Le mot de la Présidente

Comme beaucoup de Kanak, je ne suis pas que Kanak. Du métissage, il y en a dans ma famille mais je me sens profondément Kanak. Je suis originaire de la tribu de Wagap à Pwêêdi Wiimîâ (Poindimié). Yvanna Lepeu née il y à 47 ans maintenant. Mais depuis quelques années maintenant, je n’appartiens plus à cet espace. Désormais, ma Terre d’appartenance c’est l’île du Soleil, Dau Art (les îles Belep) car mariée à la famille Doï, donc aujourd’hui je m’appelle Yvanna Doï.

J’ai commencé à enseigner à 19 ans. Cependant, ma mission auprès des enfants à commencer dès l’âge de 15 ans dans les centres aérés. C’était une époque formidable : avec mon sac sur le dos, j’ai parcouru le Pays. C’était du 3 en un pour moi : je travaillais avec les enfants, je découvrais mon pays et je rencontrais du monde, beaucoup de monde …

Le métier d’enseignant à cette époque je n’en voulais pas ! Pour quoi faire ? Je suis née dans une famille d’enseignants, c’est suffisant !

Après le bac, pour « m’occuper », en attendant la poursuite des études, j’ai commencé à faire des remplacements d’institutrice ici et là. Puis le départ au pays du long nuage blanc s’annonce. Je m’envole donc pour Aotearoa (Nouvelle-Zélande) m’initier au management.

De retour au Pays, je commence à travailler dans le secteur touristique (hôtel, aéroport , agence…). Un évènement va me marquer au cours de ma recherche d’emploi : alors que je suis en train d’écrire une lettre de motivation dans les locaux de la MIJ, j’aperçois un jeune de mon âge qui est en train d’apprendre à déchiffrer un texte. Je suis marquée par cette scène : c’est un premier déclic.

5 boulots plus tard, je me retrouve au chômage. Cela dure un mois. Je décide alors de revenir à mes débuts professionnels par nécessité économique. « Heureux hasard », j’obtiens un remplacement sur Hyehen. Pendant un an, je découvre la commune mais surtout le métier d’enseignant et le métier d’écolier : ce sera mon deuxième déclic. Je me rends compte que le métier d’écolier n’est pas une mince affaire.

Cette même année (1999), je découvre 2 livres de Jean Marie Tjibaou : Tjibaou le Kanak et La Présence Kanak. Ce dernier me marque profondément. Il éveille en moi la volonté de me lever pour les miens. A travers cet ouvrage, Jean-Marie Tjibaou narre son peuple, le peuple Kanak, son peuple pour lequel il revendiquait avant tout une reconnaissance culturelle, son peuple pour lequel il a donné sa vie.

« Maxha* ! » disait-il. Il était important pour lui de redonner confiance aux siens. « Ils ne sont plus dans leur Moi », avait-il observé. 24 ans auparavant il avait initié le Festival Melanésia 2000 dans cet état d’esprit .

En 1999, ces découvertes me conscientisent, elles s’avèrent être encore vraies et même encore aujourd’hui. Je décide de rester dans l’enseignement pour aider au mieux les miens. Le chemin de l’enseignement s’ouvre. Je pars en formation et me met à enseigner dans différents espaces. Depuis Melanesia 2000, les lignes bougent, lentement mais elles bougent, le chemin vers le Moi est lent.

Au détour d’une conversation sur la Spiritualité Kanak et sur la jeunesse du pays avec Tantine Dhou, je décide de créer le groupe facebook « La Présence Kanak ». Je demande à Maryline Sinewami de prendre part à l’aventure avec moi. Nous en sommes en 2019.

Le challenge commence pour nous :

Apprenons à nous regarder avec nos propres yeux, apprenons à regarder et prendre soin des merveilles et du merveilleux contenus dans nos paniers du Savoir et de l’Être .

Maryline écrit un texte qui nous présente la vision de la page

La présence Kanak, c’est réveiller le Kanak qui est en Nous.

Le groupe facebook est bien mais cela reste du consommable. Je demande donc à Claudia Rizet (épouse Blancher) en 2020 de m’aider pour la création d’un blog afin que les articles puissent être conservés. Mais surtout rendre visible la société Kanak sur le web. Ce blog a pour vocation de centraliser, valoriser et promouvoir la société, l’identité la culture et l’actualité Kanak.

*Maxha : relever la tête.

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