« Les ressources de la terre sont aussi objet de déprédation à cause de la conception de l’économie ainsi que de l’activité commerciale et productive fondées sur l’immédiateté. La disparition de forêts et d’autres végétations implique en même temps la disparition d’espèces qui pourraient être à l’avenir des ressources extrêmement importantes, non seulement pour l’alimentation, mais aussi pour la guérison de maladies et pour de multiples services. Les diverses espèces contiennent des gènes qui peuvent être des ressources-clefs pour subvenir, à l’avenir, à certaines nécessités humaines ou pour réguler certains problèmes de l’environnement.
Mais il ne suffit pas de penser aux différentes espèces seulement comme à d’éventuelles “ressources” exploitables, en oubliant qu’elles ont une valeur en elles-mêmes. Chaque année, disparaissent des milliers d’espèces végétales et animales que nous ne pourrons plus connaître, que nos enfants ne pourront pas voir, perdues pour toujours.
L’immense majorité disparaît pour des raisons qui tiennent à une action humaine. À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit. » Cf. Lettre encyclique laudato si’ du saint-père françois sur la sauvegarde de la maison commune.
Le Kanak appartient à cette terre depuis plus de 4000 ans. La Civilisation Kanak appelée aussi Civilisation de l’igname a apprivoisé d’une manière continue l’espace naturel de la montagne à la mer, au-delà de la ligne d’horizon. C’est l’Esprit de l’Ancêtre qui organise et nourrit le lien spirituel du clan et de ses membres à la Nature. Cf. Art21 de la Charte du peuple Kanak.
« Ce sont nos valeurs et nos manières d’être qui mènent, à ce que l’ONU, nomme, je cite, une situation de menace existentielle directe. » Aurélien Barrau (Table ronde du MEDEF le 2 Septembre 2022).
Ce que confirme Aurélien Barrau, Astrophysicien, c’est que ce sont bien les valeurs et les manières d’être en Occident qui nous conduisent aux différentes crises (écologique bien sûr, sociale, sanitaire et financière que l’on connaît…). Nous voyons également la dimension pathologique cette problématique au travers de l’explosion des burn out des individus, qui est sans doute une autre façon d’évoquer notre « rapport dégénéré » au monde ou en perte de sens.
Il faut donc repenser nos manières d’être au monde. Cela implique nécessairement de repenser le rapport au monde qui a toujours prévalu en Occident et que nous nous évertuons à « copier-coller » sans tenir compte des savoirs océaniens millénaires. En effet de nouveaux paradigmes doivent désormais être pris en compte.
A) Le citoyen du temps long ou l’humanité éco systémique
Il nous faut réapprendre à être un citoyen du temps long et pour cela, l’expertise des peuples racines est vitale. En effet, cette interdépendance entre nous et notre environnement reste occultée par notre nombrilisme anthropocentré qui nous empêche de voir la réalité en face. Nous continuons à réfléchir « arbitrage budgétaire mortifère » et « politiques publiques –saupoudrées- de sobriété » dans un monde…en fin de vie.
1) Repenser le rapport au savoir pour restaurer notre humanité écosystémique
On peut raisonnablement s’interroger si l’école (en tout cas dans sa forme actuelle) ne nous aide pas à prendre conscience de la réalité des catastrophes, qui sont déjà là. Force est de constater mais je peux me tromper, que l’école ne nous apprend pas vraiment à avoir conscience de nos actes. On peut se poser la question si nous n’intériorisons pas une forme « de myopie généralisée » sur la réalité de notre situation et l’on continue de prendre notre planète comme « un monde-magasin » (Dubaïsation) ou « un immense parc d’attraction » (Disneylandisation) qui serait offert à toutes nos envies alors que la Terre est déjà à l’agonie. C’est ubuesque !
2) Education à la responsabilité et à l’innovation
L’émergence de ce curriculum du savoir-être devra s’inscrire selon un principe fondamental, celui du DEVOIR.
Effectivement aujourd’hui, même si nous vivons mieux, nos sociétés démocratiques modernes semblent désormais trop engluées dans la course folle à l’hyper-individualisation des libertés (et des droits) mais s’exonèrent d’une vraie réflexion sur la notion de devoir et sur l’implication de responsabilité qu’elles doivent désormais consacrer avec plus de force. En réaffirmant notre responsabilité, nous nous obligeons à prendre conscience de l’ampleur du désastre. Nous sommes solidairement et collectivement responsables de nos actes car nous sommes interdépendants avec cette nature. Nous sommes responsables parce que nous sommes cette humanité écosystémique.
Cette éducation à la responsabilité doit avoir pour corollaire, une éducation à l’innovation car les catastrophes sont déjà là et nous n’avons pas les réponses technologiques, sociétales et financières appropriées. Les scientifiques, spécialistes de ces questions soulignent que nous sommes très loin du compte…D’ailleurs, on peut s’interroger si nous ne sommes pas déjà dans une forme de fatalisme collectif et que ceux qui nous alertent, donnent un peu l’impression de prêcher dans le désert (et cela dans un silence assourdissant et complice- il faut bien se l’avouer -) …Foutu pour foutu !
