Edito de Claudia Rizet, directrice éditoriale

Je ne cesse de me demander depuis la création du site Présence Kanak si je suis légitime à le développer. Et encore plus depuis que l’association du même nom a été créée.

Qu’est-ce qui moi me rend légitime à présenter la culture et la société Kanak ?

Mes 3% de Présence Kanak n’explique pas tout, juste une partie.

J’ai conscience que Dieu, l’Univers (Donnez-lui le nom que vous voulez), le destin a une grande part d’influence (Je préfère parler de destin et non de hasard. Pour moi le hasard c’est Dieu incognito).

Je suis blanche, j’ai les yeux clairs et 3% de Kanak. Il y a dans les autres 97% qui me constituent des Normands, des Béarnais, des Belges, des esclaves africains, des Arabes, des Ch’tis, des Grecs, des Anglais, pour ce dont je me souviens. Je suis un véritable patchwork représentant la présence humaine avant la présence kanak, une métisse métissée, diluée mais avant tout je suis un esprit vivant une expérience humaine.

C’est Louise Tatati et sa fille Juliette Georgette Roumagne épouse Armand Marlier, qui nous disait le dimanche en posant le bougna sur la table : « Manger, ça va vous rappeler d’où vous venez », mon premier poupon noir, mes premiers pas de pilou, mon copain de classe Kanak à qui la maîtresse disait « Vos ancêtres les Gaulois », la souffrance de mes copains Kanaks du lycée Lapérouse pendant la période des évènements (Il va être temps d’en parler de cette souffrance), quelques années plus tard les enfants de Gohapin à qui je disais : « Quand on sait lire, on a la connaissance, on peut savoir, on peut faire » et avec qui je créerais une bibliothèque, mes collègues de l’ADCK qui les tous premiers m’ont présenté la société Kanak et sa richesse, mes années à travailler comme petites mains sur la réalisation du Centre Culturel Tjibaou, mon accompagnement auprès d’écoliers océaniens de Nouméa via l’association Pass’ pour la Réussite et ma prise de conscience devant leurs souffrances à être si maltraités au sein de l’école laïque : « Tu sais Madame la maîtresse elle crie et elle lance nos cahiers loin dans la classe et nous oblige à aller les récupérer en marchant sur nos genoux. Elle fait pas ça aux autres, juste à nous », ma rencontre avec Yvanna Lepeu puis Alphonsine Dhou, Pierre Tyeou, Pwapy Lepeu, Marilyne Sinewami, Sonia Hotere, Marynka Tabi et Magali Yeiwene qui m’ont menée vers Présence Kanak.

Chacun d’entre eux m’aura amenée à Présence Kanak parce que chaque chemin de vie est un destin. Et il m’aura fallu 56 ans pour y arriver. Au-delà de ces rencontres ici et maintenant, j’ai pris conscience que l’histoire avait commencé bien avant, que ce chemin correspondait à une évolution, un progrès spirituel qui avait commencé bien plus avant que ces 56 dernières années, comme pour chacun d’entre nous. Et qu’il m’aura fallu du temps, bien trop de temps pour y arriver.

Il se dit que Kanaky-Nouvelle-Calédonie est un phare pour l’humanité, qu’à elle seule, constituée d’un peuple premier (majoritaire il est important de le rappeler) et de toutes les communautés du Monde, elle est un baromètre mesurant les progrès de l’Humanité.

La société civile partout dans le Monde appelle à une nouvelle humanité et beaucoup de ses membres souhaite s’enrichir des connaissances des peuples premiers pour sauver la planète Terre, tout du moins préserver la présence humaine sur la planète bleue.

Que la France ne se prive pas de s’enrichir de la présence kanak en son sein mais également de la présence des autres peuples premiers qu’il y a auprès d’elle. Qu’elle vienne, qu’elle écoute, observe et qu’elle fasse humblement et simplement le chemin vers la société civile kanak bien plus présente et bienveillante qu’elle ne le croit.

Alors suis-je légitime à travailler au sein de l’association Présence Kanak ? La question ne se pose pas. Je suis simplement et humblement au service de Présence Kanak et me laisse guider par elle.

Il y a 30 ans l’Accord de Nouméa a été créé et a permis à de nombreuses énergies de travailler, d’avancer ensemble. Aujourd’hui, des énergies se retrouvent autour de Présence Kanak qui permettront de faire le travail des 30 prochaines années. Au sein du conseil d’administration nous en sommes conscients, nous ressentons l’alignement des planètes comme disent Kayel et Doui, nous prenons conscience comme beaucoup d’êtres humains que nous ne sommes pas seuls à vouloir un monde meilleur et a avoir décidé de travailler pour la nouvelle humanité. Nous avons choisi de regrouper nos énergies pour créer une synergie.

Oléti.

8 commentaires sur “Edito de Claudia Rizet, directrice éditoriale

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  1. Vous avez toute la légitimité en tant qu’enfant du pays, femme-épouse du pays, sœur, belle-sœur… Et tout ce qui vous rattache à ce bout de terre, un formidable lieu d’expression de construction du « – » (trait d’union). Bon courage et avec tout mon respect à vous et aux autres personnes qui vous accompagnent. WADED

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