Chronique littéraire – La lecture d’Anaïs :  « La Volonté de Changer : Les Hommes, la Masculinité et l’Amour » de bell hooks

« La lecture d’Anaïs » est la chronique littéraire de l’émission La pause décoloniale, diffusée sur Radio Djiido en Kanaky/Nouvelle-Calédonie, puis podcastée.

Si les codes patriarcaux d’une manière visible oppressent indéniablement les femmes, ils affectent également les hommes. C’est en tout cas une des idées que développe bell hooks dans son œuvre « la volonté de changer, les hommes, la masculinité et l’amour ».

Et c’est Anaïs DUONG PEDICA qui nous en parle dans sa chronique littéraire « lecture d’Anais », de l’édition 5 de l’émission « La pause décoloniale ». Une belle découverte littéraire, qui une fois de plus nous conduit à sortir de notre cadre de pensée en explorant les théories développées par d’autres femmes hors de notre région Pacifique.

bell hooks est décédée le 15 décembre dernier et les nombreux messages en ligne, sur les réseaux sociaux, les groupes de discussion et de lecture de ses travaux qui se sont créés, les textes et blogs qui lui paient hommage, témoignent de l’impact qu’elle et ses travaux ont eu dans le monde. L’universitaire féministe noire Tao Leigh Goffe écrit que : « Son mode de critique courageux avait une portée locale et internationale, son impact se faisant sentir en Inde, ainsi qu’au Royaume Uni et au Nigeria. Elle disséquait la façon dont le pouvoir est organisé à travers la structure imbriquée de la suprématie blanche, du capitalisme et du patriarcat ». L’écriture de bell hooks est accessible, généreuse et vulnérable. Dans son analyse de la société, elle mélange des sources scientifiques avec des exemples de sa propre vie et de la culture populaire.

« La Volonté de Changer » est un livre plein d’espoir qui s’adresse à tout le monde et qui prend pour sujet d’analyse les hommes et la masculinité dans la société contemporaine. Elle se base sur la société américaine, mais beaucoup de ses exemples et de ses arguments ont du sens dans le contexte du pays. Elle commence le livre avec un constat « J’ai commencé à me dire que les femmes avaient peur de parler ouvertement des hommes, peur d’explorer en profondeur les liens qui nous unissent à eux – ce dont nous avons été témoins en tant que filles, sœurs, grand-mères, mères, tantes, amantes, objets sexuels occasionnels – et peur de reconnaître notre ignorance, à quel point nous ne savons rien des hommes. Notre sentiment de peur et de menace se nourrit de cette ignorance. Assurément, on ne connaît les hommes que partiellement et de manière insuffisante si on ne les connaît qu’à travers la violence masculine, la violence qu’ils infligent aux femmes et aux enfants ».

Elle propose une définition du patriarcat qui est la suivante : « Le patriarcat est un système politico-social qui affirme que les hommes sont intrinsèquement dominants, supérieurs à tout ce qui est considéré comme faible, en particulier les femmes, dotés du droit de dominer et de régner sur les faibles, et de maintenir cette domination par diverses formes de terrorisme psychologique et de violence. » La question de l’amour est au centre du problème que pose le patriarcat puisque pour bell hooks « tant que les hommes dominent les femmes, il ne peut y avoir d’amour entre eux. L’idée que l’amour et la domination pourraient coexister est l’un des mensonges les plus puissants du patriarcat. »

Cette doctrine patriarcale qui suggère que l’homme dirige le monde et tout ce qu’il contient et que les femmes doivent aider l’homme, obéir et toujours jouer un rôle subordonné est enseignée et répétée dans beaucoup d’institutions telles que l’Eglise, les écoles, les tribunaux, les clubs, les stades, etc. Elle est enseignée aux enfants par les parents qui l’absorbent dans toutes ces institutions et par l’éducation reçue de leurs propres parents et semble une façon naturelle d’organiser la vie. L’auteure se base sur les travaux de Terrence Real sur le « patriarcat psychologique » afin de décrire « la pensée patriarcale commune aux femmes et aux hommes, » une forme de patriarcat ancrée dans notre psychisme. C’est à dire que le patriarcat n’est pas un problème d’homme car « les femmes peuvent aussi bien épouser la pensée et l’action patriarcales que les hommes ». Elle ajoute aussi qu’ « aucun n’homme n’échappe à l’influence du patriarcat s’il ne s’efforce pas volontairement et activement de changer et de contester ce système. »

Pour bell hooks, « le patriarcat exige la domination masculine par tous les moyens nécessaires, c’est pourquoi il soutient, encourage et tolère la violence sexiste. Or, dans les discours publics sur la violence sexiste, c’est de maltraitance et de viols commis par les partenaires domestiques que nous entendons le plus parler. Mais les formes de violences patriarcales les plus répondues sont celles que font subir les parents patriarcaux à leurs enfants au sein du foyer. Cette violence sert en générale à renforcer un modèle de domination où celui qui impose son autorité est considéré comme le maître de tous ceux et celles qui n’ont pas de pouvoir, et où il ou elle s’octroie de maintenir son règne par des pratiques d’assujettissement, de subordination et de soumission  (cela fonctionne aussi pour les mères patriarcales et la violence psychologique que ces mères peuvent infliger à leurs enfants). Elle mentionne aussi les secrets et non-dits patriarcaux que l’on garde afin de protéger le règne du père.

Ce livre, bien qu’il dépeigne les mécanismes du patriarcat et de son influence, souligne que l’Amour est et demeure le moteur dont le pouvoir surpasse toute forme d’assujettissement. Le patriarcat est abordé tel qu’on ne peut qu’avoir un regard bienveillant et plein d’espoir sur le changement.

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