3) Education à la RELIANCE et à l’intelligence collective
Comment répondre à ce défi ? Comment permettre cette révolution ? Il nous faut également favoriser le lien entre les peuples et les gouvernements pour agir ensemble. Il est désormais temps de travailler à une mise en synergie de nos potentialités humaines et de favoriser des pratiques pédagogiques résilientes qui révèlent la formidable capacité de notre intelligence collective. A l’école, il faut habituer nos enfants à travailler sur les problématiques environnementales par la pédagogie de projet intégré (en formalisant un apprentissage plus concret qui invite les apprenants à être plus proactifs dans la vie de la communauté au sens large).
B) Pour mieux habiter notre planète et SURTOUT « être habité » par elle
Cela passe par une transformation radicale de notre humanité et la nécessité vitale d’un nouvel imaginaire social. Il s’agit donc dès à présent de repenser le rapport à l’école et au savoir pour l’émergence d’un nouveau savoir-être au monde. C’est à cette seule condition que nous serons mieux à même d’habiter notre planète mais surtout (et en cela l’expertise des peuples racines nous sera d‘un grand secours) d’« être habité » par elle.
1) Un nouvel imaginaire à repenser (avec l’aide des savoirs autochtones) centré sur le VIVANT
Si la science et l’approche rationnelle restent nécessaires pour le diagnostic et les possibles voies de résolution. D’autres formes d’approches tirées de savoirs millénaires doivent être désormais activées : il est utile de prendre en compte les savoirs autochtones qui nous permettent d’avoir accès à des systèmes de pensée holistiques complexes et à l’Interconnexion avec d’autres types de savoirs qui sont de nature spirituelle, philosophique et symbolique.
Des clefs tirées de l’expertise des peuples racines peuvent nous aider à mieux cerner ce curriculum du savoir-être : la capacité de dialoguer avec le temps long, les liens avec la nature, l’énergie symbolique, la médecine de l’équilibre… Les peuples autochtones cultivent un savoir-être au monde qui fait de leurs membres les gardiens de la Terre. Leurs conceptions différentes de la pensée, de l’imaginaire et de la perception leur permettent de développer une autre posture au monde qui intègre une conscience fine de l’harmonie et de leur propre rôle dans celle-ci.
Comment faire ? Repenser un nouvel imaginaire qui doit être centré sur la consécration d’un principe fondamental : la sauvegarde du vivant (dans toutes ses dimensions). Nous n’avons pas d’autre choix !
2) Pour une révolution éco spirituelle
Cela implique bien évidemment de repenser nos manières d’être au monde. Il est devenu indispensable sinon vital de repenser cet élan de modernité à l’aune des capacités désormais limitées de notre planète. Des nouvelles manières de penser et d’habiter notre planète doivent être prises en compte.
Cette nouvelle manière d’être au monde doit également s’inscrire dans une approche spirituelle : c’est une véritable révolution qui doit être initiée. C’est ce qu’indique Yan Arthus-Bertrand, « C’est une révolution qui ne sera pas politique car on a les hommes politiques que l’on mérite, et que ceux-ci manquent justement de courage. La révolution ne sera pas non plus scientifique, parce qu’on ne peut pas remplacer les cent millions de barils de pétrole quotidiens par des éoliennes ou des panneaux solaires, même s’il en faut et qu’il faut continuer à se battre pour ce faire. Elle ne sera pas davantage économique, car l’économie n’a qu’une envie c’est de consommer plus ! Il faut apprendre à être plus avec moins. La révolution sera spirituelle. C’est en nous que nous devons la trouver, nous devons nous demander ce que l’on peut faire pour les autres et comment peut-on rendre le monde meilleur. » (Cf. Yann Arthus-Bertrand dans son interview dans la revue du Collège des Bernardins)
Pourquoi une révolution spirituelle? Car dans un monde en perte de sens, la recherche de sens est centrale dans la démarche spirituelle. Ainsi pour accompagner cette révolution spirituelle (qui dépasse bien entendu le prisme religieux, il s’agit ici de la spiritualité au sens large), il est probable qu’un curriculum permettant l’acquisition de compétences spirituelles pourrait être envisagé : il serait alors centré sur trois axes :
– La spiritualité dans son (en tant qu’individu) rapport à soi,
– La spiritualité dans son rapport aux autres,
– La spiritualité dans son rapport à la nature sur toutes ses formes.
Il est probable que que cette formation pourrait améliorer le rapport au savoir et favoriser un engagement plus éco-citoyen.
3) Des institutions du temps long et le Mana des mots liants à restaurer
Ce nouvel imaginaire doit nous inviter à repenser de nouveaux récits voire de nouvelles utopies éducatives.
Cela passera par l’émergence d’institutions pour le temps long (CF. David Djaïz « le nouveau modèle français », 2021). Celles-ci seraient orientées sur des problématiques globales qui dépassent les clivages partisans : le réchauffement climatique, le vieillissement de la population, la lutte contre les différentes formes d’inégalités…Dès à présent, l’auteur indique qu’il est vital de « solidifier » des diagnostics objectifs, partagés et incontestables qui se dégageraient de toutes formes de préjugés et autres idéologies. Djaïz évoque l’idée de reconfigurer le CESE en « Chambre d’Avenir » et de la création d’un haut-commissariat au plan placé directement auprès- du président de la République (ce qui est chose faite depuis le décret n° 2220 1101 du 1er sept.2020 avec comme pilote M. François Bayrou…et David Djaïz est le rapporteur général du CNR – Conseil National de la Refondation).
