Entre racines et circulations, le parcours d’un passeur de mémoire engagé dans la transmission des savoirs et des liens entre les générations.
Dans la pensée kanak, faire les choses avant que le soleil ne se couche, c’est honorer le temps, la parole et les générations qui nous relient. C’est dans cet esprit que se trace le chemin de Oué, Kayel Meandu.
Au croisement de territoires, de langues et d’histoires, Oué, Kayel avance comme un passeur de mémoire, de sens et de lien humain. Papa et médiateur culturel, il inscrit également son parcours universitaire dans le champ de l’anthropologie sociale, nourrissant son regard sur les dynamiques culturelles, les transmissions et les relations entre les mondes.
Il appartient à une génération profondément ancrée dans le présent mais tournée vers l’avenir, portée par un héritage familial où la parole, le chant et l’attention à ce qui nous entoure occupent une place centrale.
Né en Kanaky, Oué, Kayel Meandu appartient à la génération de l’Accord de Nouméa signé en 1998. Ses racines s’ancrent profondément dans le pays paicî, sur le versant ouest à Koohnê (Koné) au sein de la tribu de Gorobwau (Koniambo). Issu de la dualité des clans Bai et Dui en Pays Paicî, il appartient au clan Bai. Dans sa fratrie, il est l’aîné de son petit frère tout en étant le cadet de la fratrie de ses frères et sœurs du côté paternel et maternel. Comme souvent dans les sociétés kanak, les places familiales ne se définissent pas uniquement à l’échelle de la cellule familiale, elles se construisent dans un tissu relationnel plus vaste, où les générations se répondent et se complètent.
Son enfance se déroule entre plusieurs lieux et plusieurs univers. Il grandit à Koohnê (Koné) puis passe régulièrement du temps à Waawiluu (Houaïlou), en vacances auprès de ses oncles utérins, avant de poursuivre sa scolarité entre Bürai (Bourail), Pwëëbu (Pouembout), Pwêêdi-Wimiâ (Poindimié), Nouméa et la France. Ces circulations géographiques façonnent très tôt son regard sur le monde, un regard capable de tenir ensemble l’enracinement et l’ouverture.
Les langues comme fil de vie
Sa langue maternelle est le paicî, même s’il se définit aujourd’hui comme locuteur passif à compréhension active du paicî et de l’ajië. Il lit et écrit dans ces langues, mais surtout il les fait vivre autrement, à travers le conte, le chant et la parole partagé. Aujourd’hui, ces langues résonnent dans les histoires qu’il raconte à sa fille, dans la langue de ses grands-parents. Elle s’appelle l’étoile du matin, Kavivèdaa en langue ajië et en paicî, elle est Pwicemwâ, celle qui incarne la relève. Car la transmission constitue le fil conducteur de son parcours.
La culture comme quotidien
Oué, Kayel Meandu a grandi dans un environnement où la culture vivante occupait une place essentielle. Le chant, la danse et la parole faisaient partie du quotidien familial. Sa mère lui chantait et lui racontait régulièrement des histoires en langue ajië. Ces moments ont nourri son goût pour la lecture et pour la transmission orale. Son père, quant à lui, était engagé dans les milieux socio-culturels, sportifs et politiques. Musicien au sein du groupe Freedom, il participait activement à la vie associative et culturelle de la tribu et alentours. Dans cet environnement, Oué,Kayel a très tôt été immergé dans des dynamiques collectives et culturelles qui ont naturellement orienté son chemin.
Médiation et engagement
Aujourd’hui, il exerce comme ingénieur de projet socio-culturel, avec une attention particulière portée aux dynamiques interculturelles et intergénérationnelles. Par choix parfois contraints mais assumés, il a également développé une activité d’auto-entrepreneur dans la médiation culturelle et l’ingénierie de projets. Son engagement se poursuit aussi dans la vie associative. Il est chargé du bénévolat pour l’Association Présence Kanak, trésorier de l’association Change Makers New Caledonia et volontaire au centre d’entraînement Xapetaa des Ceméa Pwârâ Wâro.
Pour raconter son parcours, Oué,Kayel Meandu utilise volontiers l’image de la flèche faîtière, symbole central de l’architecture ainsi que de la pensée kanak, et également un outil de médiation créée et mis en place par le Ceméa Pwârâ Wâro.

Dans sa représentation personnelle, un cocotier et un sapin apparaissent sur fond de soleil couchant. Le cocotier renvoie à ses attaches du pays ajië, au fond de la vallée de Gwâèru (Goareu), à Waawilu ( Houaïlou), en passant par Bwa (Ba) chez ses oncles utérins jusqu’à Iaai (Ouvéa). Le sapin, lui, prend racine en pays paicî, dans la région de Koohnê (Koné) et se relie à d’autres territoires comme Nékö (Poya) ou Pwârâiriwâ (Ponerihouen). Ces deux arbres symbolisent ses appartenances et les circulations entre les territoires et les histoires familiales. Le soleil couchant rappelle la signification de Wawiluu (Houailou) : faire les choses avant que le soleil ne se couche.
Dans son parcours personnel et professionnel, Oué,Kayel Meandu cherche à atteindre une forme de congruence : penser, dire et faire. Une manière d’aligner les paroles, les intentions et les actions. Pour lui, c’est ainsi que continue de pousser la liane d’igname, symbole de vie, de continuité et de transmission.
Chaque jour, il exprime sa gratitude par ces mots en paicî : cidôri, pweelaa et garde en tête les paroles transmisses par le grand-père maternel de sa fille : Méari, Wéari, Ceeki.
Méari pour prendre soin de soi et de l’autre, Wéari pour préserver le panier de savoir à transmettre et Ceeki pour se faire confiance et avancer sereinement dans la construction du pays Kanaky.
Regarder l’avenir
Lorsqu’il porte son regard sur l’avenir du pays, il reste profondément optimiste. Il voit dans la jeunesse des lumières et des potentiels qui ne demandent qu’à être révélés. Oué,Kayel Meandu croit en la jeunesse, aux possibles, aux chemins qui se dessinent quand on fait circuler la parole et les savoirs. Il croit au destin, à l’univers et aux ancêtres qui continuent de guider ceux qui prennent soin du passé pour éclairer l’avenir.
« Transmettre, c’est faire circuler la parole, les savoirs et les histoires pour que la liane d’igname continue de pousser entre les générations. »
Avant que le soleil ne se couche, il continue simplement de faire ce que ses aînés lui ont transmis, veiller sur la parole, cultiver la mémoire et laisser la liane d’igname trouver son chemin entre les générations.
À propos de Oué, Kayel Meandu
Oué, Kayel Meandu est médiateur culturel et ingénieur de projet socio-culturel en sciences humaines et sociales, avec un parcours universitaire en anthropologie sociale. Engagé dans les dynamiques de transmission culturelle et de médiation interculturelle et intergénérationnelle, il développe des projets à la croisée de la recherche, de l’action associative et de l’ingénierie de projets. Chargé du bénévolat pour l’Association Présence Kanak, trésorier de Change Makers New Caledonia et volontaire au centre d’entraînement Xapetaa des Ceméa Pwârâ Wâro, il œuvre à faire circuler les savoirs, les mémoires et les liens entre les générations.
Retrouver ici les articles de Oué, Kayel Meandu : https://presencekanak.com/author/diadeknmbo/








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