l’importance de la notion des « victimes de l’histoire » adoptée à Nainville-les-Roches en 1983.

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