Dans un monde qui s’est accéléré, nous semblons souffrir de tachypsychie. Nous observons ou nous prenons conscience d’une forme de déperdition du sens des mots, en particulier ceux qui cimentent la concorde sociale et l’Etat de droit.
Il est également important de réhabiliter un imaginaire du sacré collectif vibratoire républicain (en écho avec les autres sacrés -religieux et culturel-) car ils nourrissent le Mana des mots liants (fraternité, solidarité, justice, égalité, destin commun…) qui constituent la toile de fond essentielle de notre contrat social. C’est le constat d’une forme de crise de la congruence de ces valeurs car il y a comme un décalage (me semble-t-il mais je peux me tromper !) voire comme un écart imperceptible qui se creuse progressivement entre signifiant et signifié : « Les mots ont trop servi, on ne sait plus les utiliser. » Faut-il y voir les effets pervers de l’idéologie de la communication : on privilégie les mots au service de…plus que la vérité des mots…vaste question !
Il faut réinscrire ces mots valeurs dans le temps long par un agir social en communion et des politiques publiques plus humaines (des politiques publiques qui respectent autant l’esprit que la lettre, comme le rappelle si justement le professeur Rosanvallon…Montesquieu sauve nous !!).
Cela passe également une meilleure prise en compte des institutions structurantes (dans une tribu, un village ou une ville, évoqué par Sonia mabrouk dans son ouvrage « Reconquérir le sacré ») comme les monuments, les églises et certains hauts lieux institutionnels. Parfois ringardisés, ils s’inscrivent pourtant dans le temps long et sont des espaces de productions de sacralité comme dans nos cases de grande chefferie « où la parole ne meurt jamais » (évoqué par feu le grand chef Hnaisseline dans ses entretiens avec le journaliste Walles Kotra). C’est simple, nous avons besoin de ces lieux qui allient antériorité et intériorité. Pourquoi ? Parce que ces lieux nous habitent, ces lieux nous traversent intérieurement. Dans un monde devenu liquide, dans un monde où les lieux deviennent parfois des espaces de transition et d’errance (à l’image des personnages principaux- Bill Murray et Scarlett Johansson – de « Lost in translation » de Sofia Coppola), dans un monde où « les individus n’ont plus de visage mais des interfaces, ils ne sont pas des sujets mais des avatars » (Cf. Au crépuscule des lieux, habiter des ce monde en transition fulgurante » de pierre Giorgini avec Jacques Arènes), il nous faut sans doute réapprendre à HABITER (dans toutes ces dimensions et en particulier, la dimension spirituelle) notre monde. Comme le dit si justement Sonia Mabrouk : « pensons le temps long pour être en mesure de relier le présent au passé ».
Pour conclure,
Je dirais (mais je ne suis pas le seul) que nous sommes arrivés aux limites d’un monde avec toutes les crises que l’on connaît. Nos modèles de développement et de progrès semblent désormais « caduques » et nous conduisent vraisemblablement à des impasses. Qui peut croire aujourd’hui à un monde avec plus de croissance, plus de technologie, plus de marchés…Ce déni est irresponsable et pure folie !
Il nous faut dès à présent repenser les programmes éducatifs (sans doute avec de nouvelles épistémologies) pour une meilleure conscientisation à l’échelle planétaire d’un changement radical de nos manières d’être au monde. Il faut faire converger toutes nos politiques publiques d’éducation vers un curriculum de l’apprentissage des notions de DEVOIR et de RESPONSABILITE.
C’est ce nouveau parcours de formation du citoyen du temps long qui doit être privilégié. Cela portera prioritairement sur sa capacité d’action dans la vie collective dans toutes ses dimensions (sociale, économique, environnementale et politique). Les établissements scolaires pourraient être repensés comme des tiers lieux d’innovation et de transformation sociale en prenant en compte l’expertise des peuples racines et en cohérence avec les défis de la transition écologique.
Prière pour notre terre
Dieu Tout-Puissant qui es présent dans tout l’univers (…)
Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs,
pour que nous semions la beauté
et non la pollution ni la destruction.
Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits
aux dépens de la terre et des pauvres.
Apprends-nous à découvrir
la valeur de chaque chose,
à contempler, émerveillés,
à reconnaître que nous sommes profondément unis
à toutes les créatures
sur notre chemin vers ta lumière infinie…
Cf. Lettre encyclique laudato si’ du saint-père françois.
Cet article est dédié à mes frères aborigènes…Courage, ce n’est que partie remise !
Oreone,
source photo : Des danseurs aborigènes lors de l’ouverture d’un sommet à Uluru, dans le Territoire du Nord, le 23 mai 2017. HUGHES JONES / AAP / REUTER












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