L’ombre des supériorités : colonialisme, nazisme, sionisme et suprémacisme

L’histoire humaine est marquée par des systèmes qui, sous des formes diverses, ont cherché à imposer la domination d’un groupe sur un autre, au nom d’une prétendue supériorité – raciale, religieuse, culturelle ou idéologique. Le colonialisme, le nazisme, le sionisme dans certaines de ses expressions, et le suprémacisme blanc ou religieux, sont autant de visages d’une même logique : celle qui nie l’égale dignité de l’autre pour justifier son asservissement, son exclusion, ou son éradication.

Le colonialisme a façonné le monde moderne en imposant une hiérarchie des peuples, où certains étaient destinés à dominer, et d’autres à servir. Sous couvert de « mission civilisatrice », des empires ont pillé des continents, réduit des populations en esclavage, et imposé leur langue, leur religion, leur vision du monde. Mais le colonialisme n’a pas seulement brisé des vies : il a aussi engendré des résistances héroïques, des mouvements de libération qui ont rappelé au monde que la liberté n’est jamais un don, mais toujours une conquête. Aujourd’hui encore, ses séquelles se voient dans les inégalités économiques, les conflits postcoloniaux, et les luttes pour la restitution des biens culturels ou la reconnaissance des crimes passés.

Le nazisme a poussé la logique de la domination à son paroxysme, transformant la haine en machine administrative, l’antisémitisme en politique d’État, et l’extermination en industrie. En quelques années, il a fait de l’Europe un champ de ruines et de cendres, où des millions de vies – juives, roms, homosexuelles, opposantes – ont été effacées au nom d’une pureté raciale fantasmée. Pourtant, même dans cette nuit, des femmes et des hommes ont choisi la lumière : ils ont sauvé des persécutés, résisté dans les ghettos, saboté les rouages de la barbarie. Leur héritage nous rappelle que face à l’horreur, l’humanité peut toujours dire non.

Le sionisme, né comme un mouvement de libération pour un peuple persécuté, a aussi donné lieu à des dérives colonisatrices et suprémacistes. Si son aspiration initiale – offrir un refuge aux Juifs après des siècles de pogroms et de persécutions – était légitime, sa réalisation a souvent signifié la spoliation, l’expulsion et l’oppression du peuple palestinien. Aujourd’hui, certaines franges du sionisme, portées par une idéologie de supériorité ethnique ou religieuse, justifient l’apartheid, l’occupation militaire, et la négation des droits fondamentaux des Palestiniens. Comme tout nationalisme exclusif, il risque de reproduire les schémas qu’il prétendait combattre : la déshumanisation de l’autre, la légitimation de la violence, et l’illusion d’une sécurité bâtie sur l’injustice.

Le suprémacisme, qu’il soit blanc, religieux ou ethnique, est la matrice idéologique qui unit ces systèmes. Il repose sur un mythe : celui d’une hiérarchie naturelle entre les êtres humains, où certains seraient destinés à régner, et d’autres à obéir. Que ce soit sous la forme du Ku Klux Klan, des lois de Nuremberg, ou des discours islamophobes ou anti-noirs, le suprémacisme est toujours une tentative désespérée de nier la complexité du monde pour imposer un ordre simpliste et violent. Pourtant, l’histoire montre aussi que les suprémacistes ont toujours échoué : parce que la diversité est une loi de la nature, et que la solidarité, quand elle s’organise, est plus forte que la haine.

Face à ces héritages, quel est notre devoir ?

D’abord, refuser l’amnésie. Les crimes du colonialisme, du nazisme, ou les injustices commises au nom du sionisme ou du suprémacisme ne sont pas des détails de l’histoire : ce sont des avertissements. Ils nous rappellent que la barbarie n’est jamais loin, et que la démocratie, la justice, et la paix sont des conquêtes fragiles, toujours à défendre.

Ensuite, reconnaître les liens entre ces luttes. La lutte contre le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, ou la colonisation ne sont pas des combats séparés : ce sont les fronts d’une même guerre pour l’égalité. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « chaque fois qu’un homme meurt pour la dignité, c’est moi qui meurs ». La libération des Palestiniens, des Noirs américains, des Roms d’Europe, ou des peuples autochtones est un seul et même combat : celui d’un monde où personne ne serait « l’autre », mais où chacun serait chez soi.

Enfin, agir. Parce que la mémoire sans action n’est qu’une litanie stérile. Cela signifie soutenir les mouvements de décolonisation, boycotter les systèmes d’oppression, éduquer contre les préjugés, et construire des alliances entre toutes les victimes de la domination. Cela signifie aussi refuser les instrumentalisations : non, la lutte contre l’antisémitisme ne peut servir à justifier l’oppression des Palestiniens ; non, la dénonciation du colonialisme ne peut ignorer les crimes commis au nom de l’islam ou d’autres idéologies. La justice ne se divise pas.

L’espoir, c’est cette certitude

Les murs de la haine finissent toujours par tomber. Les empires s’effondrent. Les idéologies de supériorité se révèlent, tôt ou tard, pour ce qu’elles sont : des mensonges fragiles, balayés par le vent de l’histoire. À nous d’accélérer leur chute, en choisissant, chaque jour, la solidarité contre la séparation, la vérité contre le déni, et l’amour contre la peur.

Car au fond, comme le disait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Nommer l’injustice, la combattre, et construire autre chose : voilà la tâche qui nous incombe. Et elle commence maintenant.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Association Présence Kanak - Maxha

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture